La Russie réaffirme ses prétentions sur la bibliothèque de Schneersohn

Julien Helmlinger - 27.02.2013

Edition - International - Bibliothèque de Schneersohn - Russie - Etats-Unis


La double revendication par les Etats-Unis et la Russie, sur l'héritage de la collection du rebbe loubavitch Yossef Schneersohn, prend des allures de  « guerre des livres ». Alors que la communauté hassidim new-yorkaise a décliné l'offre russe de conserver  la collection au sein du Centre de la tolérance de Moscou, compromis donnant libre accès à tous dans la Bibliothèque d'État, Vladimir Poutine a maintenu qu'il n'y renoncerait pas. L'Etat russe estime ses motifs légitimes et se refuse d'ouvrir la « Boîte de Pandore » en cédant.

 

 

Condamnation indigeste pour Poutine (CC by SA 2.0)

 

 

Après que le tribunal de Washington ait infligé à la Russie, en août 2010, une astreinte de 50 000 dollars par jour de retard dans la restitution des manuscrits, Vladimir Poutine a affirmé que la bibliothèque « n'appartenait pas à une communauté juive en particulier » et que pour cette raison la propriété nationalisée en 1917 se trouvait légitimement à Moscou.

 

Pour le gouvernement russe, les enjeux diplomatiques ne semblent pas pris à la légère. Poutine a soutenu que la bibliothèque de Schneersohn « appartient aussi à la communauté juive de Russie et tout d'abord à notre État. En acceptant de donner à quelqu'un cette propriété de l'État russe, nous ouvrirons la boîte de Pandore. Si nous cédons dans des affaires de ce genre, c'est la porte ouverte à des cas similaires ».

 

Selon le ministère des Affaires étrangères, la condamnation américaine et le montant de l'amende qui grimpe jours après jours depuis que le compteur est lancé, sont juridiquement nuls. Le ministre de la Culture russe, Vladimir Medinski qu'il a conseillé de condamnner à son tour la Bibliothèque du Congrès pour les sept livres que Moscou a confiés temporairement à Washington en 1994, a ajouté :

 

« On ne comprend pas très bien à qui et pour quelles raisons légitimes on doit restituer la bibliothèque. Les Hassidim ont des communautés dans le monde entier et dans notre pays également. Pourquoi ne pas dans ce cas enlever les sphinx ou démonter des stèles du centre de Paris ? L'exigence des États-Unis est absurde, car cela saperait le système international des relations culturelles et juridiques. »

 

De cette impasse diplomatique résulterait quelques réticences dans les échanges d'ouvrages entre les deux contrées. Une livraison de 35 ouvrages de Paul Poiret a notamment été annulée par le Metropolitan Museum of Art, tandis que les musées russes semblent moins prompts à organiser des expositions aux États-Unis.