Lutter contre la contrefaçon de livres... à l'ère élisabéthaine

Antoine Oury - 09.06.2015

Edition - Justice - piratage livres - contrefaçon - ère élisabéthaine


Le XVe siècle est celui de l'imprimerie : la technologie se développe peu à peu et, si elle n'est bien sûr pas à portée de tout le monde, une régulation a rapidement fait son apparition. En Angleterre, la reine Elizabeth Ire avait ainsi décidé d'accorder à certains imprimeurs un monopole sur des ouvrages au tirage élevé, comme les Bibles, alphabets et autres almanacs... La contrefaçon a rapidement élargi le marché.

 

Kopie! 231/365

(Dennis Skley, CC BY-ND 2.0)

 

 

Le système était simple, mais intransigeant : la Reine distribuait des licences, et seuls les éditeurs certifiés pouvaient imprimer et distribuer certains titres. L'un des premiers contrevenants à ce système fut John Wolfe, dans les années 1580 : rapidement coincé, il est jeté dans les oubliettes en 1582... mais recommencera son petit commerce parallèle dès sa libération. Wolfe était un personnage haut en couleur, qui contestait à la Reine le pouvoir de contrôler la circulation des idées : il se faisait appeler le « Martin Luther de l'imprimerie ».

 

Un de ses compatriotes, Roger Ward, était tout aussi déterminé, et savait comment mener un large réseau : à la fin de la décennie 1570, l'homme diffuse 10.000 exemplaires de l'A.B.C. With the Little Catechism. Les livres religieux, comme ce dernier, sont particulièrement prisés par les pirates, car ils font partie des best-sellers de l'époque. À l'époque, un tirage de 1500 exemplaires, dans un circuit légal et commercial, était considéré comme grandiose...

 

Pour lutter contre la contrefaçon, c'est d'abord la catégorie professionnelle qui a réagi : le piratage des livres donnait une mauvaise presse aux imprimeurs, et les guildes ont donc pris l'initiative de proposer aux pirates de les rejoindre. Et ainsi de les convaincre des bienfaits de l'impression légale.

 

En 1710, le Statut d'Anne participe également au tarissement de la contrefaçon : ce texte juridique est le premier à définir le droit d'auteur, après une adoption par le Parlement britannique. Il établit certaines règles, sans intervention privée, et une expiration du droit d'auteur après un certain laps de temps, pour éviter des monopoles trop importants.

 

Ce sont donc de nouvelles voies légales qui auraient permis de mettre (en partie) fin au piratage de masse de l'ère élisabéthaine, ce que certains observateurs comparent audacieusement avec l'apparition de nouveaux services culturels, comme Netflix. Ou Amazon ? (via Vox)

 

La Commission européenne marche en tout cas dans les traces de cette analyse historique, puisque Andrus Ansip, vice-président de la Commission, chargé du marché unique numérique, n'hésite pas à identifier la législation européenne sur le droit d'auteur comme un des facteurs à l'origine du piratage. « Au sein de l’UE, nos créateurs perdent d’énormes sommes d’argent, à cause du piratage. D’une certaine manière, notre législation pousse les gens à voler, mais on peut dire que si quelqu’un est en mesure de fournir un service de meilleure qualité, plus rapidement, alors les gens préfèrent agir en citoyens honnêtes. »