La Rumeur, maison d'édition : « Le hip hop dans ce qu'il a de meilleur »

Antoine Oury - 25.07.2014

Edition - Les maisons - La Rumeur maison d'édition - Born To Use Mics Nas - Hamé La Rumeur


Une initiative inédite dans le rap français : le groupe La Rumeur, actif depuis le début des années 1990, a ouvert sa maison d'édition. Le catalogue, composé pour l'instant de 7 titres, mettra en pratique « une façon inédite d'aborder des sujets liés au hip hop », avec des ouvrages vendus sur le site Internet du groupe, et bientôt en librairie.

 

 

Born To Use Mics, consacré au rappeur Nas, une des premières publications de la maison

 

 

La maison d'édition vient tout juste d'ouvrir ses portes, avec la traduction de l'américain d'un ouvrage de Michael Eric Dyson et Sohail Daulatzai consacré au rappeur NAS et son premier album Illmatic, qui célèbre ses vingt ans. La diffusion d'un documentaire sur le même sujet, au cours du récent festival Paris Hip Hop, et la venue du rappeur en France ont permis d'assurer la vente des 300 exemplaires, et un second tirage est en route pour l'imprimeur.

 

« Le projet est ancien », explique Hamé du groupe La Rumeur, contacté par ActuaLitté, « mais il a fallu trouver un modèle et un contrat de distribution. En l'occurrence, nous travaillons avec Les Belles Lettres, pour un contrat de trois ans », explique-t-il. Il est vrai que La Rumeur n'en est pas à son coup d'essai en matière de publications et, surtout, de mise en avant d'une culture hip-hop différente de la vision des médias dominants.

 

En 2002, le groupe lançait ainsi La Rumeur Mag, avec un premier numéro en version papier qui avait fait couler de l'encre. L'article Insécurité sous la plume d'un barbare, rédigé par Hamé, avait valu une plainte de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, pour « diffamation publique envers la Police nationale ». Ce long article aura été suivi de 8 années de procédures et 5 procès, pour finalement donner raison à Hamé.

 

Le magazine s'est ensuite poursuivi sur Internet, avec le webzine La Rumeur Mag, proposant des chroniques de livres, de films, de documentaires, et des articles sur des sujets historiques, politiques ou d'actualité.

 

La Rumeur, maison d'édition : « Le hip hop dans ce qu'il a de meilleur »

 

La ligne éditoriale de la maison d'édition prolongera celle déjà tracée par le magazine : « Il faut mettre en débat le courant artistique qu'est le hip-hop, plus que jamais, mais aussi offrir des approches transversales de sujets qui sont liés à cette musique, aux quartiers populaires, à l'histoire de l'immigration », détaille Hamé. 

 

 

 

Le programme des parutions reflète cette variété : des courts volumes seront consacrés à la genèse des grands classiques du rap US, un portrait du rappeur 2Pac, « une des figures les plus torturées de cet art », est en préparation, un autre sur l'influence de l'islam dans les cultures afro-américaines, du jazz au hip-hop, une histoire de l'équipe de football de l'Algérie, une autre sur un siècle d'émeutes en France... Des essais sur des questions contemporaines sont également envisagés. Seuls les ouvrages sur le rap français seront absents, le groupe ne voulant pas se poser comme « juge et partie ».

 

Avec la volonté d'élargir le champ des analyses, au maximum : l'évocation de l'équipe nationale d'Algérie reviendra ainsi « sur la création de l'équipe du FLN, pour laquelle de nombreux joueurs ont quitté clandestinement l'équipe de France, jusqu'à l'équipe de la Coupe du Monde du Brésil. L'idée est aussi de rechercher ce que cela peut nous dire des rapports entre la France et l'Algérie », détaille le rappeur.

 

La vocation des éditions La Rumeur est aussi de combler un vide dans l'offre éditoriale française : « La culture hip-hop n'est pas considérée en tant que telle par les maisons existantes, et elle reste un divertissement pour la plupart des gens. Les traitements médiatiques maintiennent cet état de fait : on ne sait pas vraiment si c'est une musique pour les mômes, les voyous... » Quand les États-Unis disposent d'un solide réservoir d'intellectuels qui interrogent les tenants et aboutissants de la culture, la France reste limitée aux ouvrages généralistes, ou aux sorties de rappeurs médiatiques (La Fouine chez Flammarion, Sexion d'Assaut ou Jean Gab'1 chez Don Quichotte).

 

Multiplier les supports d'expression

 

La Rumeur est déjà présente sur le champ de la musique, du cinéma, du spectacle vivant, et le livre relevait donc d'une logique d'expression libre. À ce titre, le groupe tient à conserver une indépendance à toute épreuve. Les publications seront pour moitié des traductions, et pour l'autre des publications originales en langue française.

 

Les livres, en version papier, sont pour le moment commercialisés uniquement sur le site de La Rumeur, avec une distribution en librairie attendue pour le début de l'année 2015, et un rythme de parution de 6 ou 7 ouvrages par an. Pour le moment, les publications se font sur les fonds propres du groupe, mais « si cela n'altère en rien l'indépendance des publications, nous allons déposer des dossiers », explique Hamé. « L'achat des droits de traduction est assez coûteux, et il faut payer comme il se doit les traducteurs. »

 

« Nous nous laissons une saison pour installer l'identité de la maison d'édition », souligne le membre de La Rumeur. Le webzine permettra de soutenir la promotion des ouvrages, et des recueils d'articles ou de dessins réalisés par Snif, aux formats papier ou numérique, sont envisagés, avec des textes et dessins inédits. Pour le plus grand plaisir des quelque 50.000 fidèles du groupe, sur les réseaux sociaux, dans les salles de concert ou disquaires.

 

Sans aucun doute, tous attendent aussi le roman d'Hamé, prévu au Seuil depuis la signature du contrat, il y a quatre ans : « Je ne sais pas quand il verra le jour, c'est un projet qui avance à très faible vitesse », concède Hamé. De l'inconvénient d'être un indépendant hyperactif...