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La Réunion : dynamisme, bilinguisme, illettrisme

Auteur invité - 09.08.2018

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C’est une île de l’océan Indien distante de 9400 kilomètres de la France métropolitaine. Tantôt, elle lui ressemble et tantôt, elle s’en distingue. Comme en métropole, le réseau des médiathèques y est bien développé, chacune des 24 communes de l’île en étant équipée. Et comme en métropole, les adolescents ne les fréquentent guère.


Comme en métropole, on y trouve deux grosses librairies qui comptent au palmarès national de la profession. Comme en métropole, les éditeurs locaux écoulent des tirages de 1000 à 2000 exemplaires.


Île de la Réunion - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Faire connaître 


Mais contrairement à la métropole, La Réunion ne dispose ni d’un Centre régional du livre ni d’une Bibliothèque départementale de prêt (BDP), mais d’une Bibliothèque Départementale de La Réunion (BDR) assurant par son fonds un rôle patrimonial et le dépôt légal. Il existe heureusement La Réunion des Livres (LRDL), une association interprofessionnelle des métiers du livre, créée en 2007, et soutenue financièrement par l’État, le Conseil régional, le Conseil départemental, la Ville de Saint-Denis, l’Académie, le CNL, et la Sofia.

« Nous faisons connaître les livres, la littérature, les auteurs et les éditeurs à La Réunion, dans l’océan Indien et en métropole », annonce Philippe Vallée, président depuis cinq ans et libraire retraité. Chaque année, LRDL présente ses auteurs et sa quinzaine d’éditeurs au Salon du livre de Paris et au Salon du livre de jeunesse à Montreuil.

Pendant l’opération « Un livre, un transat » en été, trois bibliothèques installent des bibliothèques éphémères dans les lieux de loisirs fréquentés par les Réunionnais. Depuis 2010, l’association organise le Grand Prix du roman métis, prix international de la Ville de Saint-Denis doté de 5 000 euros. Un Prix des lecteurs et un Prix des lycéens du roman métis complètent le palmarès. 
 

« J’achète un livre péi ! » 


Pour promouvoir la création et l’édition locale, La Réunion des Livres a mis en place l’opération « J’achète un livre péi ! », au moment de la Sant Jordi, cette fête traditionnelle catalane où on offre un livre et une rose, devenue la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur de l’UNESCO. Un livre péi est un livre édité par un éditeur local. « Les livres édités à La Réunion souffrent d’un déficit de communication, explique l’association. Variée et de qualité, 

la production éditoriale réunionnaise ne peut rivaliser, en termes de publicité, avec les grosses maisons d’édition nationales. »

La première édition en 2017 a été un succès, 90 auteurs et illustrateurs ont rencontré les lecteurs dans 30 lieux. Sur le plan commercial, les libraires ont vendu le jour de l’événement en moyenne 4,5 fois plus de livres péi qu’un samedi ordinaire. 
 

Un soutien public insuffisant 


« À La Réunion, nous n’avons pas à rougir, on trouve un très large choix de la production éditoriale nationale et locale dans nos librairies, des rayons structurés et diversifiés et des libraires compétents et motivés, le réseau de lecture publique est dense, structuré et de qualité », affirme Philippe Vallée.

Si les acteurs associatifs n’ont pas à rougir, quelques bémols peuvent être mis concernant les politiques publiques. La fermeture de la BDP en 2009 s’est faite illégalement, comme le relève un rapport de l’Inspection générale des bibliothèques de novembre 2013.

La préconisation, formulée dans le cadre de l’élaboration d’un schéma régional de lecture publique en 2014, de renforcer LRDL, dans ses missions, son statut, son financement, la pérennisation du personnel, n’a pas encore été menée à son terme, l’objectif étant la création d’un Centre régional du livre. Malgré d’indéniables réussites, le déploiement d’un réseau de médiathèques reste inégal sur le territoire ; souvent en emploi aidé, les employés de bibliothèque sont insuffisamment qualifiés. 


De même, le soutien institutionnel, malgré de notables avancées, demeure encore insuffisant concernant l’illettrisme (22,6 % de la population selon une enquête Insee de 2011) et le bilinguisme ; ces enjeux reposent sur l’implication d’acteurs isolés. « Une BDP pourrait nous soulager et on travaillerait davantage sur l’action culturelle ou l’illettrisme, explique Marie-Noëlle Perrine, directrice de la médiathèque du Tampon (76 000 habitants). Il faut valoriser le créole et la complémentarité entre les langues. Je ne fais pas de différence, je parle les deux langues quand j’accueille les enfants sur le temps scolaire. Je suis très à l’aise avec cela, mais les enseignants le sont moins. »

Pour Claudine Serre, ancienne éditrice devenue consultante, « l’édition locale permet au public, même illettré, de se retrouver dans les livres, avec des livres illustrés sur le patrimoine, des livres en créole ou des livres sonores. La proximité change les choses ». 
 

Coups de cœur de Marie-Noëlle Perrine, directrice de la médiathèque du Tampon 

Matières : le génie d’une île, Anonymus borbonicus, Quartier-Français, 2018. 

Nénènes, porteuses d’enfance, plusieurs auteurs, Petra, 2017. 

Histoires de pilons à l’île de La Réunion, Marie-Pierre Manecy, Epsilon Éditions, 2015. 

 

Stéphanie Stoll 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




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