La répartition des droits numériques, au détriment de l'auteur

Julien Helmlinger - 29.06.2013

Edition - International - Droits d'auteur - Redevance - Tarification d'agence


Au début du mois de juin, le blogueur Brian DeFiore a relevé, dans une diapositive issue de la dernière réunion des investisseurs de HarperCollins, un détail révélateur au sujet des effets de l'ère numérique sur les partages des droits entre auteurs et éditeurs. Car si l'objet du graphique, pour la firme, était de démontrer que l'édition d'ebooks était plus profitable à la maison que celle de hardcovers, les chiffres démontrent aussi que ce profit se fait sur le dos des auteurs. Une manière plutôt cavalière d'affronter la prise de risque éditoriale de la dématérialisation.

 

 

 

 

Le graphique ci-dessus illustre effectivement la profitabilité de l'édition numérique pour l'éditeur, notamment en raison des économies réalisées en matière de coûts d'impression et de distribution. Et ce, bien que les éditeurs semblaient sceptiques quant à cette opportunité annoncée depuis les balbutiements de l'ebook, par les plus visionnaires. Mais l'illustration révèle en outre que la dématérialisation est en revanche dommageable pour les auteurs de la maison.

 

Car si un hardcover commercialisé à 27,99 dollars rapporte ici 5,67 dollars de profits à l'éditeur contre 4,20 à son auteur, un ebook vendu au prix de 14,99 dollars génère en comparaison 7,87 dollars de profit à son éditeur contre 2,62 à l'auteur. 

 

Ainsi par exemplaire vendu, chaque transition du hardcover vers le numérique rapporte 2,20 dollars de profits supplémentaires à la maison d'édition, tandis qu'elle spolie l'auteur de 1,58 dollar de redevance. Et, là où le bât blesse, c'est que même si l'on rétribuait les auteurs d'une somme égale en formats cartonnés et ebook, soit 4,20 dollars, l'éditeur gagnerait toujours 6,28 dollars de plus en édition numérique qu'en hardcover.

 

Et si ce nouveau partage semble d'ores et déjà déloyal, le blogueur en déduirait une autre injustice. Car en considérant que certains auteurs ne vendent pas assez de livres pour hisser le niveau de leur redevance au dessus de l'avance qu'ils ont perçue de leur éditeur, en revanche, les auteurs les plus floués seraient ceux qui n'ont pas bénéficié d'une avance importante, mais dont les succès commerciaux se sont envolés bien plus haut que prévu. Un auteur de renom dont les ventes feraient un bide, quant à lui, ne serait pas autant pénalisé.

 

Avec un tel écart dans le partage des profits, l'auto-édition a de bonnes raisons de se faire encore davantage d'adeptes parmi les auteurs qui ne tiennent pas le devant de la scène médiatique.