La Slovénie en route pour une régulation du marché du livre

Nicolas Gary - 06.02.2014

Edition - Justice - Slovénie - prix unique du livre - ministre de la Culture


C'est peu dire que le marché slovène du livre ne pèse pas bien lourd : avec 2 millions d'âmes recensées, sur quelque 20.273 km2, et 500.000 Slovènes vivant à l'étranger, voilà qui n'est pas volumineux. Or, comme dans tous les pays, le débat fait rage entre les tenants d'un commerce du livre libéralisé, et ceux qui réclament une régulation du marché, pour soutenir les librairies indépendantes.

 

 

Ljubjana Slovenia 157

Dans les rues de Ljubjana, la capitale slovène

David Holt London, CC BY SA 2.0

 

 

La bataille est rude, depuis le siècle dernier, 1999, souligne Publishing Perspectives. Et en 2004, un groupe militant pour un Prix unique du livre s'est fait connaître auprès de la chambre de commerce de Slovénie. Si l'opposition de l'autorité de la concurrence est parvenue à faire échouer la démarché législative entamée, les partisans du pour et du contre continuent de donner de la voix.

 

Au cours de l'année 2008, les achats en bibliothèques ont diminué de plus que de moitié. Pourtant, cinq ans plus tard, 25 millions de livres furent empruntés, alors que seuls deux millions d'ouvrages avaient été vendus aux établissements. Le rapport de 10 pour 1 est un chiffre dévastateur pour les éditeurs, qui voient le manque à gagner d'une législation qui instaurerait un prix fixe. Mais également pour les auteurs, qui perdent autant. 

 

Pour les libraires, il n'est pas dit si le marché des bibliothèques passe par eux, mais dans tous les cas, pour les ventes directes au public, certains militent évidemment aux côtés des éditeurs qui ont pris position. 

 

Pourtant, depuis le 30 janvier dernier, le Parlement slovène a adopté une loi visant à la création d'un prix unique. Avec une majorité de 51 parlementaires favorables et 25 contre, c'est une prise de conscience certaine, le tout porté par le ministre de la Culture, Uroš Grilc, docteur en philosophie, qui n'a manifestement pas épargné sa peine pour soutenir le projet de loi. 

 

Livres audio, livres papier et livres numériques seront directement concernés, avec une fixation du prix opérée pour les six premiers mois de commercialisation - et de très rares exceptions ont été instaurées pour les ventes à l'occasion de salon littéraire et aux bibliothèques. Le tout sera surveillé et contrôlé par l'Agence slovène du livre, précise RTV Slo.

 

Pour convaincre, le ministre de la Culture a fait valoir que dans l'Union européenne, 12 pays avaient déjà adopté une pareille législation, même si elle était assez spécifique, et rare au niveau mondial. Le but ultime reste que le marché du livre et l'industrie avec lui profitent d'une régulation qui soutiendra les vendeurs. 

 

Les précommandes de livres seront également épargnées par la législation, et le Parlement slovène semblait, au sortir du vote, heureux d'être désormais la 13e nation de l'UE à avoir adopté cette loi. Si la protection du livre contre une commercialisation excessive et plombée par des rabais abusif parvient à être endiguée, explique une parlementaire, alors la loi sera profitable. Mais la question des six mois proposés par le texte est encore sujette à des réserves : la période sera-t-elle suffisante pour que l'on sente, dans tout le secteur, une réelle modification des comportements ?