La rédemption d'un auteur de polar, devenu chauffeur Uber pour survivre

Nicolas Gary - 13.07.2019

Edition - International - chau!ffeur Uber - écrivain polar - Adrian McKinty


Les récompenses, les articles dans la presse, les tournées de libraires, les dédicaces à rallonge… parfois, rien ne fonctionne pour faire décoller les ventes, alors que tous les leviers traditionnels sont activés. Pour Adrian McKinty, auteur de plusieurs romans policiers, la situation était des plus catastrophiques : il en avait perdu sa maison, tant ses finances dégringolaient…



 

L’histoire est digne, en soi, d’un début de polar : Adiran McKinty, malgré les éloges reçus pour ses romans, était financièrement dans ce qu’il est convenu d’appeler la panade. Depuis Melbourne où il résidait, il en était arrivé à travailler comme chauffeur pour Uber. Cette nuit-là, il rentrait à 1 h 30 du matin, après avoir déposé son dernier client à l’aéroport...
 

Et le téléphone sonna.


De l’autre côté, Shane Salerno, agent littéraire, qui compte un certain Don Winslow dans son écurie. « Don m’a dit que vous alliez arrêter d’écrire », explique Salerno au romancier — qui l’avait en effet confessé récemment sur son blog. Son détective irlandais, Sean Duffy, ne connaîtra pas de nouvelles aventures, après quelques livres pourtant salués.

En France, ses livres avaient été publiés chez Stock et Gallimard, dans des traductions d’Eric Moreau, Florence Vuarnesson ou Patrick Carrer. Son dernier roman Dans la rue j’entends des sirènes, est paru en avril 2015 chez Livre de poche.

Plongée au fin fond du gouffre...
 

En 2008, McKinty avait quitté les États-Unis pour l’Australie — sa femme, universitaire et autrice, Leah Garrett, s’était vu proposer un emploi difficile à refuser. Et après huit années de vie dans une maison, toute la famille s’était fait mettre à la porte : McKinty, pour gagner trois francs six sous (à convertir en dollars australiens), travaillait pour Uber, comme taxi, et barman, pour quelques extras en liquide. Quand la famille s’est fait expulser, la première réaction fut : « Misère, Adrian, t’as fait quoi de ta vie ? » Pas assez d'argent des ventes de livres...
 

Mais Salerno avait manifestement des projets en tête : il suggère à McKinty, durant leur coup de fil d’écrire un roman avec son enquêteur, qui se déroulerait non plus à Belfast, mais aux États-Unis. Il y avait bien eu un bouquin qu’Adrian avait tenté d’écrire à Mexico, mais rien de convaincant. L’agent pousse, encourage : « Peut-être dans quelques années, quand mes finances seront assainies », rétorque l’auteur. « Et si je vous envoyais 10.000 $ sur votre compte ce soir ? », réplique Salerno.
 

Oui, non, on y pensera… « Non, va l’écrire », conclut l'agent. À 3 h du matin, les trente premières pages étaient envoyées à Salerno. À 4H15, l’agent rappelait : « Oublie le bar. Oublie ce maudit Uber. Tu écris ce livre ! »

Deux ans plus tard vient de sortir The Chain, qui s’amorce sur un kidnapping : une mère découvre le rapt de sa fille. Et vous, dans une pareille situation, que feriez-vous ?

Un contrat à six chiffres et un autre à 7 pour le cinéma

Ancien étudiant en philosophie, McKinty raconte qu’il voulait un protagoniste qui aille à l’encontre de tous les principes kantiens, aristotéliciens : bref, une personne qui enfreindrait tous les codes moraux admis. Et ce livre aurait pu, sans une pourtant brève rencontre avec Don Winslow voilà quelques années, et un coup de fil improbable, ne jamais voir le jour.




 

Car l'argent reste le nerf de la guerre. En 2018, rappelait une enquête de la Author’s Licensing ans Collecting Society, le salaire médian d’un auteur était de 10.497 £, soit un peu plus de 12.000 €, contre 18.000 £ en 2006. Les conséquences de cette déperdition se trouvent ici amplement illustrées…

 

« C’est vraiment bouleversant pour moi de voir comme il était traité », explique Winslow au Guardian. « Quelqu’un avec le talent d’Adrian devrait être en mesure, à tout le moins, de gagner sa vie comme il le souhaite. Il a été fauché, expulsé de son domicile et se démène. Il voulait arrêter. Et je connais ce sentiment. Il y a plusieurs années, je me suis retrouvé dans la même situation. »


C’est Orion qui publie le roman The Chain, qui aura été acheté avec un chèque à six chiffres et depuis la semaine passée, un accord à sept chiffre pour une adaptation au cinéma, par la Paramount…

Sacré conte de fées…




Commentaires
Putain de système qui broie du "noir" !
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