La rémunération minimum pour les auteurs : refus catégorique des éditeurs

Nicolas Gary - 10.01.2020

Edition - Société - rapport Bruno Racine - Vincent Montagne - auteurs artistes statut


Présentant ses vœux pour l’année 2020, Vincent Montagne s’est plié à l’exercice délicat d'établir un panorama de l’industrie du livre. Il présentait d’ailleurs l’objet comme un outil incontournable – et moteur de la création, notamment dans le cinéma. Plus encore, le livre incarne un « vecteur de développement économique pour notre pays ». Car « le livre et la lecture sont des enjeux sociétaux essentiels et méritent d’être défendus », assure-t-il.


oups... pixabay licence
 

Pour autant, la relative bonne santé du secteur ne doit pas masquer des réalités. Ce dernier reste fragile dans tous ses maillons et composants, à commencer par le lectorat. « Nous perdons des grands lecteurs, des lecteurs moins grands qui s’étaient habitués à lire à l’école et sont séduits aujourd’hui par d’autres formes de loisirs », pointe-t-il, évoquant une « guerre du temps », ou plus communément appelée économie de l’attention.

Selon les données, la génération des Millenials offrirait 9 secondes, voire moins, de capacité d’attention, ce qui ne fait pas vraiment les affaires de l'édition, plus tournée vers le temps long.
 

Petit colosse, aux pieds d'argile


La fragilité se retrouve chez tous les acteurs, qui sont interdépendants : bibliothèques, libraires, éditeurs… et auteurs. Sur ce dernier point, ActuaLitté évoque régulièrement la situation économique et sociale difficile. Et Vincent Montagne de nous emboîter le pas.

« Au-delà des réformes sociale et fiscale engagées par le gouvernement, la baisse du lectorat, la baisse du tirage moyen compensée difficilement par un nombre de titres plus élevé ont un impact combiné direct sur la situation de nos auteurs.... Cette inquiétude, nous la partageons... »

En de telles circonstances, la tentation « est grande de se tourner vers l’État et les pouvoirs publics pour légiférer, encore et toujours, pour mieux normaliser ».

Ainsi, le président du SNE déplore la proposition « d’inscrire dans la loi une rémunération minimum du prix de vente des ouvrages pour tous les auteurs ». Celle-ci, pointe-t-il, est « basée sur un camembert global, hors-sol, totalement inepte, de fausses répartitions des droits, qui ne tient compte ni des à-valoirs non récupérés ni des droits annexes ». 
 
Enfin, elle relève d'un non-sens économique, analyse-t-il, reposant sur « une méconnaissance totale de l’édition et des spécificités de chaque secteur ». La proposition ne vient pourtant pas de nulle part.

Vincent Montagne
Vincent Montagne - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Il alerte également : « Quant à la normalisation excessive, l’histoire nous enseigne qu’elle a des conséquences dramatiques dans le domaine de la création et qu’elle conduira a minima à la disparition de nombreux auteurs et nombreuses maisons d’édition. Donc à l’appauvrissement de la création littéraire. Au détriment du lecteur. »
 

Légiférer, en tremblant ?


Il cite alors, en conclusion, Jean-Étienne-Marie Portalis, précurseur du Code civil : « Ne légiférez qu’en tremblant. » Bon, en réalité, cette phrase serait plutôt de Jean Carbonnier, juriste et professeur de droit. Certains n’ont pas hésité sur les réseaux à lui opposer Jean-Jacques Rousseau : « C’est parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. »

Or, il est amusant de rappeler qu’en début de discours, le président du SNE avait insisté sur un premier point. Si l’industrie est fonctionnelle, c’est aussi parce qu’elle jouit « d'un cadre législatif original, particulier, moderne, modernisé et efficace, autour du prix du livre ». Donc une législation du prix unique du livre oui, une législation pour les auteurs, non ? 
 


Alors que les artistes auteurs attendent avec impatience les conclusions de la mission confiée à Bruno Racine — dont le rapport tarde véritablement à être présenté — la remarque du président du SNE a soulevé plus d’un sourcil. À ActuaLitté, il assure toutefois n’avoir pas eu l’opportunité d’en consulter les conclusions.
 
 

 

Les 10 % volent


Une fin de non-recevoir, à la demande des États généraux du Livre, tome 2, qui revendiquait « un taux de rémunération minimal de 10 % des auteurs ». Mais également que « soit envisagée une mesure législative de nature à garantir un meilleur partage de la valeur au sein de la chaîne du livre et une rémunération juste et équitable pour les auteurs ». Une revendication portée par l'ensemble des organisations d'auteurs, mais également des sociétés de gestion...

« C’est une fin de non-recevoir aux principales demandes des auteurs. On a l’impression de se retrouver face à un patronat qui refuserait toute discussion alors qu’on est en pleine crise pour les créateurs », regrette Denis Bajram, président de la Ligue des auteurs professionnels. 

Car la revendication des 10 % figure parmi les pistes sur lesquelles légiférer — ainsi que le portaient les États généraux du livre. Avec les sociétés de gestion, ils réclamaient également que « soit envisagée une mesure législative de nature à garantir un meilleur partage de la valeur au sein de la chaîne du livre et une rémunération juste et équitable pour les auteurs ». Et plus encore, comment trouver des moyens de protéger enfin les travailleurs que sont les auteurs. 

La position prise par le SNE  fait d'ailleurs écho à un autre renversement de table, quand ce même SNE a refusé de s’impliquer dans la rémunération des auteurs en dédicaces, au cours des événements liés à 2020 année de la BD en France.
 

Le risque financier pour les éditeurs


« Nous espérons que ces questions, et nos propositions sur le sujet, seront bien reprises par le rapport Bruno Racine. C’est sans doute ça qui inquiète nos partenaires éditeurs. Et on comprend bien ce que sous-tend cette volonté de ne pas voir l’État s’en mêler. Mais il reste étonnant de les entendre le dire aussi clairement en public », reprend Denis Bajram.

Des critiques qu'avait anticipées Vincent Montagne, poursuivant dans son discours : « Ce sont [les éditeurs] qui prennent le risque financier de publier. Ce sont eux qui fixent le prix du livre. Ce sont eux qui portent la transformation numérique de l’industrie du livre. En bref, ce sont eux sur qui repose une part importante de l’équilibre économique de la filière. »

Avec ce constat posé : 74 % des maisons d’édition sont en difficulté, et sur les 720 qui sont membres du SNE, la moitié réalise moins de 350.000 € de chiffre d’affaires. De quoi inviter à réfléchir à la création d’un « fonds d’aide aux éditeurs défaillants à l’égard de leurs auteurs ». Un modèle qui serait à l’image de ce que l’ADELC peut offrir aux librairies — dont les ressources ont été originellement allouées par les grandes maisons d’édition.


Commentaires
Tout à fait Vincent. Il n'est d'ailleurs pas rare de croiser des auteurs ventripotents sortant du resto ( payé avec note de frais ) pour se glisser péniblement dans leur SUV, tandis que des éditeurs malingres travaillent 12 heures par jours pour leur permettre ce train de vie.
Quel humour, j'adore ! Et sinon, les non-payements du logement et de la bouffe tout le long d'un salon par l'éditeur qui jouit de ta présence au stand et de la plus-value des dédicaces, on en parle ? C'est tellement plus fréquent wink

Voire qui laissent les auteurs acheter leurs propres stocks et payer leurs stands... Des salons qui invitent directement des auteurs à leurs frais, ça devient de plus en plus des légendes...
« Ce sont [les éditeurs] qui prennent le risque financier de publier. » ----> Ok, reformulons : les gens dont le travail consiste à publier des livres prennent le risque de faire leur travail.



C'est bien. Mais c'est un argument plutôt faible, non?



Si on veut sortir l'argument du risque, sortons-le! Le risque le plus grand, c'est l'auteur qui le prend : il investit des centaines d'heures, des milliers d'heures, avec une très forte probabilité qu'il soit payé moins d'un Euro par heure travaillée... et ce, des mois, voire des années après avoir fait son travail... période pendant laquelle son éditeur (la personne) touche un salaire régulier.



Si l'auteur avait mis le même nombre d'heures dans n'importe quel emploi, neuf fois sur dix il serait payé beaucoup plus (et beaucoup plus vite!).



Cela dit, c'est normal que les éditeurs ne veulent pas de contraintes dans leurs contrats. Ils bénéficient d'un énorme rapport de force! De plus, et chaque Euro versé à un auteur est un Euro de moins versé aux actionnaires.
il y a un éléphant que tout le monde prend soin de ne pas voir, c'est l'auto édition des auteurs qui a rebattu les cartes de la chaîne du livre. les auteurs ont pris le pouvoir et la vieille dame de l'édition a du mal à suivre !
Le risque le plus grand, c'est l'auteur qui le prend : il investit des centaines d'heures, = c'est son boulot aussi winkvu que c'est lui le « producteur », c'est lui qui produit. (il faut bien produire avant d'avoir quelque chose à vendre, c'est pareil dans tous les métiers)



Dans n'importe quel autre travail, les auteurs gagneraient 9 fois plus : en étant salariés , oui, sinon,à l'heure, non pas sûre du tout.
Virez-moi manu militari ce guignol qui se gausse de bons mots en s'engouffrant des p'tits fours payés par nos soins dans des salons feutrés ! Allez Ouste !
Je suis l’initiateur d’une association citoyenne « non partisane », créée en 1989, et je réagis, depuis le début, lorsque des décisions sont prises qui concernent la Démocratie et le respect des citoyens et des contribuables



En qualité d’auto-éditeur, statut que j’ai choisi, du fait de ce qui précède, pour être un Homme libre, et après avoir été victime de la censure, j’ai pris position, dès octobre 2017, après l’appel à un « financement participatif » lancé par le Festival de littératures vagabondes de Binic. Cela justement à la suite de la décision prise par le CNL concernant la rémunération des auteurs invités. (*)



Je considère quant à moi, que s’il est normal que les auteurs soient rémunérés pour leur présence promotionnelle à des manifestations, cela doit être consigné dans leur contrat initial avec leurs éditeurs et ce, en fonction des moyens financiers de ces derniers. Cette décision, logiquement, doit être du domaine d’accords librement et mutuellement consentis entre les deux parties, éditeurs et auteurs.



Il est anormal que ce soit une "nouvelle administration parisienne" jacobine qui l'impose. Cela sans que les responsables des Collectivités s'en émeuvent?



Il est important de dire que la décision autoritaire du C.N.L. met en péril à terme, toute la filière de l’Edition, des petits éditeurs, des auteurs, de la vie associative et culturelle, les organisateurs de salons.



Cela créé, de plus, un sérail de « biens en Cour » - en fonction des inclinaisons et appartenances politi-ques des auteurs, de leur docilité, qui vont devenir, ce qui est déjà le cas pour certains, « de facto », des auteurs conventionnés – fonctionnarisés …» Cela comme l’a permis la création du statut des « intermit-tents du Spectacle » de Monsieur Aillagon,



Plus grave dans le problème évoqué est que ce dernier est de nature à porter préjudice, par voie de conséquences aux contribuables. Ces derniers vont, être, en fait les « dindons de la farce ».



Car les manifestations accueillant des auteurs invités seront (elles le sont déjà) subventionnées par les Collectivités territoriales, départementales et locales.



Ce qui revient à dire et à prouver que ce sont les contribuables qui vont se substituer aux responsabilités financières des Grands groupes d’édition.



En effet aujourd’hui …89% des ouvrages édités le sont par 10 % des éditeurs. A chacun de prendre ses responsabilités citoyennes!
Il y a un tel écart entre la pieuvre éditoriale industrielle organisée comme n'importe quelle multinationale du CAC 40 et les petits éditeurs indépendants qui gagnent souvent moins que l'auteur sur un livre, qu'il serait bon de scinder la profession en au moins 2 parties avant de légiférer.

Quand certaines grosses maisons engrangent des millions d'€ de CA, les petits sont souvent en déficit et alimentent la trésorerie de leur maison avec un travail annexe, le RSA ou une retraite…

Alors, comment légiférer sur de tels écarts sans risquer de faire disparaître 90 % des maisons d'édition qui réalisent 10% du chiffre d'affaire du livre (je ne parle pas des maisons à compte d'auteur qui se portent bien puisque leurs clients sont les auteurs…), donc d'uniformiser la production intensive et la réduire à des "vendeurs de livres". Il n'y a qu'à voir la pauvreté littéraire des titres mis en avant à chaque rentrée pour s'en persuader. Aujourd'hui, un roman fonctionne sur le montant de promotion de l'éditeur et le carnet d'adresse de l'auteur. Un présentateur télé parle de sa jeunesse ou de son père et il fait tous les plateaux, une perle littéraire avec du sens profond et du rythme reste majoritairement inconnu des médias. Si en plus, il est édité chez un petit, les chroniqueurs n'ouvrent même pas le livre pour en juger par eux-même! On n'est pas sorti de l'influence des lobbies qui ont gagné le monde du livre.
En considérant la manière d opérer par certaines maisons d éditions qui utilisent sois disant leurs introductions les auteurs sont souvent trompés. Aussi j'ai décidé de m auto éditer ce qui me permet de vivre mieux
Sans parler des editeurs malhonnetes qui ne paient pas et dont je poursuis un en justice bien connu pour cela.(editions Oskar jeunesse)il faut faire un exemple
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