Les réseaux sociaux, une extension de l'auteur, sinon rien

Clément Solym - 18.05.2015

Edition - Les maisons - auteurs lecteurs - relations numériques - éditeurs compétences


Les auteurs attendent toujours plus de leurs éditeurs, dans une période où la commercialisation d'un livre n'a jamais été aussi simple. L'autopublication rend le processus de vente plus accessible, mais nécessite cependant des compétences de marketing numérique. Et les écrivains sont en attente, de la part de leur éditeur, de conseil en la matière, autant que de soutien. 

 

 

Collage of Digital (Social) Networks

Tanja Cappell, CC BY SA 2.0

 

 

L'activité numérique ne se substitue en rien aux rencontres en librairie, aux échanges avec les lecteurs. Cependant, en ce qu'elle représente une solution financièrement plus avantageuse qu'une publicité papier ou un affichage dans les gares et autres, elle prend le pas dans certains choix promotionnels. 

 

À ce jour, nombre d'auteurs en France font valoir que leurs éditeurs les encouragent à prendre part aux activités de promotion sur les réseaux. Une demande supplémentaire, pour les créateurs, qui ne se sentent pas nécessairement les capacités d'assumer une représentation dématérialisée. Sans compter sur ceux qui refusent ce supplément de travail, opéré pour le compte de leur éditeur.

 

Pour autant, les blogs, les comptes Twitter, Facebook et autres plateformes en ligne sont autant de solutions pour être présent – visible, comme on se plaît à le dire. Outre-Manche, les auteurs ne semblent pas dupés par le miroir aux alouettes, et les médias sociaux ne sont « pas la chose la plus importante », dans le panel des activités numériques. 

 

La fondatrice de l'agence créative The Curved House, Kristen Harrison, note que la présence sur internet est importante, mais pas dans n'importe quelles conditions. L'accent trop porté sur la promotion et le marketing sont autant de manières de faire fuir les lecteurs. 

 

Kristen Harrison explique : « Un grand nombre d'auteurs ressent une forte pression, incités à être connectés pour faire connaître leurs livres et soutenir le travail de leur éditeur. Ils devraient s'y trouver pour faire croître leur lectorat. » Une rectification plus que raisonnable. « Je pense que [ces outils] devraient être utilisés comme une extension d'eux-mêmes et de leur travail. Cela doit être confortable pour eux. »

 

En France, les exemples d'auteurs connectés, et actifs sur les réseaux sociaux se sont multipliés au cours des années, assez logiquement. Mais les meilleurs résultats ne s'obtiennent clairement pas avec des campagnes où leurs livres sont survendus. En réalité, des messages s'adressant aux lecteurs avec une réelle volonté de partage sont bien souvent les plus efficaces. 

 

Piers Alexander, auteur indépendant, et désormais publié chez The Pigeonhole insiste sur le fait que ces outils de médiation numérique « sont un excellent moyen de s'investir et de rester en contact avec les lecteurs et ceux qui peuvent apporter leur influence, mais ce n'est pas la chose la plus importante ». C'est que dans social, la tendance est d'oublier l'idée d'interaction, et donc de rencontre. « Je pense qu'une vraie personne que vous avez rencontrée en chair et en os est au moins aussi importante que 20 lecteurs de votre blog, ou 50 Like de Facebook, et 500 followers de Twitter, avec lesquels vous n'entretenez pas de véritable lien », poursuit Alexander. 

 

Le réseau social comme extension de la vie de l'auteur, apporte surtout un moyen d'accéder depuis partout dans le pays, dans le monde, à un écrivain, pour lui souffler un message de félicitation – ou de reproches. Georgina Moore, directrice de la communication de Headline le souligne : « Je suis en grande partie convaincue que vous ne devriez pas forcer quelqu'un à faire quelque chose qui ne lui viendrait pas naturellement. » (avec The Bookseller)

 

Le Centre régional des Lettres de Basse-Normandie avait à ce titre diffusé un Vade-Mecum des réseaux sociaux, à l'usage des éditeurs. Destiné tant à la surveillance de l'e-réputation, qu'à l'identification de cibles. La relation aux blogueurs, dont aujourd'hui les maisons reviennent, après avoir cru à un véritable El-Dorado de la communication, est pertinente : 

Les blogueurs attachent de l'importance à l'idée de « club », ou de « communauté ». Il faut donc essayer de créer un partenariat sur le long terme, les faire participer à ses actions de communication. La plupart du temps, ils sont demandeurs d'informations et de contenus (dossier de presse, image, vidéo) et sont ouverts à de nouvelles collaborations. Ne pas se limiter aux blogs littéraires ; les blogs peuvent justement permettre de toucher de nouveaux publics : organiser par exemple des rencontres de blogueurs avec l'auteur et inviter quelques blogueurs littéraires, mais aussi des blogueurs sur le sujet traité par le livre, les lieux, etc.

L'une des recommandations les plus essentielles serait toujours d'actualité : « Il n'est pas nécessaire de s'investir sur tous les réseaux sociaux, mais d'identifier celui qui correspond le mieux à ses besoins et à ses attentes. » Pour un auteur, le conseil n'en est pas moins valable : choisir les outils dont on a envie de se servir, plutôt que de forcer le pas sur toutes les plateformes.