Le gouvernement russe donne aux libraires, prend aux libraires

Antoine Oury - 03.07.2015

Edition - Librairies - Russie - librairies - plan d'aide


Les libraires russes n'ont visiblement pas la vie facile : entre 1990 et 2015, le nombre de magasins a fondu comme neige au soleil, passant de 8500 points de vente à 1500 environ. Le gouvernement, peut-être un peu tard, s'est mis en tête de proposer des solutions à cette crise du métier. Qui serait largement due aux loyers en hausse et aux bailleurs intransigeants : l'État devrait donc fournir des locaux à prix réduits.

 

Russia_2445 - Need a Sewing Machine....

La librairie Dom Knigi, à Saint-Pétersbourg (Dennis Jarvis, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les propositions du gouvernement russe ont été exposées devant les députés, à la Douma d'État, par Sergei Naryshkin, président de la commission Culture, notamment. Il a révélé quelques-unes des mesures imaginées pour endiguer la disparition des librairies, au premier rang desquelles une loi de « Protection de la concurrence », déjà en cours de rédaction au ministère de la Culture.

 

Cette loi ne date en fait pas d'hier, puisqu'elle se base sur une pratique de l'URSS : les locaux propriétés de l'État sont mis à disposition des libraires, moyennant un loyer extrêmement préférentiel. Le loyer pèserait pour 34 % des dépenses des libraires, de loin le premier poste. « L'établissement de taux de location préférentiels permettra d'influencer, dans la mesure du possible, l'entretien de la librairie, la gamme de livres vendus, avec un accent mis sur la littérature de qualité, les livres sur la culture, l'art, l'histoire, la nature ou l'éducation », souligne le mémorandum transmis à la Douma.

 

Évidemment, la crainte d'un contrôle des établissements aidés par l'État a surgi, et le mémorandum précise bien que les libraires hébergées au sein d'un bien de l'État devront présenter une sélection de livres réalisée par le ministère de la Culture. Pour les libraires hébergés dans des locaux privés, il faudra songer à déménager : le gouvernement a confirmé qu'il était impuissant vis-à-vis des bailleurs.

 

Autre mesure évoquée, la libéralisation... des buffets en librairie, pour attirer le client avec de la bonne chère.

 

Si les loyers sont la première explication à la crise des librairies, la hausse de 40 % du prix du livre n'a pas vraiment aidé le secteur à convaincre les consommateurs. Aujourd'hui, on estime que la Russie propose une librairie pour 50.000 habitants, quand l'Europe, en moyenne, atteint un taux d'une librairie pour 5000 habitants.

 

(via Vedomosti, Riarealty)