La République dominicaine prive l'auteur Junot Díaz de l'Ordre du Mérite

Antoine Oury - 28.10.2015

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L'écrivain américain Junot Díaz est originaire de République dominicaine et, lorsqu'il reçoit un Prix Pulitzer de la Fiction pour La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao en 2008, l'île est fière et décerne, un an plus tard, l'Ordre du Mérite à Díaz. Le consul dominicain à New York, Eduardo Selman, qui avait accroché l'Ordre au revers de la veste de l'écrivain, vient de l'arracher, suite à des déclarations jugées « anti-dominicaines ».

 

Junot Diaz

Junot Díaz, par Luis Blackaller (ALA, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

En 2009, le consul républicain à New York saluait « le talent, la créativité et le parcours professionnel de nos Dominicains les plus accomplis, qui portent les valeurs et les principes les plus nobles de la dominicanidad [l'esprit dominicain, NdR] ». Junot Díaz en faisait alors partie, mais le même consul, Eduardo Selman, a récemment destitué l'écrivain de l'Ordre du Mérite, le qualifiant au passage d'« anti-dominicain ».

 

En juin dernier, Díaz menait une campagne active pour que certains agissements de la République dominicaine soient dénoncés : le pays envisage d'expulser des milliers d'Haïtiens ou de descendants d'Haïtiens arrivés au début du XXe siècle de ce côté de l'île d'Hispaniola, en mer des Caraïbes, et menés en esclavage dans les plantations de canne à sucre.

 

Le pays accorde la nationalité aux personnes nées sur le sol dominicain, mais a validé des exceptions en septembre 2013, dont celle qui exclut les Haïtiens et descendants d'Haïtiens. Évidemment, beaucoup d'individus n'ayant plus de contact avec Haïti se sont alors retrouvés apatrides, et sous la menace d'une expulsion.

 

Díaz militait donc auprès des politiques et dans les médias : « La dernière fois qu'une telle chose s'est produite, c'était sous l'Allemagne nazie, et pourtant, tout le monde hausse les épaules », a-t-il déclaré, menant de front une campagne de sensibilisation auprès de sénateurs et autres représentants au Congrès américain. Par ailleurs, Díaz s'attache à rappeler que le racisme actuellement en vigueur n'est pas du tout « historique », comme le prétendent certains, mais découle simplement de la politique de la République dominicaine.

 

Eduardo Selman réplique que « la République dominicaine a agi en toute transparence quant à l'implémentation de ces mesures migratoires, à la face du monde, et aucune violation des Droits de l'homme n'a été relevée ». Pendant ce temps, les camps se multiplient à Pointe-à-Pitre...

 

(via The Guardian, The Nation)