La puissance chinoise dans l'industrie et la censure des livres

Cécile Mazin - 21.05.2015

Edition - Les maisons - censure Chine - auteurs coupes - gouvernement citoyens


Une vague de censure sévit actuellement en Chine, dont les auteurs ignoreraient tout, s'alarme le Pen American Center. Des versions traduites de livres traitant du Tibet, de Taiwan, ou de la répression sur la place Tiananmen en 1989 font l'objet de mesures drastiques. Des œuvres évoquant les gays et lesbiennes font aussi partie du champ de contrôle...

 

 

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Le rapport que présente le PEN arrive alors que le pays sera l'invité d'honneur de la BookExpo America de New York cette année. Avec un marché de 16 milliards $ estimé pour 2015 et 10 % de croissance annuelle, la Chine est un acteur puissant dans le monde de l'édition. En 2012, les éditeurs ont acquis 16.115 livres étrangers, une croissance de 60 % en regard de 2004. Et les titres américains et britanniques sont les plus plébiscités.

 

Les contrats signés par les éditeurs, les auteurs, et leurs agents, pour l'exploitation du livre en traduction font alors naviguer les œuvres vers l'Empire du Milieu. Mais une fois sur place, l'éditeur local peut être lourdement sanctionné par l'appareil d'État. Les livres finissent par ne jamais être commercialisés, sans même que les ayants droit en soient informés, estime le PEN. 

 

Mais il arrive aussi que des purges interviennent, et le public accède alors à des versions largement caviardées. Paul Auster a ainsi découvert que Sunset Park, paru en novembre dernier, avait été mutilé, après parution en Chine. Des passages coupés, et autres petits arrangements se constatent de plus en plus. Même topo pour Barbara de Angelis, dont le livre Secrets About Men Every Woman Should Know, a été amputé de 30 % de son contenu. L'éditeur a supprimé des pages, contenant des éléments sexuellement trop explicites.

 

Des dizaines d'écrivains, agents et éditeurs ont été interrogés dans le cadre de ce rapport, faisant état de préoccupations très sérieuses sur les compromis que les maisons chinoises sont prêtes à faire pour vendre les livres traduits. « Des auteurs ont accepté tacitement la censure, y compris des suppressions qui ont pour but de détourner l'attention d'événements historiques importants, comme la Grande Famine en Chine, lors de la révolution culturelle », insiste l'organisme.

 

Suzanne Nossel, directrice du PEN s'affole : « Si nous ne réagissons pas, combien de temps cela prendra-t-il avant qu'un groupe d'auteurs ne commence simplement à éviter certains sujets, qui pourraient rendre l'accès à leur livre compliqué, pour des lecteurs de Chine, une fois traduits ? »

 

Pour toute réponse, un porte-parole de l'ambassade de Chine aux États-Unis, Zhu Haiiquan, assure que le gouvernement chinois protège le droit de publication dans le pays. Mais les personnes qui souhaitent l'exercer doivent se conformer à la législation en vigueur, affirme-t-il à l'AP. 

 

Parmi ses différentes recommandations, le PEN incite les auteurs à être au plus proche des relations avec les éditeurs chinois, et de demander, au besoin, des expertises de spécialistes pour la relecture de leurs livres traduits. Il est impératif, estime d'ailleurs le PEN, que les auteurs n'acceptent pas de modifications qui puissent altérer la réalité historique de faits. Dans le cas de censures constatées, il encourage les auteurs à publier sur internet les éléments supprimés par l'éditeur – après traduction en chinois, bien entendu.