La Roumanie, de la dictature à la démocratie

Xavier S. Thomann - 26.03.2013

Edition - International - Roumanie - Dictature - Gabriela Adamesteanu


Les écrivains roumains sont bien indiqués pour comparer démocratie et dictature. Ce sont des thèmes qui ont été évoqués à plusieurs reprises lors des tables rondes au Salon du Livre. L'une d'entre elles a réuni Gabriela Adamesteanu et Ana Blandiana, toutes les deux nées en 1942, et qui peuvent ainsi témoigner des évolutions qui ont eu lieu au cours de la seconde moitié du XXe siècle. 

 

 

 

 

La conférence était animée par Aliette Armel du Magazine littéraire, pour discuter du thème crucial des « écrivains dans la cité. » Il a bien sûr été question de l'engagement des auteurs, mais en des termes précis et subtils, loin de la conception galvaudée de l'engagement issue de Sartre. 

 

Ana Blandiana a eu ce mot intéressant : « les écrivains passés par le communisme sont condamnés à la politique. » On comprend dès lors que la génération de ces deux écrivains est peut-être plus consciente des questions politiques que la nouvelle génération, celle qui n'a jamais connu le communisme et ses ravages. L'écrivain a donc un rôle politique à jouer. 

 

Mais pas forcément celui que l'on croit. Les romans de nos deux auteurs ne sont pas de grandes fresques historiques et politiques. Ce sont des romans du quotidien, avec des personnages féminins qui luttent à leur manière contre le système, « des femmes forcées d'être fortes » face aux institutions de ces régimes totalitaires. 

 

Gabriela Adamesteanu est revenue sur son premier roman, Vienne le jour, paru en 1975. Elle raconte l'adolescence d'une jeune femme vivant dans une petite ville de province, qui fait tout pour échapper à la mesquinerie de son milieu et à la pression de la société. Le roman était aussi l'occasion d'évoquer la vie quotidienne roumaine, en dehors de ce que l'on pouvait voir sur les écrans de télévision. 

 

Ana Blandiana a quant à elle parlé plus directement de la situation son pays après la fin de la dictature. Elle explique que c'est dommage pour la Roumanie d'avoir accédé « à la liberté dans l'Europe à un moment où l'Europe était déjà fatiguée de sa propre liberté, en acceptant la camisole de force du politiquement correct. »

 

Avant de déclarer que la censure qui l'effraie le plus n'est pas tant la censure politique que la « censure intérieure. » 

 

Les deux auteurs ont ensuite parlé de la question de l'évolution de la langue, à savoir de l'entrée de mots anglais dans la langue roumaine, ainsi que de l'usage du parler populaire en littérature. Sur ce dernier point, Gabriela Adamesteanu a expliqué que le langage populaire faisait partie de son projet pour rendre la réalité de la vie quotidienne, et voir dans quelle mesure celle-ci s'inclut dans le contexte politique et historique. 

 

Enfin, elle a rappelé à quel point la langue roumaine était flexible, surtout chez les jeunes (ce qui est certainement vrai dans de nombreux pays), avant de revenir sur la politique pour expliquer que « la réalité du communisme était plus complexe qu'on ne le pense. » À cet égard, l'un des points intéressants des interventions des écrivains roumains lors du Salon aura été de défaire quelques-unes de nos idées préconçues concernant l'histoire du pays. Ce qui est forcément une bonne chose.