La propriété c'est le vol, et le piratage c'est le prix ?

Nicolas Gary - 11.10.2013

Edition - Economie - prix de vente public - livres numériques - piratage


Alors qu'il y a quelques années, on parlait du piratage comme d'une menace lourde pesant sur le secteur du livre, du fait de son évolution numérique, cette année, Francfort est un peu plus détendue. La Foire garde le sujet à l'esprit, mais une nouvelle préoccupation plus urgente obsède les éditeurs, dans le monde numérique : le prix de vente public. La tarification. 

 

 

Price of Gasoline: Hawaii

 

 

Surtout que le monde anglophone a dernièrement été échaudé : avec la condamnation d'Apple pour entente, aux États-Unis, on se méfie et chacun regarde le voisin en chien de faïence. Charlie Redmayne, ancien patron de Pottermore, promu au poste de PDG de HarperCollins UK insiste particulièrement sur la question tarifaire. Selon lui, le juste prix est la clef du succès pour l'éditeur, et de nombreuses analyses ont cours, pour tenter de le déterminer. 

 

Le prix, c'est le meilleur moyen de lutter contre le piratage, finalement, puisque l'offre légale, parce que marchande, dans l'esprit de chacun et attractive, devrait être en mesure de détourner les utilisateurs des pratiques de la contrefaçon. Au point, explique Markhus Dohle, PDG de Penguin Random House qu'il faudrait louer la force d'Amazon, qui est parvenu à créer un marché du livre numérique, tout en mettant en place des recettes qui auraient dissuadé du piratage. 

 

Il est certain que la facilité d'achat et les différentes solutions simplifiant la vie de l'utilisateur sont autant de bienfaits qui invitent à préférer acheter son ebook, plutôt que de trouver les méthodes de piratage les plus intéressantes.

 

En France, Hervé Rony, directeur général de la SCAM, soulignait que le piratage n'est pas encore une véritable gageure pour les éditeurs, qui se sont hâtés lentement face à la « mutation redoutable du numérique ». Dans un entretien accordé cette semaine à Edition multimédia, il explique : 

Cependant, rien ne se passe aussi brutalement que dans la musique qui, elle, a été dès le début des années 2000, littéralement happée par le piratage en ligne. C'est une chance. Les lecteurs sont sans doute moins immédiatement attirés par les nouvelles techniques numériques d'appropriation des œuvres que le public majoritairement jeune et technophile de la musique.

Avec une double nuance cependant : non seulement le mouvement ne peut pas être inversé, et le piratage est particulièrement présent dans le monde de la BD. 

 

Mais revenons à Francfort : Hugh Owey, auteur autoédité, qui sort son premier roman en France, aux éditions Actes Sud, Silo, a souligné combien, pour un auteur indépendant, le choix du prix est essentiel, et que les vertus d'une tarification contrôlée sont appréciables. 

 

L'intervention en début de semaine de Wylie Andrew, célèbre agent littéraire, a également mis le feu aux poudres. Ce dernier avait pressé les éditeurs de se contenter de la vente de livres, à des tarifs plus élevés, à des consommateurs moins nombreux. Et ce, alors qu'ils semblent vivre une véritable dévalorisation de leur travail au travers des livres numériques. 

 

« Maintenant que nous sommes entrés dans le monde numérique et que le point de vente n'est plus exclusivement la librairie, les éditeurs doivent être conscients que le prix des livres peut être instantanément comparés dans tous les supports et tous les formats », souligne George Lossius, PDG de Publishing Technology. Un discours qu'en France, comme en Allemagne, on peut avoir du mal à comprendre alors qu'une législation régule le prix de vente, contrôlé par les éditeurs.

 

(via Publishers Weekly)