La remise sur le prix des livres, moteur de ventes ? L'Italie est divisée

Nicolas Gary - 26.06.2019

Edition - International - prix unique - livres Italie - éditeurs législation


Voilà quelque mois que les organisations professionnelles et les pouvoirs publics en Italie se sont posés autour de la table. Objectif, définir les pistes de soutien à envisager pour l’industrie du livre. En premier lieu, les remises appliquées lors de la vente, impliquant la modification de la Loi Levi. Et les choses ne sont pas simples.

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

La Commission Culture du Parlement a pu profiter des avis et remarques fournis lors de nombreuses auditions, au cours de ces derniers mois. Et vient d’adopter un texte liminaire à l’élaboration d’une nouvelle législation : la limite des remises, jusqu’à lors plafonnée à 15 %, serait réduite à 5 %. Une forme de prix unique, proche de celui que le Syndicat de la librairie française s’apprête à défendre dans une campagne de communication lancée ce 29 juin.

Une sanction, pas une bénédiction ?

Le texte adopté est le fruit des travaux de parlementaires issus des différents mouvements politiques actuels (on peut le consulter à cette adresse). Qu’ils soient parvenus à s’entendre sur ces 13 articles relève déjà de la gageure, insiste Il sole 24 ore, qui dévoile l’information. 

Pourtant, le président de l’Association italienne des éditeurs, et homme à l’origine de la législation en passe d’être modifié, émet quelques réserves. Pour Ricardo Franco Levi, « cette réforme pénalise non pas le grand lecteur passionné qui achète malgré tout, mais l’Italien moyen, qui lit très peu et sera plus dissuadé ». 
 
Pourtant, le texte de loi s’inscrit dans le Plan d’action nationale pour la promotion de la lecture. Ce dernier vise à favoriser la lecture, en tant qu’outil au développement personnel, mais également à la croissance tout entière du Bel Paese. Renforcer l’esprit et le goût de la lecture, la chose est louable : parvenir à préserver les professionnels implique d’autres choses.

« La lecture est une urgence nationale », poursuit Ricardo Franco Levi dans un communiqué. « Pas seulement pour notre secteur, mais pour la croissance du pays. Ce texte envisage au contraire une forte diminution des ristournes possibles, sur le prix de vente, sans aider les familles aux achats de livres, ce qui pénalise effectivement l’envie et le besoin de lire. »

Les différentes modalités d'application 

Plusieurs aménagements sont pourtant prévus : d’abord, la remise plafonnée ne s’applique pas aux livres vendus à des établissements publics ni institutions. Par ailleurs, les marques éditoriales disposeraient d’un mois, chaque année, pour offrir un rabais supérieur à celui établi, sans dépasser les 20 % toutefois. 

Un mois entier, dont la date sera établie par décret, et qui ne porterait que sur des titres sortis au cours des six derniers mois. Et la Guardia di Finanza serait chargée d’instaurer des sanctions en cas de manquements. 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
De fait, le monde éditorial se divise en deux catégories : ceux pour qui la remise de 5 % est un impératif pour préserver l’industrie. On y retrouve l’Association des éditeurs indépendants, l’Association des libraires italiens et le Syndicat italien des libraires et papetiers. Face à eux, l’AIE, qui réunit les grands groupes éditoriaux, pour qui non seulement le marché est également douloureux, mais pas question de toucher autant aux remises…
 
L’argument, socioéconomique s’entend : le pouvoir d’achat n’a pas vraiment augmenté pour les Italiens ; et la plupart des études montrent combien le taux de lecture, dans un pays, est intrinsèquement lié au PIB. 

De son côté, l’Adei salue au contraire une mesure qui, adoptée par la Commission, montre que les députés « ont compris quelles sont les anomalies qui minent la survie de notre industrie ».

Chose rare, les bibliothèques n’ont par ailleurs pas été oubliées dans les règles qui pourraient venir. Un fonds d’un million d’euros accompagnerait la création d’une carte électronique pour les bibliothèques. Cette dernière verrait le jour d’ici 2020 — le ministre de la Culture, Alberto Bonicoli, en accord avec celui de l’Économie, en établira le périmètre d’action. 

Le financement pourrait s’établir avec l’aide des entreprises intéressées, à même de verser un pourcentage de leur chiffre d’affaires pour abonder. L’idée est de mobiliser la société civile et les entreprises, pour doter ce fonds. 

Tandis qu'en France, les libraires s'engagent

De son côté, le Syndicat de la librairie française, à l’occasion des Rencontres nationales qui se dérouleront à Marseille, compte lancer une grande campagne de communication. Il s’agit, une fois encore « sensibiliser le grand public au prix unique du livre », rappelant donc que les livres neufs sont au même prix, partout. 

« Alors que le prix unique a fait ses preuves sur un plan économique et culturel et que l’ensemble de la classe politique le soutient, nous avons un acteur très puissant qui s’est installé au cœur de notre marché et qui travaille petit à petit à en saper les fondements », indique le président du SLF, Xavier Moni.

En effet, « seul Amazon y est hostile car le prix unique contrarie sa stratégie agressive de “discount” visant à faire disparaître des concurrents ne disposant pas de capacités financières aussi illimitées que les siennes ».


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