La rentrée du e-commerce : croissance, concurrence, ergonomie

Clément Solym - 06.09.2012

Edition - Economie - e-commerce - bilan trimestre 2 2012 - Fevad


 La Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) a dressé un bilan des ventes sur Internet pour le 2e trimestre 2012, à partir des données fournies par ses adhérents et différentes études et sondages : il n'y a pas à tergiverser, il est très bon, puisque la croissance accompagne encore les sites marchands. D'ailleurs, il y en a un nouveau qui se créé toutes les 20 minutes, mais cela n'empêche pas la domination du pure player Amazon.

 

 

Marc Lolivier (Fevad), avant la présentation du baromètre

 

 

Le monde des chefs d'entreprise et des marketeux est doté d'un argot qui n'a rien à envier à celui des couches populaires : tout non-initié galère sévèrement si les expressions « BtoB », « marketplace » ou « canal prescripteur » n'ont jamais atteint ses tympans. C'est à partir du panel ICE, qui compte 40 sites membres, parmi lesquels la Fnac, Alapage ou France Loisirs, pour se limiter à la vente de produits culturels.

 

Et ces sites de e-commerce font toujours chemin avec la croissance : un taux de 8 % pour le 2e trimestre 2012, soit un léger tassement (10 % au 1er trimestre). À relativiser, toutefois : il faut se souvenir que la consommation des ménages a baissé de 2,8 % entre janvier et juin. « Les magasins qui ont pignon sur Web ont progressé : on en compte aujourd'hui 110 000, soit 20 000 supplémentaires en un an » révèle Marc Lolivier, qui souligne que le marché est donc de plus en plus concurrentiel.

 

1,3 million d'internautes ont franchi le pas et tenté l'expérience en achetant un produit sur Internet depuis le 1er trimestre 2012 : ils sont désormais 31,7 millions à avoir fait chauffer la carte bleue en ligne, soit 8 internautes sur 10 d'après Médiamétrie. La tendance consommatrice majeure veut que le montant du panier soit moins élevé (autour de 89 €), mais les achats plus fréquents (5,2 achats par trimestre, soit le niveau habituellement constaté lors des fêtes de fin d'année). Le panier des produits culturels est plus modeste : il est inférieur à 46 € et son rythme est un peu moins soutenu, de l'ordre de 3 achats par trimestre., mais 49 % des internautes l'ont validé.

 

Le cas Amazon

 

Au moment des classements des sites marchands, on regrette de ne pas avoir misé notre salaire auprès du bookmaker local : sans surprise, et toutes catégories confondues, c'est Amazon qui domine avec 11 millions de visiteurs uniques par mois, soit le quart des internautes français. Il est suivi par eBay (9,5 millions, seulement !), puis Cdiscount (8,6), Fnac (8,2) et Priceminister (7,5). Voilà qui ne fait que confirmer la montée éclair d'Amazon, que l'on retrouve quelques minutes plus tard dans le classement spécifique à l'habillement (5e position) et à nouveau en 1re place pour les ventes Internet mobile et applications (le secteur prometteur) : 1,4 million de visiteurs s'y bousculent mensuellement.

 

Mauvaise nouvelle pour les boutiques physiques : les internautes-acheteurs exclusifs sont de plus en plus nombreux, même si l'utilisation d'Internet comme « canal prescripteur » (recherche des avis, des images, des prix, puis achat en magasin) reste la règle. Pour Marc Lolivier, le e-commerce a même un « rôle dans l'aménagement du territoire, qui n'est pas assez mis en valeur : les gens vont retourner dans les campagnes, avec la même offre commerciale en ligne ». Mais peut-être sans aucune alternative physique...

 

Dans cette institution au logo étrangement proche de celui d'Intel, la fiscalité du commerce en ligne n'est pas forcément taboue : l'étude « Colin² » demandée par Bercy sur la fiscalisation des gros sites américains, semble nécessaire. Et François Momboisse, président de la Fevad, de rappeler cette petite phrase du patron de Google à Christine Lagarde, à l'eG8 de l'année dernière : « Votre boulot, c'est de faire des réseaux, nous, d'offrir des services. » Charmant...

 

Par contre, sans surprise, la Fevad s'oppose à une taxe spécifique au e-commerce (« Cela reviendrait à taxer deux fois le commerce »), et prône la neutralité fiscale, surtout pour favoriser le mélange des pratiques vers lequel le consommateur semble se diriger. Mais Momboisse termine quand même la présentation sur un éloge d'Amazon, « au milieu du top 10 il y a quelques années encore, et maintenant 1er avec une large avance ».