La première revue académique sur le porno fait polémique

- 18.06.2013

Edition - Société - pornographie - sexe - revue académique


En dépit d'un intérêt grandissant des universitaires sur la chose, la polémique va bon train sur les prétentions académiques de la revue Porn Studies. Annoncé comme le premier support pluridisciplinaire sur les usages et représentations de la pornographie, le titre à paraître est accusé d'avoir une politique partisane en accueillant au sein de son comité directeur un acteur du milieu et une blogueuse spécialisée. Une promotion déguisée de l'industrie du sexe filmé, un moyen de favoriser la culture porno auprès des plus jeunes, les critiques, acerbes, font peu de cas des deux fondatrices de la revue. Pourtant, les deux femmes sont reconnues dans le milieu académique britannique.

 

 

CybersexMaha-online, CC BY 2.0

 

 

Clarissa Smith est professeur d'études culturelles à l'Université du Middlesex et Feona Attwood conférencière sur les différences de cultures sexuelles à l'Université de Sunderland. Face au scepticisme d'une partie de leurs collègues et la profusion d'études, les deux universitaires expliquent que le cadre de la recherche s'est jusque-là intéressé aux effets des vidéos classées X plutôt que sur leur effet et représentations sociales et culturelles.

 

Elles s'appuient sur l'impact du porno en ligne comme outil d'analyse légitime : un tiers du trafic sur internet serait lié aux plaisirs coupables. Avec une telle prolifération et l'absence d'une sociologie de la consommation plutôt que de l'acte - à la différence des fameux rapports Kinsey – tout un champ d'études serait à redéfinir.

 

« Pollution numérique »

 

Mais le contexte politique ne joue pas en leur faveur. Le gouvernement de David Cameron a multiplié les annonces dans le cadre d'une régulation plus stricte d'internet suite au double homicide de Tia Sharp et April Jones. Les deux assassins présumés ont été reconnus consommateurs de contenus en ligne sexuellement violents.

 

Le 7 juin, le numéro un de l'exécutif a annoncé vouloir faire interdire les représentations de violences sexuelles, en lien avec le projet de loi Criminal justice and Immigration Act de 2008. Pour l'heure, l'utilisation de contenu extrême est légalement autorisé si diffusé à partir d'une source hors du Royaume-Uni. La semaine dernière, le chef conservateur enfonçait le clou en sommant Google d'aider à nettoyer cette « pollution d'internet ». Parmi les propositions suggérées, la suppression par défaut des résultats à caractères pornographiques dans le moteur de recherche.

 

Mais au-delà d'une atmosphère hostile d'une partie du monde de la recherche et de la classe politique, les premiers essais de réflexions ont rencontré un certain succès. Les initiatives comme la Sex Week depuis 2002 ont donné l'idée de créer cette revue aux deux femmes. L'an dernier le forum Sexual Cultures a regroupé des délégations académiques de 21 nationalités. L'occasion de réfléchir à un usage générationnel typique entre aisance d'accès et gratuité du net. Un mois après l'appel aux contributions de rédacteurs, Attwood et Smith font l'objet d'une pétition d'universitaires, de professionnels de la santé ou de l'assistance sociale qui les somme de clarifier leurs prétentions en matière d'étude critique.

 

Experts du milieu et de profil

 

Une vision partisane que les deux éditrices n'ont pas réussi à se défaire totalement en s'enthousiasmant de la participation de personnalités du porno au sein du comité directeur de Porn Studies. Mais en termes de crédit académique, les deux femmes comptent s'appuyer sur leur éditeur Routledge, renommé dans le champ de la recherche.

 

La maison d'édition a de son côté indiqué que la revue serait « consultée par six experts du milieu, et nous avons la pleine confiance que les éditeurs et l'organe décisionnaire sont engagés de manière égale à nos valeurs ». Cela dépendra pour beaucoup des réponses à leur appel à rédacteurs autant en sociologie, questions numériques, que sur les études de genre. Et se servir de l'agenda politique de Cameron sur la violence sexuelle pour en appeler aussi aux universitaires en criminologie.