La SGDL accuse Joann Sfar de diffamation, et porte plainte

Nicolas Gary - 25.05.2020

Edition - Justice - Joann Sfar diffamation - Ligue auteurs professionnels - SGDL diffamation Sfar


Invité de France Inter, dans l’émission On n’arrête pas l’éco, Joann Sfar a eu des propos très forts. Évoquant la situation des auteurs en pleine crise Covid-19, le président d’honneur de la Ligue des auteurs professionnels a littéralement emplafonné la Société des Gens de Lettres. Laquelle réagit, avec une plainte pour diffamation.

Joann Sfar - Le Livre sur la Place


Alexandra Bensaid n’imaginait certainement pas le franc-parler de Sfar, quand elle lui demandait d’expliquer la situation des auteurs. Dans un sérieux coup de gueule, le dessinateur du Chat du rabbin expliquait : « Personne ne sait trop où nous mettre, personne ne sait définir notre statut. On a le triste privilège d’être la seule profession qui n’élit pas ses représentants, parce qu’il y a des organisations cacochymes qui… » (réécouter ici à 1h19)
 

Le fléchage de l'argent


Sfar s’interrompt et reprend : « Tenez, il y a des éditeurs qui siègent au directoire d’organisations qui représentent les auteurs. C’est complètement absurde : c’est comme si des auteurs siégeaient au Syndicat national de l’édition… » 

Et d’évoquer une profession « qui a été organisée il y a très longtemps, de façon extrêmement paternaliste ». Et le réveil des auteurs, désormais, provoque de véritables larsens. « Nous ce qu’on a vu, c’est que bizarrement le gouvernement actuel est celui qui nous a le plus écoutés depuis très longtemps, et celui qui en même temps a le moins agi. »

Des instances gouvernementales qui auraient tenté d’agir, et auraient été stoppées net par « les groupements qui sont censés nous représenter, et nous représentent bien mal ». Et puis, avec l’indépendance qu’on lui connait, Sfar reprend : « Il y a des organismes comme la Société des gens de lettres, qui sont censés représenter les auteurs et qui, en fait, parlent pour la filière livre dans son ensemble […]. Ils touchent parfois d’énormes sommes d’argent, qui ne vont pas aux auteurs et en fait, on n’est pas représentés. »

La suite est d’autant plus cinglante : « On nous a promis qu’on aurait droit à ceci, à cela. Les sommes ont été allouées aux organismes dont je viens de parler — c’est-à-dire des organismes qui sont censés les redistribuer aux auteurs et qui ne redistribuent rien du tout. Les organismes ont parfois des hôtels particuliers dans le centre de Paris… »

Et de conclure : « Je n’espère vraiment rien. »
 

Calimero, 2.0


Diffamation, donc. Voilà en tout cas le contenu du communiqué que la SGDL vient de dégainer, estimant les propos abusifs. Elle rappelle à ce titre que les sommes confiées par le Centre national du livre font l’objet de bilans hebdomadaires — avec 534.801 € reversés depuis le 20 avril, sur les 2 millions € aujourd’hui disponibles. [Ndlr : en réalité, depuis le 10 avril, date à laquelle le fonds CNL/SGDL a été mis en place]

La SGDL n’hésite d’ailleurs pas à déplorer que l’intervention radio s’inscrit « dans le contexte d’une campagne de diffusion de fausses informations menée depuis plusieurs mois, notamment sur les réseaux sociaux, par certains membres ou représentants de la “Ligue des auteurs professionnels”, association en quête de reconnaissance et de médiatisation. »

Et d’oublier certainement que son précédent président a été pris en flagrant délit d’infox, dans une tribune publiée une quinzaine de jours avant que la SGDL ne le débarque manu militari. 

La structure s’époumone également à rappeler que la présidente de la Ligue avait été invitée à prendre part à la commission d’examen des dossiers pour le fonds CNL. Mais qu’elle « a décliné cette proposition au motif qu’elle ne serait pas rémunérée pour y siéger ». 

De fait, aucune rémunération pour ce fastidieux travail n’a été envisagée — et ce sujet ne date pourtant pas d’hier. Or, ce point ainsi que d’autres avaient également conduit la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse à claquer la porte de la SGDL. Étaient alors déplorés l’absence de transparence dans la répartition et des critères d’éligibilité « qui rebutent même des auteurs qui pourraient y avoir accès. »
 

Gratuit, c'est toi le produit


Notons que le bénévolat — à commencer par celui des commissions du Centre national du livre — avait été déploré par le président du Conseil Permanent des Écrivains, Pascal Ory. S’adressant à Vincent Monadé, président de la structure, il sollicitait la création d’un forfait pour ce temps de présence. On lui avait alors expliqué, dans un courrier de réponse d'avril 2019, consulté par ActuaLitté, que cette demande serait « actuellement très difficile à mettre en place ». 

D’un côté, parce que les auteurs n’étaient pas les seuls à n’être pas rémunérés. De l’autre parce que 200 personnes devraient alors l’être, « à raison effectivement de 3 à 6 jours par an ». Une surcharge budgétaire « que nous ne pourrons absorber sans prendre sur nos crédits d’intervention ».
 

Cachez-moi ce sein...


Dans tous les cas, drapée dans sa dignité, et revendiquant « la confraternité qui a toujours prévalu entre les associations d’auteurs », la SGDL indique qu’elle n’avait pas relevé les attaques « et allégations mensongères dont elle a fait l’objet ».

Mais désormais, elle s’apprête à saisir le procureur de la République et dénonce « avec fermeté des méthodes qui desservent les auteurs et les actions menées par des associations sérieuses œuvrant de longue date pour les défendre et leur porter assistance ».

Quel sera le fonds de la plainte ? Voilà tout le mystère. Sfar estime que des organisations perçoivent des sommes qui ne vont pas aux auteurs : un mensonge ? Probablement pas : la création du répertoire Balzac, construit pour identifier des ayants droit, était dotée de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement. 

Ainsi, il a bénéficié de 170 k€ en 2016, 40 k€ en 2017 et 90 k€ de mieux en 2018 (voir Aides création). Cet argent, qui représente une belle somme, a-t-il été reversé aux auteurs ? D’autres aides et soutiens peuvent également être perçues, sans avoir de fléchage vers les auteurs. Est-ce diffamant que de déplorer que ces sommes n'aillent pas aux auteurs ? Difficile à imaginer.

Une association de défense des auteurs, pointée par l’un d’entre eux, parce qu’elle ne remplirait pas sa mission, et qui se retourne contre l’auteur pour attaquer en diffamation, si ce n’est pas une première, voici bien une situation inédite. Et un triste précédent…

 

mise à jour : 18 h 28 


On pouvait s'en douter, la réaction de la Ligue des auteurs professionnels n'a pas tardé. Avec une petite note acidulée.

 

mise à jour 2, le 26/05 - 10h00 :  


Une manifestation caractéristique de l'effet Streisand ?


Crédit photo :  Joann Sfar, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Incroyable..... la Société des Gens de Lettres a totalement perdu pied avec la réalité... ATTAQUER LA LIBERTÉ D'EXPRESSION D'UN AUTEUR ? Mais ça va pas bien ??? C'est bien la preuve que ces gens de lettres ont totalement perdu de vue leur raison d'être. Gerbant.
Donc... simplement pour être certain que je comprends. On peut déplorer le ton et le style (question de goût), mais essentiellement ce que dit Joann Sfar est vrai? Ou a-t-il dit des faussetés?
C'est délicat. Quand Sfar dit que la SGDL touche des sommes qui ne vont pas aux auteurs, c'est vrai, tous les auteurs le savent.



Si on ne connaît pas le dossier, le sous-entendu pourrait être qu'ils prennent cet argent pour s'enrichir eux-mêmes, ce qui n'est sûrement pas le cas (et qui pourrait donner lieu à diffamation). Mais le fait est que la SGDL a planté un couteau dans les dos des autres associations d'auteurs et des auteurs eux-mêmes en acceptant un plan foireux proposé par le gouvernement, alors que tout le monde s'insurgeait contre son inadéquation, alors que tout le monde savait que peu d'auteurs en bénéficieraient. La SGDL s'est couchée pour des enjeux de pouvoir, pour assurer sa position. A elle le prestige, le rôle n°1, la place de choix, et peu importe si le deal est complètement foireux. Le résultat, c'est que le deal étant en effet foireux dans les grandes largeurs, peu d'auteurs la toucheront. Donc oui, Sfar a raison sur ce point.



En ce qui me concerne, la SGDL, c'est du passé, je ne suis plus membre que de la Ligue des auteurs pro qui, quand ils ouvrent la bouche, parlent des vrais problèmes des auteurs.
Voici un article totalement à charge contre la Sgdl, sans aucune enquête sérieuse...

Je n'ai, pour ma part, que ceci à dire : En dix minutes, j'ai rempli sur le site de la Sgdl le court dossier de demande d'aide au titre du fonds de soutien Covid-19, et j'ai touché l'argent en moins de dix jours.

Voilà.
Et attaquer en diffamation pour une organisation qui doit défendre les auteurs et la liberté d'expression, c'est à charge ou très à charge ?

D'ailleurs, si vous avez suivi les papiers sur Actualitté qui a tout de même été le seul à suivre le débat, vous verrez que le travail a été fait – et que, ô surprise, la SGDL n'a jamais répondu
Bonjour

Vous devez confondre : "à charge", ici, est totalement déplacé. Nous ne tentons pas de confirmer les propos de Joann Sfar.

En revanche, la SGDL ne nous a jamais, pas plus que le CNL, répondu sur une foule de questions relatives à ce fonds, son opacité, ses critères étranges, etc.

Que vous ayez perçu de l'argent, bravo, je m'en réjouis. J'imagine que vous le méritiez : la prochaine fois, laissez moi vos coordonnées, nous serions ravis de pouvoir évoquer des cas concrets de soutiens, et d'examiner comment et qui a pu obtenir de l'argent.
Mais la SGDL, comme le CNL, sont-ils tenus de vous repondre ? Peut-être ont-ils mieux ou autre chose à faire ?...
Un peu comme de dire "Je n'ai pas eu la Covid19, donc elle n'existe pas".



Tant mieux pour vous si vous tombez dans la petit case qui fait que vous êtes éligible. Mais pour un dossier comme le vôtre, il y en a dix non éligibles pour des questions d'incompréhension du statut d'auteur, donc merci de ne pas prendre votre cas comme une généralité.
Formidable si vous êtes contents qu'une centaine d'auteurs ont touché une aide sur 2 millions d'euros à leur destination, dont vous ! Mais il y a 100 000 auteurs en France, dont une grande partie dans la précarité donc ils sont en droit d'être mécontents.......! Surtout quand on leur demande les revenus de leur conjoint pour avoir accès !
"Il y a 100.000 auteurs en France".



Arretez de raconter n'impose quoi, Antoine de la Ligue des auteurs : il y a 2000 à 5000 personnes dont c est l activité principale ou régulière. Les autres ont soit publié un livre un jour dans leur vie, soit un autre "metier". Et toutes n ont pas nécessairement besoin de cette aide ni perdu de revenus.

L'aide n est pas destinée à 100.000 auteurs... Ou alors si les representants de la Ligue vous l'ont dit, c'est qu ils vous ont menti, et si vous l'avez cru, c est que vous n'êtes pas tres malin...
Vous n'êtes pas un cas isolé. J'ai fait la même demande il y a 10 jours et l'aide d'urgence m'a été virée ce matin même pour mars et avril 2020 (n'en déplaise à certains grincheux). C'est dingue qu'on ne puisse pas témoigner d'une realite sans être accusé de prendre parti pour tel ou tel.
Comme dit dans l'article, la SGDL reçoit d'énormes dotations de différents organismes, notamment pour le répertoire Balzac (qui ne fonctionne pas ou mal), et n'a distribué en presque deux mois d'existence à peine 25 % de fonds PUBLICS et ISSUS DES DROITS DES AUTEURS (via différentes Organisations de Gestion Collective). Tout cet argent aurait clairement pu arriver aux auteurs ou au moins servir aux auteurs, et sert finalement à financer une organisation qui n'agit que très peu pour la défense des auteurs (aucune réaction au scandale Agessa, aucune demande d'application du Rapport Racine...) et prend la mouche quand on ose remarquer que tout cet argent aurait pu être mieux employé.
Ce qui est certain, c'est qu'ils ont le financement pour mener leur action en justice contre Sfar...
Faisant suite à une revendication de longue date des syndicats d'artistes-auteurs comme le CAAP. désormais le CNAP, opérateur public, rémunère les membres non salariés qui siègent dans ses commissions y compris elle du fonds d'urgence ( "La rémunération des artistes-auteurs, auteurs et indépendants, membres des commissions du Cnap qui apportent leur concours à l’établissement pour décider des soutiens apportés." ). Pendant ce temps là, le CNL (opérateur public) se décharge du fonds qu'il devait gérer sur la SGDL(structure privée) qui elle-même trouve tout naturel de faire travailler gratuitement les représentants des artistes-auteurs. Entre les lignes du communiqué SGDL on peut même lire une forme d'accusation de vénalité à l'endroit de la présidente de la Ligue ("la Présidente de cette association a décliné cette proposition au motif qu'elle ne serait pas rémunérée pour y siéger."). Comme si c'était elle, la rapiat ! Où qu'ils travaillent, les artistes-auteurs doivent être rémunérés ou du moins indemnisés, a fortiori quand on dispose de financements très conséquents, ce qui le cas de la SGDL... Qui est rapiat ?
Adhérent depuis 1996, j'ai du mal à suivre la saga depuis qq temps. Le passe-passe avec le cnl (le ministère, pour être clair) n'est pas une surprise. Ma question à moi c'est : si l'argent ne va pas aux auteurs, s'il n'y a pas eu enrichissement personnel, alors : où va l'argent ? Où est-il passé, où mène le fléchage? Ou alors le magot est dispo ?
Qu'ils dégagent illico ces poudrés de la SGDL qui logent à grands frais de bouche depuis bien trop longtemps dans "nos" hôtels particuliers, tandis que nous, pauvres auteurs expropriés, nous devons fouiller dans le fond des poubelles pour trouver un peu de fromage et de jambon ! Vive Joann Sfar, futur Président de la SGDL ! Haro sur la viande avariée de poudrés !! smile
Populisme approximatif (ce qui est une sorte de pléonasme) : l'hôtel de Massa n'appartient pas à la SGDL mais à l'État, auquel il a été offert dans les années 20 par les hommes d'affaires qui l'avaient racheté et fait démonter pierre à pierre sur son emplacement actuel à la condition expresse qu'il puisse héberger la SGDL pour un franc (ou euro maintenant) symbolique. Et c'est la SGDL qui en assure l'entretien.
Réécoutez ses propos, M. Sfar accuse ouvertement la SGDL de détournement de fonds publics à son profit. Sur France Inter en plus, à une heure de grande ecoute. Ce qu on a d ailleurs pu lire aussi en creux sur Actualitté qui a rependu cette rumeur depuis ces dernières semaines. C est une accusation extrêmement grave et s il n a pas la preuve de ce qu il avance, M. Sfar va prendre très cher au pénal, croyez moi... La liberté d expression et la diffamation sont deux choses totalement differentes. Je ne donne pas cher de la peau de M. Sfar devant un juge...
Bonjour

Alors, petit point d'étape : "ouvertement", impliquerait des paroles incontestables. Ce qui n'est pas ici le cas.

Les propos de Sfar ont été tronqués dans le communiqué de la SGDL. Il ne mentionne à aucun moment le fonds CNL (et donc l’argent public). C’est la SGDL qui fait le lien et crée ainsi sa propre mise en accusation.

Bien à vous
Je suis lecteur régulier d'Actualitté et n'y ai jamais vu la moindre suggestion de détournement de la part de la SGDL. La SGDL s'est simplement arrogé le droit de négocier au nom des auteurs, elle l'a de plus très mal fait et a accepté une aide qui ne leur ira pas et ira croupir en partie quelque part. La gabegie administrative typique des pays latins.



J'en veux profondément t à la SGDL de nous avoir tous trahis et je n'en suis plus membre. Depuis deux ans, ils minent tous nos combats en tant qu'auteurs. C'est pour des enjeux d'image et de pouvoir, oui. Mais je ne les ai jamais soupçonnés de malversations financières.



Si certains se posent des questions sur ce point, c'est peut-être que comme indiqué sur Actualitté à plusieurs reprises, la SGDL ne fait pas preuve de transparence sur le sujet. Quand on ne communique pas, il ne faut pas après s'étonner que des rumeurs se mettent à circuler.
Incroyable surtout comment la SGDL recompose les paroles de Sfar sur France Inter pour s'auto-accuser !!!
Bah, je n'ai pas rempli le questionnaire d'aide financière de la SGDL.

Je me méfie... bonne ou mauvaise case ?



Je relis "La Faim" de Knut Hamsun en pensant que le jour viendra où grignoter le cuir de mes godasses approche.



Il y a les mots, et les sous-entendus. Etant précisé qu'un sous-entendu devient un mot, ou inversement, je ne me sens pas suffisamment calée pour porter un jugement sur tel ou tel.



La Suisse est très protectrice envers ses auteurs, je dis bien Ses auteurs!

La France ne devrait-elle pas s'inspirer de ce modèle ?

J'en ai parlé deux fois, à la SACD et à la SGDL, à quoi bon ?



Mon seul ressenti va au Livre, à l'écrit, à la matière grise éphémère.
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