La rentabilité d'Autrement Jeunesse, 'extrêmement difficile'

Nicolas Gary - 01.12.2014

Edition - Les maisons - Autrement Jeunesse auteurs - catalogue livres jeunesse - Casterman Gallimard


Les Éditions Autrement Jeunesse font partie, sur ce Salon de la littérature et la presse Jeunesse de Montreuil, des sujets chauds. Au terme d'une table ronde, organisée par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Monique Dejaifve, directrice éditoriale de Casterman jeunesse, revient sur ce qui ressemble à une erreur de communication.

 

 

Monique Dejaifve

Monique Dejaifve, au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Nous ferons en sorte que les droits des auteurs soient respectés », a-t-elle assuré devant l'auditoire. D'abord, le fond continuera d'être travaillé, de même que les droits dérivés ou ceux internationaux. Si l'ouvrage se vend bien, l'éditeur et l'auteur pourront s'entendre. En revanche, en cas de rupture de stock, et que l'auteur n'a pas envie de retravailler avec les maisons du groupe, « alors il reprendra ses droits, totalement librement, et on lui rétrocède » sans discussion. « [L]'auteur sera libre de dire qu'il souhaite travailler avec l'une ou l'autre des maisons du groupe ».

 

Évoquer les problèmes de communication du groupe est en revanche plus délicat. D'abord, parce que Autrement Jeunesse va continuer de publier des livres en janvier et février prochain. « C'est un peu dommage pour les auteurs, qui vont être dans cette période de la rentrée d'hiver. Mais l'autre question, c'est que le travail du fonds se poursuit, et pour les libraires, cela aurait pu occasionner une mauvaise image. » La structure redoutait en effet que ces derniers choisissent de ne plus travailler les titres d'Autrement Jeunesse.

 

Et dernier point, Autrement adulte continue sa route, et pour les auteurs de cette maison, l'annonce de la fin d'Autrement Jeunesse aurait été problématique. « Ce n'est pas que nous cherchions le secret, nous voulions surtout que cela se passe le mieux possible, et cela devenait délicat. » Bien entendu, dans le cadre d'un groupe, les processus de diffusion d'un message nécessitent... de mettre d'accord tout le monde sur le contenu dudit message.

 

 

Nous sommes tous des auteurs Autrement

"Nous sommes tous des auteurs Autrement", à Montreuil

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Quant à faire revivre Autrement Jeunesse... « Il y a tout de même des raisons pour lesquelles la maison s'arrête, et que nous arrêtons les nouveautés. La rentabilité de la maison est extrêmement difficile, avec quelques figures de proue, mais beaucoup de livres qui restent déficitaires. C'est un catalogue qu'il aurait fallu revoir, et je constatais que les libraires, eux-mêmes, privilégiaient Casterman Jeunesse à Autrement Jeunesse. »

 

Le groupe se retrouvait donc avec un label, parmi bien d'autres, et dont la marque n'était peut-être plus assez porteuse. « Ce n'est jamais agréable, ni facile, mais cela peut s'expliquer. Et puis, les auteurs ne se rendent pas toujours compte : c'est un catalogue de grande liberté, avec un public très exigeant. Je pensais qu'on aurait pu l'ouvrir, mais ai constaté que cela n'arrivait pas. Or, dans un moment de crise, où certes, les libraires prennent des risques, on constate un phénomène de best-sellerisation, pour lequel il n'y a pas que l'éditeur qui est à blâmer. »

 

Que ce soit Violetta, ou Nos étoiles contraires, ces titres auraient tendance à fausser les chiffres réels de la littérature jeunesse – dont une récente étude a montré qu'elle représentait un livre vendu sur quatre en France. « Dans les statistiques de vente, ce sont tout de même ces figures de proue qui emportent le marché. De même que Martine. Bien entendu, nous avons envie de pousser des maisons comme Autrement Jeunesse, parce qu'elles incarnent la littérature qui innove, les expérimentations, cela reste difficile. Tout le monde doit être partenaire. »

 

L'amertume ambiante, pour les auteurs, « est éminemment compréhensible, mais la littérature pointue, elle, n'est défendue que par un très petit nombre ».