Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

"La protection du livre, c'est la protection du patrimoine culturel"

Louis Mallié - 03.06.2014

Edition - International - Libraccio - Edoardo Scioscia - Livres scolaires


Pour Edoardo Scioscia, associé dans la chaîne de librairies italiennes Libraccio, « le livre ne mourra jamais, le papier résistera ».  Figurant encore aujourd'hui parmi les têtes pensantes d'une des plus importantes chaînes de librairies spécialisées dans les livres scolaires, il est revenu pour le magazine ilgiorno sur son parcours, ainsi que sur celui de Libraccio, bâti en 1979.

 

 

Libraccio sull'Alzaia Naviglio

typomilan, CC BY NC SA 2.0, sur Flickr

 

 

Edoardo Scioscia peut se targuer d'avoir un parcours assez peu commun. Originaire de Naples il commence à vendre des sodas à 14 ans pour gagner un peu d'argent. Étudiant en droit, il n'obtiendra pas son diplôme et travaille alors à plein temps dans les librairies tout en participant à de nombreux mouvements étudiants de gauche. C'est via les étagères qu'il se lie d'amitié avec les trois associés qui monteront de Libraccio. « Je les avais connus l'année précédente dans des librairies étudiantes : en 1982 je devins leur associé, et en 1983 j'ai ouvert le premier Libraccio à Monza. »

 

À l'origine de Libraccio, une philosophie : « il s'agissait de rendre un service, d'aider les familles dans l'achat et l'usage. Et puis les livres d'occasion se sont joints aux livres neufs :  nous avons franchi un cap en comprenant qu'un livre n'est pas plié aux lois des saisons : nous avons joué sur la mixité neuf/occasion parce que nous avons compris qu'un livre dure toujours. » Un mélange auquel sont également peu à peu venus se greffer, CD, DVD et papeterie, élargissant son champ d'action….

 

Sans pour autant que la chaîne ne perde son esprit : vendant originellement des ouvrages scolaires, il s'agit toujours de rester proche des lecteurs à travers l'aspect didactique des magasins. « Nous travaillons à la croissance sociale du Pays, au fond, le livre est l'univers culturel le plus économique et le plus ouvert à tous ! » C'est pourquoi « la difficulté est de conjuguer l'idéal avec les affaires :  l'économie pour l'entreprise est primordiale. L'objectif est donc de trouver un équilibre et de maintenir nos fondamentaux : c'est ainsi que Libraccio est arrivé à tenir 35 années. »

 

Et la recette semble en effet fonctionner : avec un chiffre d'affaires de prés de 68 millions d'euros, Libraccio est d'après Edoardo Scioscia la plus grande chaîne de librairies indépendantes d'Europe, et peut-être du monde ! « Nous avons aujourd'hui 40 librairies à travers la Lombardie, le Piémont, la Toscane, la Vénétie, la Ligurie, et encore 30 magasins dans 6 autres régions. Nous avons 250 salariés et une cinquantaine d'autres à temps partiel », explique-t-il.

 

La chaîne entend ainsi rester fidèle à sa nationalité : aussi la fondation du magasin en ligne a-t-elle débuté par le refus d'un partenariat avec le géant Amazon, au profit du partenaire italien Ibs.

 

Et la chaîne entend conserver encore longtemps son modèle et son indépendance de longue date, tout en rappelant qu'un marché ne s'auto-régule pas tout seul… « Nous n'avons jamais eu ni voulu d'aide de l'État, et nous ne comptons pas faire de la concurrence aux supermarchés avec la vente de best-sellers… mais quelqu'un est dopé en Italie. Nous acceptons la concurrence, mais pas sans règles. La protection du livre, c'est la protection du patrimoine culturel. »