La quasi totalité des livres illustrés de Louis Jou aux enchères

Cécile Mazin - 19.07.2013

Edition - Economie - Louis Jou - vente aux enchères - Drouot


La maison d'enchères Drouot prend un peu d'avance, en annonçant la dispersion prochaine de la collection André Feuille, qui se compose de la « quasi-totalité des livres illustrés par Louis Jou ». On compte également « de beaux tirages d'œuvres par Colette, Sacha Guitry et d'autres », précise la maison. 

 

 

 

 

D'origine espagnole, Louis Jou crée La Belle Édition après sa rencontre en 1908 d'avec François Bernouard, imprimeur-éditeur. Il affirme ainsi son talent pour la typographie, la gravure et la composition de beaux textes. Il fréquente alors des personnalités du monde de l'art et de la littérature : Dunoyer de Segonzac, Apollinaire, Van Dongen, Dufy, Fargue, Bernard, qui réalise son portrait, Iribe, Marquet qui lui fait découvrir Les Baux, Cocteau... toute une bohème de joyeux compagnons.

 

Ses premiers travaux sont inspirés par Anatole France auquel il vient présenter ses illustrations pour Les Opinions de Jérôme Coignard, ouvrage qui paraît en décembre 1914 (commande des Cent Bibliophiles). En 1917, il rencontre le poète André Suarès chez l'imprimeur Frazier-Soye ; naît alors une amitié de toute une vie. 

 

A l'occasion de cette vente, les collectionneurs pourront acquérir :

• une planche de la page de titre de La Danse macabre, album gravé de 1939 à 1944 et achevé d'imprimer en octobre 1953 ;

• une planche d'illustration du livre II, chapitre LIII de Don Quichotte, tiré à 250 exemplaires et achevé d'imprimer en 1949 ;

• une planche du chapitre XLII de l'ouvrage Les Œuvres de François Rabelais, tiré à 250 exemplaires et achevé d'imprimer en 1951-1952.

 

 

Les spécialistes s'attarderont sur un recueil de 25 planches de La Vie de Jésus, signées de la main de Jou. Paru en 1938, l'ouvrage illustre les principales scènes des Évangiles. La page de titre propose un exceptionnel travail de calligraphie encadrant la tête du Christ.

 

Le rêve de Jou était de façonner sa propre typographie. En 1921, il rapporte d'Espagne ses premières polices, avec lesquelles il réalise Le Prince. Son ambition est d'avoir son propre atelier, ses presses et des ouvriers formés par ses soins.

 

 

 

 

 

En 1925, il installe enfin cet atelier au 13 de la rue du Vieux- Colombier. Là, il fabrique sans relâche jusqu'en 1939 des livres splendides, réalisant alors ce que nul n'avait fait avant lui : dessin et gravure des caractères, papier, encre, composition ; mais aussi, dessin et gravure des illustrations, pressage, décoration de reliure. Il est bien «l'Architecte du Livre» décrit par André Suarès.

 

Suarès écrit à l'artiste à propos du livre  La vie de Jesus : « Vous parlez par le dessin. Les traits expriment vos idées [...] Par là, vous touchez à Dürer, votre maître. Vos deux façons de penser et de comprendre sont presque opposées mais vous avez le même art. Tous les deux, le dessin est votre langage. » (16 novembre 1937)

 

Le poète et ami s'extasie également à propos des 17 planches dessinées et gravées pour Jeanne d'Arc, imprimé en 1953 : « Je vous disais que j'étais très sensible à votre Jeanne d'Arc, au sentiment qui fut toujours le mien et qui vous a guidé peut-être à votre insu : figurer cette histoire merveilleuse en une sorte d'évangile. Je me suis cent fois représenté Jeanne d'Arc comme une réplique féminine de Jésus et j'ai vu vos planches en pendant à la passion ».

 

L'exemplaire proposé est numéroté 1/30 et dédicacé à Monsieur Raymond Merckling, premier mécène et ami de Jou. Il est accompagné d'une suite de dessins préparatoires originaux et de la correspondance entre le mécène et le typographe, pendant l'Occupation, période de création de l'ouvrage.