Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La Reine de Jean-Baptiste Andrea appelée à régner, chez L'Iconoclaste

Béatrice Courau - 23.06.2017

Edition - Les maisons - premier roman rentrée - Provence Giono enfance - paysage enfants vacances


C’est le petit jeune – le primo romancier –, qui viendra porter une partie de la rentrée littéraire pour L’Iconoclaste. Peu de titres, traditionnellement, seuls quatre titres seront présentés au public par la maison. Mais il en est un qui retient l’attention, de ceux dont il est bon de se souvenir par avance, parce qu’ils feront parler. Et lire. Surtout lire.



 

 

Au milieu de Christian Bobin, Timothée de Fombelle et Valentine Goby, les tenors de l’Iconoclaste pour cette rentrée, se trouve donc Jean-Baptiste Andrea. Il publie Ma Reine, son premier roman, comme un conte initiatique – ou un poème célébrant l’altérité. Scénariste et réalisateur, Jean-Baptiste Andrea court ici après l’enfance. Ma Reine, simplement parce qu'une petite fille rencontrée demande à être ainsi appelée...
 

Tout se déroule dans la Vallée de l’Asse, en Provence, durant l’été 1965. Il habite une station-service avec ses parents. Les voitures qui passent sont rares. Lui, ce qu’il aime, c’est faire les pleins d’essence et frotter le téléphone de Bakélite pour le faire briller « comme du goudron frais ». 
 

Il ne va plus à l’école. « Génie. Lumière. C’était tout ce que je n’étais pas, on n’arrêtait pas de me le répéter. » Shell est différent. 
 

Puis arrive ce jour. Ce jour où une cigarette change la donne. Et où Shell manque de mettre le feu à la garrigue. Ses parents envisagent de le placer dans un institut spécialisé. Il décide de partir à la guerre pour devenir un homme. Il grimpe le chemin en Z derrière la station. Mais lorsqu’il arrive sur le plateau, nulle guerre ne sévit. Seuls se déploient les odeurs de maquis et un profond silence. 
 

Le premier matin, une silhouette, comme un souffle, surgit devant lui. Cette fille du vent, qui lui demande de l’appeler « ma reine », c’est Viviane. Avec elle, tout s’invente. Le plateau est leur terrain de jeu et l’impossible devient vrai. Shell oscille entre s’abandonner à l’enfance ou écouter cette voix d’adulte qui le rappelle parfois. Il se laisse submerger par ses sensations. Et, comme on se jette du haut d’une falaise, décide d’obéir aux souhaits de sa reine. Par amour. Par jeu. Et insouciance. 
 

« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux.
Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi.
Je l’avais appelée pour tout balayer, j’étais debout au milieu du plateau et je riais, je riais, elle emportait tout vers la vallée dans des fleuves de colère, tous mes ennemis, tous ceux qui n’avaient jamais cru en moi. J’ai vu passer une chaussure de clown, adieu Malocchio ! Et puis j’ai vu passer une petite robe bleue, c’est là que j’ai essayé de tout arrêter, mais c’était trop tard,alors j’ai plongé pour aller la chercher. » 

 

Et l’on entend Giono, un Sud qui frémit, des paysages et des odeurs, où s’ébattent des personnages d’une effrayante normalité, mais dans un monde où tout va de travers. Rêve et réalité se rejoignent... Le livre a déjà séduit Folio, qui l’a préempté pour une édition poche, et les droits ont été vendus à Suhrkamp (Allemagne), Editura Trei/Pandora (Roumanie) et Stereoma (Grèce). La maison Einaudi /Steil Libero l’a également préempté pour l’Italie. 

 

Le voyage ne fait donc que commencer. Précipitez-vous : le premier tirage est de 5000 exemplaires, les premiers arrivés seront les premiers servis...


 

 

(à paraître, le 30 août) Ma Reine — Jean-Baptiste Andrea — L’iconoclaste — 9791095438403 — 17 € 

 

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