Marisol Touraine : agenda trop chargé pour se soucier des auteurs

Nicolas Gary - 05.02.2015

Edition - Société - réforme retraite auteurs - Marisol Tournaine - Fleur Pellerin


La réforme de la retraite des auteurs continue de patauger dans un grand marasme. Pas faute, du côté du ministère de la Culture, de lancer des perches et de multiplier les promesses de concertation. En dépit des effets d'annonces récidivistes – celle du directeur du Service Livre et Lecture à Angoulême est la dernière en date – rien n'avance. Et du côté du ministère des Affaires sociales, on vient officiellement de dire qu'on n'en avait cure.

 

Journée Besoin de Gauche

Marisol Touraine – Laurent Guedon, CC BY SA 2.0

 

 

« Personne ne sait où l'on en est, aucune date n'a été communiquée, et l'on ignore toujours, après l'intervention de Nicolas Georges, ce qui doit se passer », nous précisait en début de semaine un auteur syndiqué. De son côté, le SELF, Syndicat des Écrivains de Langue Française, n'avait en perspective qu'un « piètre bricolage », autour de la réforme des artistes auteurs. 

 

« Le RAAP n'a constitué qu'un galop d'essai, pour l'heure assez réussi, du style qu'entend imposer le gouvernement pour le traitement du dossier social des artistes auteurs. Un style plutôt bâclé. On s'achemine clairement vers ce qu'il y a le plus à craindre. Pas de vraie réforme, juste une concertation au pas de charge pour ne procéder qu'à des “ajustements a minima”. » 

 

Des minimas gouvernementaux qui laisseront présager des augmentations de cotisations sociales pour les auteurs. 

 

Pas de réforme sans concertation – enfin...

 

Pourtant, Fleur Pellerin ne manque pas, depuis le Forum de la SGDL en octobre 2014, le mois suivant, au Salon du livre Jeunesse de Montreuil, y compris lors de la signature de l'accord sur le contrat Auteurs/Editeurs et plus récemment lors du Festival de la BD d'Angoulême, de chercher à rassurer. Fleur Pellerin, le soir des remises des Fauve, jetait à l'assistance : 

Je vous confirme aujourd'hui ce que j'ai déjà dit par le passé : aucune réforme ne sera engagée sans une large consultation des organisations professionnelles concernées. Celle-ci sera menée au premier semestre et la mise en œuvre de la réforme découlera de ses conclusions, qui seront partagées avec les organisations représentant les auteurs et les artistes. Mais je peux le dire dès maintenant, il n'y a aucune raison que cette réforme suscite les inquiétudes puisqu'il s'agit de consolider le système actuel et en aucun cas de le bouleverser.

Sauf que, mais c'est compréhensible avec les auteurs, on ne se paye pas de mots, surtout à la réception de courrier comme celui dont ActuaLitté a pu prendre connaissance, et reproduit dans son intégralité ci-dessous.

 

 

 

Doit-on rappeler que Marisol Touraine tendait grandement la main aux auteurs, dans un courrier de septembre 2014, envoyé à Fleur Pellerin, assurant être « toute disposée à ce que mes services puissent appuyer techniquement ces réflexions », si les auteurs désiraient « examiner des schémas alternatifs de réforme ». Elle reconnaissait dans ce même document que ladite réforme « requiert des modifications réglementaires destinées à en approuver le contenu ».

 

Et si la ministre des Affaires sociales acceptait de « différer temporairement l'adoption de ces évolutions réglementaires », elle frappait du poing sur la table : « La décision finale appartiendra toutefois aux partenaires sociaux gestionnaires du régime. » 

 

La journée du dimanche, où se cloturait le Festival d'Angoulême, quelques éditeurs et auteurs furent invités à déjeuner avec la ministre, Fleur Pellerin :  « Tout le monde était d'accord, côté édition, pour reconnaître qu'il y avait un problème sérieux de gouvernance du côté du RAAP, et que ce problème avait rendu le dialogue particulièrement complexe », nous précisait alors une des fourchettes de table. Auteurs, comme éditeurs étaient « consternés » de l'intervention que le responsable du RAAP, lors des États généraux de la BD. 

 

« Ce sont les Affaires sociales qui sont en charge du RAAP, et de son directeur, Frédéric Buxin. Clairement, le message est passé, et Fleur Pellerin a entendu que tout un chacun se désespérait de l'avoir pour interlocuteur. [...] Si politiquement, une véritable volonté se manifeste, il sera impossible que les Affaires sociales n'en tiennent pas compte. Le ministère de la Culture, c'est tout de même le ministère de la Culture. »

 

Premier courrier en plusieurs mois

 

Dans ce contexte, le courrier que le Conseil permanent des écrivains a reçu du cabinet de la ministre arrive comme un cheveu dans la soupe. Le CPE, joint par ActuaLitté, rappelle combien il n'a cessé de « demander que s'ouvre enfin la concertation promise afin que les auteurs participent activement au débat sur les réformes sociales en cours les concernant (fusion Agessa /MDA et réforme du RAAP) ». 

 

Or, à la réception du « courrier lapidaire reçu du ministère des Affaires Sociales le 30 janvier », le CPE, « est pour le moins étonné ». Garder son latin n'est pas aisé : « C'est la première réponse directe à ses courriers envoyés depuis juin 2014 à Marisol Touraine : elle refuse tout bonnement de recevoir les auteurs au motif d'un agenda trop chargé... »

 

Et de conclure, laissant à chacun la libre appréciation : « Des promesses d'un côté, une fin de non-recevoir de l'autre. Et toujours pas la moindre date de concertation à l'horizon !!

 

Pour rappel :

 

Concertation :

Nom féminin

1/Action de se concerter

2/Pratique qui consiste à faire précéder une décision d'une consultation des parties concernées

(Dictionnaire Larousse) »

 

Le chef de cabinet de la ministre, Grégory Guillaume, et auteur de la réponse adressée au CPE n'était pas disponible pour essayer d'expliquer la situation. La balle est donc, plus que jamais, dans le camp de Fleur Pellerin, Marisol Touraine étant indisponible. (donc, numérisable ?)