La restriction budgétaire en guise de censure en Caroline du Sud

Louis Mallié - 07.04.2014

Edition - International - Censure - Charleston - USA


L'État de Californie a voté une diminution de 70 000 $ du budget de l'University of South Carolina, et du College of Charleston. Raison d'une telle restriction ? Les deux établissements avaient mis à la disposition des étudiants des livres portant sur l'homosexualité... Une mesure qui fait se dresser l'ensemble des professionnels de la région, rapporte le site Publishers Weekly.

 

 Charleston, SCAnthony, CC BY-SA 2.0

 

 

Joan Bertin, le directeur de la National Coalition Against Censorship a rappelé qu'un tel comportement était loin d'être un première. « C'est anticonstitutionnel, politiquement idiot, et mauvais pour les étudiants », a-t-il commenté. « Quel message cela leur renvoie-t-il? Simplement qu'ils doivent se taire et se garder de trop réfléchir. »

 

Selon Betsy Teter, directrice de la maison Hub City et éditrice de Out Loud, un des ouvrages interdits, ce genre de mesure est de plus en plus commun dans les États, qui accusent les ouvrages de n'être que « sexe et érotisme ». Pourtant, selon elle : « Ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est sur les êtres humains, et tous leurs efforts pour trouver leur voie dans le monde. Ce n'est pas seulement la voix des gais et lesbiennes sudistes, mais aussi celles de leurs parents et de beaucoup d'autres. » 

 

L'auteur de best-sellers Dorothea Benton Franck, docteur en lettres de l'université de Charleston a tenu à rappeler combien un pouvoir trop grand possédé par trop peu était dangereux.  « La censure est une grave erreur. Lire un livre sur l'homosexualité ne fera pas plus de vous un gay ou une lesbienne que lire un livre de cuisine ne vous transformera en rôti. Le but de l'éducation universitaire est d'ouvrir les esprits des étudiants. (…) Cette décision compromet l'État de la Caroline du Sud. »

 

Les libraires espèrent quant à eux que la réduction des financements ne s'appliquera pas à la fabrication des livres eux-mêmes... Janet Gedis, propriétaire d'une librairie en Géorgie, à quelques kilomètres de la Caroline du Sud, dit craindre une réaction en chaîne. « J'aimerais croire que cela ne va pas se systématiser. Mais j'ai bien peur que plusieurs États ne voient dans la Caroline du Sud un exemple. »

 

Aussi, pour nombre d'éditeurs comme NewSouthBooks, continuer de publier ce type ouvrages est le meilleur moyen de riposter. « Je crois que c'est important de publier sur ces sujets », a commenté Suzanne La Rosa, éditeur qui s'apprête à sortir un recueil de récits de coming-out. « C'est honteux, et blessant. C'est hélas aussi très révélateur du rôle que l'État croit devoir jouer dans la vie du monde universitaire. »

 

Certains éditeurs, comme Betsy Tsetser, ont tenu à préciser que du fait de la publicité que la censure faisait aux ouvrages, une telle mesure était paradoxalement bonne pour les affaires. En effet, les étudiants, la curiosité aiguisée pour les ouvrages « défendus », vont les acheter en librairie. Mais elle rappelle qu'en dépit de ce petit point positif, la restriction punitive demeure un fort mauvais point pour l'État, sa réputation... et ses étudiants.