La santé des États tient à la liberté dont disposent leurs citoyens

Julien Helmlinger - 16.02.2013

Edition - International - PEN International - John Ralston Saul - Turquie


La Turquie se trouve au coeur des préoccupations de l'organisme PEN international. Alors que le ministère de l'Éducation turc vient de commander une enquête afin de déterminer si le livre de l'académicien Amin Maalouf, Sarmacande, était insultant envers l'Islam, non moins de 70 écrivains croupissent actuellement dans les prisons du pays. Et si les autorités locales ont interpellé plusieurs membres de Pen Turquie, courant janvier, à l'occasion de sa lettre mensuelle John Ralston Saul n'a pas manqué de dénoncer un affront contre les principes mêmes de l'organisation.

 

 


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Dès l'introduction de sa lettre, John Ralston Saul rappelle que six membres de PEN Turquie se trouvent désormais « sous enquête pour insulte à la République turque, au titre de l'article 301 ». Précisant que la plupart des interpellés ont pris la défense de la communauté Kurde par leurs écrits, le président de PEN ne fait pas l'impasse sur les multiples violations de la liberté d'expressions à travers les autres pays du monde. 

 

Comme il le rapporte : « Il y a quelque chose de particulièrement dérangeant dans l'incident turc, dans un pays qui insiste pour se définir comme une démocratie. Cela se manifeste dans le ton tout à fait neutre et procédurier de l'ouverture de l'enquête contre tout le Conseil de direction, contre huit écrivains bien connus qui ont été élus par d'autres écrivains. »

 

Et pour John Ralston Saul, si la civilisation turque possède de grandes richesses culturelles et historiques, et l'offense à la liberté d'expression n'en serait que plus grande. Face à un système juridique à la peine et une application injuste de la justice, il défendsle droit de chaque citoyen de pouvoir critiquer son pays.

 

La santé des États tient à la liberté dont disposent leurs citoyens

 

« Cela est particulièrement vrai pour les démocraties. Les citoyens – pas les gouvernements – sont les garants de la légitimité de l'État. La santé des États tient à la liberté dont disposent leurs citoyens de prendre la parole et de critiquer même les acquis naturels les plus fondamentaux. Les autorités n'ont aucun droit inné de définir la loyauté ou le patriotisme des citoyens. En démocratie, les autorités sont au service des citoyens et non leur maître. »

 

Le président confie ensuite qu'en dépit des efforts de l'association, la répression contre les écrivains ne sont pas prêtes de cesser. Néanmoins, il réaffirme la volonté de PEN, qui est de continuer à « trouver le mot juste et le geste qu'il faut pour condamner ces faiblesses et œuvrer à libérer les écrivains ».

 

L'occasion pour lui de rappeler les diverses actions actuellement mises en place par l'organisation : le Comité de défense des écrivains persécutés (le WIPC), les Rapid Action Networks (RAN), les programmes d'éducation qui se développent en Afrique, l'appui aux langues menacées à partir du Manifeste de Gérone, les campagnes contre l'impunité en Amérique latine, le travail dans le domaine du numérique, avec la déclaration de Gyeongju, en septembre dernier, les travaux du Cercle des éditeurs, l'engagement en faveur de la paix...

 

Et pour conclure, Saul ajoute : « Nous ne travaillons pas à consolider le confort; c'est à une liberté d'expression musclée, inconfortable, transparente et à l'ouverture de l'imagination grâce à la littérature. Voilà ce qui crée l'énergie pour résoudre les problèmes politiques et économiques. Le simple fait que 800 écrivains soient en prison, tandis que virtuellement aucun politicien, officier ou homme d'affaires ne s'y trouve offre une démonstration éloquente du pouvoir que la créativité possède quand il s'agit de résoudre un problème. »