Le Serpent à plumes ? "C'est de la littérature"

Nicolas Gary - 22.06.2015

Edition - Les maisons - Serpent plumes - Xavier Belrose - Pierre Bisiou


Le Serpent a plumes a débuté dans l’édition en 1988 sous la forme d’une revue trimestrielle. « Touchez la différence », clamaient ceux qui participèrent à l’aventure de cette association. Une dizaine de nouvelles, triées sur le volet, par des passionnés. Quelques années plus tard, les premiers manuscrits arrivent, et de la revue vinrent les premiers ouvrages. Aujourd’hui, Xavier Belrose et Pierre Bisiou ont choisi de redonner vie à une maison qu’ils ont tous deux bien connue. Entretien, au poil.

 

Editions du Serpent à plumes

Xavier Belrose et Pierre Bisiou, 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« En 1994, quand Gisèle Pineau a reçu le prix des lectrices Elle, pour La grande Drive des esprits, ce fut le début de bien des choses. Tout à la fois du succès, et en même temps, de nouveaux choix, avec l’arrêt de la revue », se souvient Pierre Bisiou. « La ligne éditoriale était très marquée par la revue trimestrielle, qui fixait des thèmes, généralement géographiques. Ce fut souvent de la littérature étrangère. Et nous avions la collection Motifs, qui avait une dimension plus littéraire. »

 

La maison a connu des hauts, des bas, mais il en est resté, quel que soit son propriétaire, un état d’esprit, que les nouveaux acteurs veulent porter. « À l’époque, on y trouvait un mélange de bonne humeur, d’esprit familial. Au fil du temps, chacun a apporté quelque chose, même si, dans les premiers temps, il y avait un esprit de village gaulois, exigeant, dans les choix des livres. Une farouche indépendance, qui a résisté tant qu’elle a pu », explique-t-il avec un large sourire. 

 

Depuis avril dernier, les nouvelles parutions sont en librairie. « Nous avons eu cette envie de reprendre la maison, qui était en cessation de paiement, qui appartenait au Rocher. Ce ne fut pas simple : le jeu des filiales a rendu tout ce rachat très long. Mais depuis décembre 2013, la marque et la maison nous appartiennent, et maintenant, par le soutien qu’a apporté l’Aube, peut revenir », précise Xavier Belrose. 

 

L’image du Serpent a longtemps été celle d’une maison axée sur les auteurs étrangers, avec Dany Laferrière ou Alain Mabanckou, « mais c’est avant tout une maison très littéraire, de pure littérature. Elle était très éclectique, et nous lui rendrons cette identité ». Des auteurs comme Noam Chomsky ou Scott Ritter, auteur d’un papier fulgurant contre la Guerre en Irak, sont tout de même venus dans les murs. 

 

 

Et d’ajouter : « Cette reprise de la maison part d’un sentiment de manque, dans le paysage littéraire contemporain. Le Serpent s’incarnait sous la forme d’une famille, où l’on refaisait le monde, ensemble, avec les auteurs. On choisissait presque tous ensemble les ouvrages, en considérant l’adéquation entre les auteurs et la maison. Il y avait un peu de folie... D’ailleurs, il y a beaucoup d’auteurs qui n’ont jamais retrouvé cette dimension paradisiaque, ce petit Eden, qu’était le Serpent. » 

 

Alors que la marque allait disparaître, « les auteurs nous le faisaient remarquer, ce vide. On se lance, avec une mise en danger, parce que, réinvestir une société, c’est une prise de risque. Mais on sait où l’on va – sans que cela nous assure de réussir. Notre projet d’entreprise est nourri de cette histoire du Serpent, et d’une expérience, autant que de la maturité acquise, tant par Pierre que moi », poursuit Xavier Belrose.

 

Avec l'auteur et en numérique

 

Le nouveau Serpent à Plumes sera très attaché à cette notion d’auteur, et le rôle que la maison aura vis-à-vis d’eux. Accompagner, porter, comprendre ses démarches... « Ça signifie publier un texte qui ne serait pas le plus abouti, pour l’aider à sortir le prochain... ou lui refuser son manuscrit, exactement pour les mêmes raisons. Et travailler pour lui, sur la vente en librairie, la presse, mais également pour les droits, que gère Irène Rondanini : lui donner la plus grande surface possible. Aujourd’hui, je trouve que l’auteur n’est pas un produit très bien traité », note Pierre Bisiou. « Ce côté familial, c’est ce que l’on doit aux écrivains, parce qu’ils en ont aussi besoin. » 

 

De l’ancien catalogue, les éditeurs vont republier les œuvres en format numérique, tout en faisant face à une étrange situation. « Après 2004, pas mal d’auteurs ont quitté la maison, pour nous soutenir. Et maintenant, paradoxalement, nous avons des contacts à reprendre. [rires] Pour les auteurs qui sont venus par la suite, il y a toujours des contrats, mais plus de livres en librairie. Alors nous avons développé la collection numérique », indique Pierre Bisiou.

 

E-plumes, réalisé en partenariat avec E-fractions, ce sont des tarifs tout doux, et des codes barres pour télécharger les ouvrages, directement en format numérique. « C’est dans l’esprit de Motif, cela permet de faire vivre la collection, avec un prix abordable. Et cela nous donne l’occasion de glisser un ouvrage inédit. On peut aussi faire des choses qui sont tellement bonnes que l’on ne peut pas les proposer en papier. C’est le cas de Hailji, et Les Hirondelles dans mon tiroir. Nous sortirons son roman en février, mais la poésie... »

 

Editions du Serpent à plumes

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Réimprimer les titres, au moment venu, et songer au format poche, si l’idée est opportune... « C’est le bonheur de tout reconstruire : nous avons tout à réfléchir », reprend Xavier Belrose. « Il faudra donner du sens, avant tout. »

 

L’identité du Serpent à Plumes est restée intacte, auprès de ceux qui ont connu cette maison. « Nous avons rencontré énormément de libraires qui ne connaissent plus la maison. De la période où la maison appartenait au Rocher, rien n’est vraiment resté. Le travail de Nathalie Fiszman a été amputé en grande partie. Le Serpent, c’est une maison qui a toujours été incarnée, par ces personnes qui l’ont habitée. À nous de reconstituer une nouvelle identité, avec cette nouvelle charte, des auteurs anciens qui reviennent, de nouveaux qui nous contactent. Avec un catalogue assez cohérent dans ses choix. »

 

Les livres prévus pour la rentrée s’ouvriront sur un panorama de livres riches, variés – des choses étranges, des œuvres épiques, de la littérature classique et puis très « barrée » aussi. « Le Serpent, c’est une maison qui a toujours été mal cernée : l’image que l’on aura demain dépendra de tout cela. Mais c'est de la littérature, surtout. »

 

D’ores et déjà, cet étrange animal, soucieux de renaître de ses cendres, s’offre de luxe de plusieurs nouveaux visages : la mue a commencé. Et se présente plutôt très bien.

 

 

Petite visite à la librairie Millepages, à Vincennes.

Posted by Le Serpent à Plumes on lundi 15 juin 2015

 


Pour approfondir

Editeur : Le serpent à plumes
Genre : litterature...
Total pages : 368
Traducteur :
ISBN : 9791094680049

Médium les jours de pluie

de Louis-Stéphane Ulysse

Schoulberg, agent artistique raté, pour une maison de disque, quitte la France et devient un médium réputé à Los Angeles.  Débarque alors une flopée de marginaux, des vivants et des morts dont Lux Interior, le décédé chanteur des Cramps à la recherche de Poison Ivy, son amour éternel. Entre roman fantastique et hommage aux destins brisés du blues et du rock, Louis-Stéphane Ulysse – croisement entre Paul-Thomas Anderson et David Lynch – nous offre un hymne flamboyant à la culture underground et prouve que nous avons encore beaucoup à apprendre des morts.   Louis-Stéphane Ulysse, écrivain et scénariste, a publié plusieurs romans, paru chez Florent-Massot, Flammarion, Calmann-Lévy, Panama ou, le dernier en date, au Serpent à Plumes (Harold, 2010). Il vit actuellement en Grèce. A propos d’Harold: "Lyrique, foisonnant et envoûtant, un édifice ambitieux qui n'a pas beaucoup d'équivalent dans le paysage français. " Adrien Gombeaud, Les Echos "Roman au fantastique déroutant. " Jean-Luc Douin, Le Monde

J'achète ce livre grand format à 20 €

J'achète ce livre numérique à 6.99 €