Irak : au marché aux livres de Bagdad, la première femme bouquiniste

Clémence Chouvelon - 25.03.2015

Edition - International - Moutanabi Bagdad - Ruqaya Fawziya - marché aux livres


La rue Moutanabi à Bagdad est célèbre pour son marché aux livres et ses librairies. Tous les vendredis, la rue s'anime et les bouquinistes présentent leurs ouvrages aux passants, de la fiction aux ouvrages historiques, scientifiques ou religieux. Pour la première fois à Bagdad, une jeune femme est devenue bouquiniste dans la fameuse rue.

 

 

Book swapping Photo d'illustration (世書 名付 CC BY 2.0)

 

 

Ruqaya Fawziya a 22 ans et est diplômée en droit. La jeune fille a vu son rêve se réaliser et est devenue l'une des dix bouquinistes participant au marché en plein air de la rue Moutanabi, tous les vendredis. « J'ai un rêve depuis que je suis enfant, qu'un jour je travaillerais dans deux endroits : dans une librairie le matin, et dans un bureau d'avocat en soirée. Je ne pensais pas qu'un jour je réussirais à réaliser ce rêve, mais aujourd'hui, je l'ai fait, je vends des livres dans la rue Moutanabi. »

 

Première femme à travailler dans ce monde masculin, l'expérience de la jeune fille s'avère positive : « Parfois les gens me regardent avec un air de surprise, car ils ne sont pas habitués à voir une femme vendre des livres dans la rue, mais je n'ai pas vécu de harcèlement de la part des gens qui visitent la rue de Moutanabi. Au contraire, beaucoup de personnes m'encouragent. »

 

Le gérant de la librairie Sottour, Bilal Sattar, qui emploie Fawziya, a salué le courage de la jeune femme : « elle est une grande lectrice et elle aime ce travail. [...] Elle est une femme courageuse, la première à avoir pris l'initiative [de travailler dans la rue Moutanabi]. Elle n'a même pas demandé à travailler à l'intérieur de la librairie, elle a courageusement choisi de travailler dans la rue. »

  

La présence d'une femme rassure même certains clients, comme Asia, venue acheter des livres avec son père : « Nous vivons dans une société relativement conservatrice et fermée, et ce n'est pas facile pour certaines femmes de faire affaire avec un homme [...]. Faire affaire avec une femme est plus confortable. »

 

La rue Moutanabi fut la scène d'un attentat à la voiture piégée en 2007, faisant 27 victimes et provoquant l'indignation mondiale. Ruqaya Fawziya a rencontré Abbas, aujourd'hui son mari, dans cette même rue, alors qu'ils participaient tous les deux à une campagne « I am an Iraqi, I read » (« Je suis un Iraquien, je lis », voir vidéo ci-dessous), lancée il y a trois ans à Bagdad par un groupe de militants, pour encourager les Irakiens à lire. Son mariage avec Abbas impliquait une dot, de 500 livres à donner immédiatement, et de 1000 en cas de divorce.