La poésie en prison, pour redonner une voix aux jeunes détenus

Laurène Bertelle - 09.06.2017

Edition - Société - littérature prison - éducation prisonniers - détenus conditions de vie


Liza Jessie Peterson, actrice, poète et dramaturge, a publié en avril 2017 un essai, dans lequel elle revient sur les 18 années passées à enseigner dans la prison de Rikers Island, à New York. Elle y dénonce les conditions de vie déplorables de certains détenus américains, contre lesquelles la poésie peut être une forme d’échappatoire et une source d'espoir.



 

Son premier cours à Rikers Island, deuxième plus grande prison des États-Unis, Liza Jessie Peterson l'a donné en 1998. L'objectif initial était d'organiser un atelier de poésie de 3 semaines auprès des prisonniers adolescents, majoritairement afro ou latino-américains. Les semaines sont devenues des années, et d'organisatrice d'atelier de poésie, elle est devenue enseignante à temps plein.

 

Cette expérience lui a inspiré un essai, sorti en avril dernier aux éditions Center Street Books (appartenant au groupe Hachette), intitulé All Day : A Year of Love and Survival Teaching Incarcerated Kids at Rikers Island. Il n'a pas été traduit en français pour l'instant.

 

Éduquer les jeunes détenus pour leur offrir un avenir


Lors d'une interview vidéo pour le site Salon, Liza Jessie Peterson revient sur ces fameux cours de poésie. Elle avoue notamment qu'elle ne se concentrait pas sur la grammaire ou sur la structure des textes, dans un premier temps du moins, mais cherchait avant tout à donner une voix à ces adolescents incarcérés, leur faire « accepter » cette voix.

 

« Toute ma technique pédagogique est de confronter (différentes) histoires. Je vais commencer par des histoires qui vont s'adresser aux guerriers qui sont en eux, parce que ce sont des guerriers, mais des guerriers égarés [...]. Alors je commence par les Black Panthers, par Malcolm X, par Tupac, et ensuite nous pouvons aller plus loin [...]. »

 

En utilisant ces exemples accessibles, car issus des mêmes classes sociales et raciales qu'eux (Tupac a lui-même séjourné à la prison de Rikers Island), Liza Jessie Peterson permet à ses élèves de s'identifier à des modèles et leur donne une chance de se transformer. L'auteure se souvient notamment d'un de ses élèves, âgé à l'époque de 16 ans, qui a réussi à rentrer chez lui, faire des études et obtenir un diplôme à l'université. « Maintenant, il veut faire la même chose pour les jeunes », ajoute-t-elle.

 

Faire entrer la lecture en prison pour tourner la page


Par son action, l'auteure souhaite également s'engager contre une nouvelle forme d'esclavagisme dans les prisons, dans lesquelles les détenus sont parfois privés des besoins primaires comme la nourriture ou la lumière, et travaillent pour une somme d'argent dérisoire. Le maire de New York, Bill de Blasio, a d'ailleurs exprimé son souhait de faire fermer la prison de Rikers Island, mettant en cause sa vétusté et les violences qui y sont perpétrées. Et pour redonner leur humanité à des détenus trop souvent ignorés par le reste de la population, Liza Jessie Peterson a choisi l'éducation et la littérature.