La réussite du Plan librairies de Filippetti laisse Fleur Pellerin dubitative

Nicolas Gary - 23.04.2015

Edition - Librairies - Aurélie Filippetti - Fleur Pellerin - librairies indépendantes


Quand il s'agit de taper sur Nicolas Sarkozy, les deux femmes savent faire front commun, même à quelques années de distance. En revanche, le Canard enchaîné dévoile qu'entre Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, le torchon a brûlé. La nouvelle locataire de la rue de Valois n'y va pas avec le dos de la cuillère pour commenter le bilan de la députée de Moselle. 

 

 

Passation de pouvoirs entre Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin - Ministère de la Culture

Le passage de flambeau, mais la flamme s'est propagée

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 

 

 

À l'occasion d'un épanchement devant la presse, le 16 avril dernier, le Volatile rapporte les états d'âme de la ministre de la Culture. « Filippetti a mis tous les dossiers embarrassants sous le tapis. Elle n'a rien géré ici » allume Fleur Pellerin. Et d'évoquer le dossier des intermittents, qui a été plié, selon elle, en six mois, après l'arbitrage de Matignon. 

 

La suite est croquignolesque : « J'ai obtenu une augmentation du budget de la Culture, alors qu'il avait baissé de 6 % depuis 2012. » Et même son de cloche pour la Philharmonie, un dossier effrayant dont Pellerin a écopé. « Je me suis dit : “Qu'est-ce que c'est que ce bazar ?”, et finalement on s'en est sortis. »

 

Pas grand-chose à sauver, donc, et si Filippetti a permis au CSA de nommer les présidents des sociétés d'audiovisuel public, « elle n'a rien fait concernant Radio France ». Et Pellerin ne s'est finalement rendu compte du problème qu'en octobre 2014.

 

Le Plan sur la comète : les librairies en orbite ?

 

Cerise sur le gâteau, Aurélie Filippetti avait porté en grande pompe le Plan librairies en 2013. Pour mémoire, ce dernier laissait espérer de grandes choses, avec la perspective, entre autres, de rendre 2 points de rentabilité aux libraires. ActuaLitté avait, à l'époque, parlé d'une mise sous perfusion du secteur, à la hauteur de 9 millions €, et s'était gentiment fait tirer les oreilles pour avoir parlé un peu trop fort.

 

Concrètement, Filippetti voulait « renforcer les équilibres », considérant que, devant la progression du commerce en ligne, il importait de réagir. Un crédit de trésorerie était proposé, avec une aide gérée par l'IFCIC de 5 millions €. Dans le même temps, l'ADELC allait être gratifié de 4 millions € pour faciliter la transmission ou la vente de librairies. En outre, le CNL voyait son budget destiné aux librairies augmenté de 2 millions, en plus. Cette intervention remarquée au Salon du livre de Paris était suivie d'une nouvelle proposition, formulée sur France Inter, de soutenir la librairie Made in France.

 

Fort de ces nouvelles enthousiasmantes, Vincent Montagne, président du SNE, s'engageait à ce que les éditeurs abondent un fonds de 7 millions € supplémentaire. Sauf que ce dernier était conditionné au passage de la TVA de 5,5 à 5 % – chose qu'avait omis de préciser le président du SNE. Là encore, ActuaLitté s'était inquiété de ne rien voir venir, mais depuis, le versement s'est visiblement organisé de manière moins formelle que prévue, loin de l'effet d'annonce originel aux Rencontres de la librairie. 

 

« On ne peut pas trop se prononcer sur le plan, qui est pour 2014, et il appartiendra aux éditeurs et au bureau de se prononcer sur la façon dont ils interprètent cette opération. On peut dire, quand même, que si la TVA ne baisse pas, l'enthousiasme des éditeurs pour financer les libraires, à partir de la baisse de la TVA, est moins grand », avait fini par nous préciser Vincent Montagne. Gloups...

 

Fleur Pellerin a, toujours dans le cadre de son envolée lyrique, annoncé qu'elle allait se pencher sur ce fameux Plan librairies. « Fililppetti a conçu un “plan librairies indépendantes” qu'on va évaluer, car il y a beaucoup de libraires qui me disent ne pas en avoir vu les effets. »

 

Eh bien...