La quasi-centenaire Librairie Martin de la Joliette met la clef sous la porte

Orianne Vialo - 05.04.2016

Edition - Librairies - Librairie Martin de la Joliette - fermeture librairie


Après plusieurs mois de négociations et de difficultés financières, la principale succursale de la Librairie Martin située dans le centre-ville de Joliette, au Québec, a fermé ses portes le vendredi 1er avril dernier. Les dirigeants de la librairie avaient pris la décision de mettre l’établissement en sommeil le 24 décembre dernier, afin d’éviter de grosses pertes financières dues aux faible nombre d’achats suivant les périodes de Noël. 

 

Les locaux de la librairie Martin de Joliette (photo de leur page Facebook)

 

 

Il s’agissait de l’une des plus anciennes librairies indépendantes du pays. Implantée dans la ville de Joliette depuis plus de 90 ans, la Librairie Martin a préféré fermer son magasin du centre-ville, afin de garder l’établissement « express », établi depuis 2012 aux Galeries Joliettes. 

 

Interrogé par le journal L’Action, René Martin, actionnaire et petit-fils de l'entreprise familiale, explique : « Nous avions deux succursales dans le même marché. Nous avons [donc] pris la décision de continuer seulement avec une seule parce que ce n'était pas rentable avec deux. »

 

L’entreprise a tenu à avertir le public, par le biais d’un communiqué publié sur sa page Facebook : « Cette décision fut prise de façon rationnelle afin de permettre à l’entreprise de surmonter la crise des librairies, et de continuer à offrir des produits culturels, de loisir, papeterie et objets de passe-temps et cadeaux aux consommateurs, ainsi que des fournitures aux institutions de la région. »

 

Le copropriétaire de l’entreprise, René Martin, précise : « En 90 ans d’histoire, on s’est adaptés et on a survécu à plusieurs crises économiques et à l’arrivée d’Internet avec ses contenus gratuits. Là on désire se placer en bonne position pour l’avenir. »

 

Des conflits au travail pointés du doigt

 

En négociations depuis plusieurs mois avec la direction, les syndiqués de la Librairie René Martin tentaient d’arrache-pied de négocier le renouvellement de leur contrat de travail, qui avait pris fin le 31 juillet 2015. Cependant, l’employeur disait se trouver en grosses difficultés financières, ce qui précipita le non-règlement de la convention collective. 

 

Toujours au cours de l'interview accordée au journal L'Action, René Martin a avoué que ce bras-de-fer entre direction et salariés a contribué à la fermeture prématurée de la succursale. « On ne peut pas nier que ça fait partie des facteurs », avait-il annoncé. « Nous ne sommes pas en faillite. Librairie Martin est là pour rester. Nous en avons vécu des crises en 90 ans. Ce n'est aucunement fini. L'avenir est prometteur », continuait-il. 

 

D’après les propos du conseiller syndical à la CSN (Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Librairie Martin), Benoît Boucher, la Librairie Martin aurait fermé boutique pour se débarrasser du groupe de syndiqués qui voulaient faire valoir leurs droits, et d’une convention collective. « Je ne serais pas surpris qu’une annonce soit faite concernant un possible agrandissement pour l’autre succursale », a-t-il ajouté. 

 

René Martin a également annoncé que les employés ayant perdu leur emploi à la suite de la fermeture de la succursale du centre-ville ne seront pas replacés à celle des Galeries Joliette, qui embauche déjà sept employés et dont les activités sont maintenues. « On est complet là-bas », affirme-t-il.

 

Cette fermeture définitive touche directement 14 employés syndiqués, travaillant à temps plein ou temps partiel. Les quatre personnes formant l’équipe de cadres seront quant à elles greffées à l'équipe de la boutique des Galeries Joliette. 

 

Ce n’est pas la première librairie à devoir fermer boutique au Québec. En seulement 10 ans, près de 34 établissements ont suivi le même chemin. Les raisons de ces fermetures sont diverses : de nombreuses personnes assurent qu’il s’agit des conséquences directes de la concurrence des ventes au rabais des grandes surfaces.

 

Dans une interview accordée à l’École Centrale de Nantes en 2010, Lise Desrochers, directrice générale de l’Association des libraires du Québec, dévoilait que son association était préoccupée par les départs à la retraite sans relève. « Nous avons fait faire une étude dont les résultats étaient alarmants. Selon cette étude, seuls 10 % des libraires qui doivent prendre leur retraite préparent leur départ, ce qui semble indiquer que dans la plupart des cas, il n’y aura pas de reprise : généralement, il faut plusieurs années pour préparer une reprise. Nous avons communiqué ces résultats à nos membres, et nous leur avons proposé une formation pour les aider à réfléchir à l’idée d’une reprise : 20 % seulement des personnes concernées ont réagi. »

 

(via Le Devoir)