La réouverture des librairies peut-elle se faire en toute sécurité ?

Antoine Oury - 06.11.2020

Edition - Librairies - librairies reouverture - librairies mesures sanitaires - ventes livres librairie


Avant même le confinement, trois organisations du livre (Syndicat national de l'édition, Syndicat de la librairie française et Conseil permanent des écrivains) demandaient au gouvernement de garder les librairies ouvertes, malgré le confinement. Peine perdue, mais le combat pour la réouverture de ces commerces bat son plein. Au risque de faire passer l'économie devant la santé des libraires ?

Fermeture de librairie


Si la fermeture des librairies est « une catastrophe à la fois incompréhensible, injuste et indéfendable », selon le Syndicat national de l'édition, la défense des points de vente du livre, elle, dépasse toutes les attentes. Emboîtant le pas au médiatique présentateur de La Grande Librairie (France 5), François Busnel, compagnon du Syndicat de la Librairie française, fait partie des premiers à avoir invité à signer une pétition pour réclamer leur réouverture.

Près de 200.000 signatures plus tard, il semble que la question d'une réouverture des librairies ne fait pas débat, aussi bien dans les professions du livre qu'au sein de la population française. Et pourtant : plusieurs libraires ne cachaient pas leur inquiétude à l'idée de devoir à nouveau accueillir du public, d'autant plus que les achats de livres restent possibles, sur le modèle « click & collect », ou « cliqué-retiré ». « Honnêtement je ne comprends pas cette mobilisation, les commerces essentiels sont les commerces de bouche, pas les librairies. Il faut respecter le confinement pour ne pas participer à la propagation du virus. Cela ne met pas seulement en danger les libraires, les clients aussi », nous expliquait ainsi une libraire.
 
« Et que veut-on dire, exactement ? Que le livre est essentiel, ou qu'acheter des livres est essentiel ? », poursuivait une autre. L'inquiétude économique figure en effet en bonne place dans les messages de la profession, qui craint beaucoup pour la fin de l'année «  [les libraires] réalisent un tiers de leur chiffre d’affaires », comme le rappelle le Syndicat national de l'édition.
 

Garantir « les meilleures conditions sanitaires »


Confronté aux interrogations relatives à la santé des libraires et des salariés des librairies, le Syndicat de la librairie française se veut rassurant. « La profession des libraires a fait preuve d'un grand sens des responsabilités au printemps en considérant qu'en l'absence de masques, de gel, de protocole sanitaire ou encore d'habitudes face au virus, les conditions n'étaient pas remplies pour assurer la sécurité des salariés et des clients en cas de réouverture prématurée », nous rappelle Guillaume Husson, délégué général du syndicat professionnel.

« C'est au nom de la même responsabilité que nous estimons aujourd'hui, dans un contexte qui a évolué, que les librairies peuvent rouvrir en garantissant les meilleures conditions sanitaires possibles. Nous avons lu le message de certains syndicats sur le sujet mais tenons à souligner que les équipes travaillent actuellement dans les librairies, notamment pour assurer le retrait des commandes, et qu'aucune difficulté ne nous a été remontée. » 

Guillaume Husson fait référence au message du syndicat CGT Librairies, qui, le 2 novembre dernier, déplorait une parole qui se limitait « au syndicat patronal ». La CGT Librairies, si elle reconnaissait la situation économique différente, rappelait toutefois que « la santé des salarié.e.s et de nos concitoyen.ne.s ne se négocie pas ». En cas de retour du public dans les librairies, la CGT demandait par ailleurs « le respect par l'ensemble des employeurs des règles légales et sanitaires applicables ».
 
Le SLF met en avant, à ce titre, « un protocole sanitaire que nous avons fait valider par le ministère de la Santé », élaboré lors du déconfinement. « Ce protocole est public. Il liste l'ensemble des mesures préconisées pour assurer la sécurité des équipes comme des clients. Certaines collectivités locales ont par ailleurs apporté des aides pour l'équipement des commerces en matériel sanitaire », nous précise Guillaume Husson, sans garantie, pour l'instant de la reconduction de ces aides par les collectivités pour le deuxième confinement.

Dans le cas d'une réouverture des librairies au public, toutefois, les salariés n'auront d'autre choix que de se mettre en contact avec le public. « Le seul recours possible pour les salariés est un droit de retrait, uniquement dans le cas où ils font face, comme l'indique la loi, à “un danger grave et imminent”. Ce serait le cas, par exemple, si une entreprise refusait de mettre en place les mesures sanitaires pour protéger ses salariés. Lorsque ces mesures sont appliquées, le salarié n'a pas la possibilité de refuser de travailler de sa propre initiative », explique le délégué général du SLF.
 

Une réouverture des librairies « dès que possible »


En période de « cliqué-retiré » et de commandes reçues à son domicile, les libraires font face, sur internet, aux habituels concurrents, de la Fnac à la multinationale Amazon, en passant par les enseignes de super et d'hypermarchés. Dans ce contexte, le Syndicat de la librairie française demande une solution de nature à « aligner par le haut la concurrence en acceptant la réouverture des librairies ».

Un obstacle à Amazon pour la vente de livres en ligne, comme lors du premier confinement, n'est pas envisageable cette fois. « Si l'on interdisait les ventes de livres sur Amazon, il faut être conscient qu'il faudrait alors interdire également l'activité des libraires sur internet. Raison de plus pour sortir de cette situation “par le haut” ! », nous indique Guillaume Husson.

Seule une réouverture permettrait de consolider la situation des libraires, selon le syndicat, qui rappelle que « la période de fin d'année représente un quart, au moins, du chiffre d'affaires des librairies et que la trésorerie dégagée durant cette période permet aux libraires de tenir financièrement durant les mois qui suivent ». Sans oublier que le premier confinement a laissé des marques, et que « la bonne reprise de l'activité n'a pas permis à la majorité des librairies de rattraper leur retard de chiffre d'affaires ».
 
Une réouverture des librairies décidée par le gouvernement permettrait-elle à ce dernier de se « dédouaner », en matière d'aides et de compensation économique ? « Quoiqu'il en soit, l'activité sera réduite dans les prochaines semaines par rapport à une année normale. Il faudra que cela soit pris en compte dans la définition des aides même si les librairies rouvraient dans les prochains jours ou prochaines semaines », précise à ce titre Guillaume Husson. « Le gouvernement a fait un premier geste dans cette direction en ne prenant pas en compte le chiffre d'affaires généré par les commandes internet dans l'assiette de calcul des aides. »

Saluant l'engagement du gouvernement dans l'aménagement des tarifs postaux proposés aux libraires, Guillaume Husson explique que le SLF continue « de discuter sur les conditions sanitaires qui permettraient une réouverture des librairies dès que possible ».

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Ce que font semblant de ne pas comprendre les commerçants, dont les libraires, c'est que le problème n'est pas la norme sanitaire à l'intérieur du commerce mais bel et bien les trajets qu'impliquent l'ouverture des commerces non essentiels.



Les commerces non essentiels doivent rester fermés pour préserver les français.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.