Pascal Rogard, trop “corporatiste", prend une leçon de création

Nicolas Gary - 02.07.2015

Edition - Société - Pascal Rogard - SACD - SNE


Dans un document de la SACD, diffusé fin avril, étaient pointés les dangers qu’entraînaient les recours à des adaptations, dans le domaine de l’animation. Moins de créations originales, et donc des revenus moindres, affirme la SACD : « Une telle politique pénalise la rémunération des auteurs, puisqu’une part du droit d’auteur revient à l’auteur de l’œuvre originale. » La réponse du Syndicat national de l’édition et de la Société Civile des éditeurs de langue française a été à la hauteur...

 

Art of Animation

Brett Kiger, CC BY NC ND 2.0

 

 

Pascal Rogard, directeur général de la SACD, le soulignait dans sa tribune : « À cet égard, il faut rappeler que France Télévisions est le seul groupe audiovisuel français à avoir signé dès 2011 avec la SACD, les organisations professionnelles de scénaristes, de réalisateurs et de producteurs une charte de développement de la fiction. »

 

Le SNE renvoie alors la direction de la SACD à ses petites histoires, jugeant en retour que la Société « s’est engagée dans un combat étrange contre la littérature et la bande dessinée ». Et de poursuivre que, si l’on se fie aux commentaires du magazine qu’a publié la SACD, « la réalisation d’un film ou d’une série adaptée d’une œuvre littéraire ne relèverait pas d’un acte de création ».

 

Au moment où la défense et la promotion de la lecture sont unanimement reconnues comme l’un des enjeux majeurs de l’éducation des jeunes et qu’il est acquis que l’adaptation audiovisuelle est un facteur important d’accès aux œuvres littéraires, la SACD, mettant à profit sa position dominante sur le marché des droits de diffusion à la télévision, s’est engagée dans une campagne active pour réduire le nombre d’œuvres de l’écrit adaptées au cinéma et à la télévision, au nom de la défense des intérêts de ses membres scénaristes et au détriment de ceux des auteurs de l’écrit.

 

Et le SNE de poursuivre, par un bref historique : en effet, lors du dernier Festival international du Film d’animation d’Annecy, France Televisions, subissant « la pression répétée de la SACD », a annoncé qu’elle réduirait le nombre d’adaptations pour ses programmes jeunesse. Un choix « en méconnaissance de sa mission de service public qui prévoit qu’elle prenne en considération le rôle de l’adaptation dans la découverte de la lecture par le jeune public », estime le Syndicat.

 

C’est ensuite le CNC (Centre National du Cinéma) qui, lors de sa conférence de presse au même MIFA, annonçait, en faisant expressément référence aux pressions de la SACD, une « réforme » du COSIP de l’animation (Compte de Soutien à l’Industrie des Programmes Audiovisuels) prévue pour la fin de l’année 2015.

Cette réforme, si elle était appliquée, pénaliserait les adaptations d’œuvres littéraires puisqu’elle prévoit à la fois de plafonner les droits d’adaptation et de faire principalement bénéficier de ses aides les projets de création dite « originale ». Des consultations ont été entreprises par le CNC dans ce cadre, sans qu’à aucun moment les éditeurs aient été eux-mêmes consultés sur les conséquences économiques que pourrait avoir une telle approche sur les auteurs de l’écrit et la filière de l’édition dans son ensemble. 

 

Le SNE ne décolère pas : ses éditeurs sont disposés à prendre toutes les mesures et « entreprendre toutes actions nécessaires pour mettre un terme à cette campagne corporatiste de dénigrement de l’adaptation ». Et par conséquent, défendre les auteurs de l’écrit, « qui ne sauraient accepter que leur situation soit ainsi délibérément fragilisée ».