La sortie d'un livre #OnVautMieuxQueCa sème la zizanie dans le mouvement

Antoine Oury - 28.04.2016

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Le collectif #OnVautMieuxQueCa, apparu fin février pour soutenir la résistance contre la Loi Travail de la ministre Myriam El Khomri, laissait entrevoir une intéressante utilisation des réseaux sociaux et de la plateforme YouTube. Plusieurs YouTubers avaient ainsi lancé un mouvement, et publié une vidéo commune, pour expliquer que la jeunesse ne voulait pas de conditions de travail perçues comme dégradées. Deux mois plus tard, ce même mouvement semble en piteux état au moment de la parution d'un livre titré #OnVautMieuxQueCa.

 

Capture d'écran YouTube

 

 

« Il n'y a pas de polémique », s'empresse-t-on de nous répondre chez Flammarion lorsque l'on évoque la parution, hier, du livre #OnVautMieuxQueCa, signé par Fabrice, Gwendal, Johann, Ludo, Marion, Stéphane, Tatiana, Tommy et Xavier, des YouTubers qui animent les chaînes Le Stagirite, Le Fil d’Actu et Osons Causer, et sont membres du mouvement auquel le livre emprunte son titre.

 

La première vidéo du collectif #OnVautMieuxQueCa, quand tout allait bien

 

 

En réalité, il y a bien une polémique, même si Flammarion n'est pas directement concerné : comme l'expliquent eux-mêmes les auteurs de ce petit livre d'une cinquantaine de pages, le mouvement #OnVautMieuxQueCa a vite été confronté à la volonté de certains « d'en faire une structure pérenne, tracer une frontière entre le dedans et le dehors. Nous n’étions pas tous d’accord, ni sur la forme, ni sur les méthodes. Après des discussions houleuses, une partie des personnes ayant lancé l’initiative, comme Le Stagirite, l’équipe du Fil d’Actu, Osons Causer ou l’auteur du logo “on vaut mieux que ça” a été déclaré “exclus” de ce collectif. »

 

Autrement dit : les auteurs de ce livre sont considérés comme exclus par les membres de ce qui est devenu un collectif #OnVautMieuxQueCa, lequel a publié un article sur son propre site afin de se désolidariser du livre de leurs anciens camarades. « Le collectif OnVautMieuxQueCa n’est pas à l’origine de ce livre et a pris connaissance de son existence très exactement le mardi 26 avril dans l’après-midi, par le plus grand des hasards. Le collectif n’a été ni consulté, ni mis au courant de la sortie de cet ouvrage », peut-on lire sur le site du collectif.

 

Sur cette même page, on peut également lire :

 

Pour rappel, le collectif s’est engagé à ne pas faire un usage commercial des contenus et du symbole OnVautMieuxQueCa afin que chaque citoyen puisse se l’approprier.

 

D'après les auteurs du livre publié par Flammarion, la totalité du contenu du livre est originale et a été créée par leurs propres soins, ce qui l'exclut donc des conditions d'exploitation proposées par le premier collectif. Par ailleurs, le logo, utilisé par les deux collectifs, aurait été créé, d'après les auteurs du livre, par un des membres de la chaîne Le Fil d'Actu, Vincent Blanqui, qui « n’a jamais été consulté » pour placer son travail sous Creative Commons.

 

En effet, cette licence a été appliquée par le collectif originel sur tous les contenus liés à #OnVautMieuxQueCa, sous les conditions Creative Commons CC BY NC SA : autrement dit, il est possible de partager et de remixer ces éléments, à condition que ces éventuels remix soient ensuite exploités de manière non commerciale, et distribués dans les mêmes conditions que l'œuvre originale, c'est-à-dire en Creative Commons.

 

« #OnVautMieuxQueCa, c'est quelque chose qui appartient à tout le monde »

 

Contactée par ActuaLitté, Tatiana, de la chaîne Le Fil d'Actu, nous précise que leur projet de livre « ne relève pas d'une démarche antagoniste » par rapport à leurs collègues. D'ailleurs, elle rejette le terme de « collectif » pour l'ensemble du mouvement #OnVautMieuxQueCa : « Nous ne voulions pas reproduire ces vieux modèles politiques, et de fait, c'est ce qui nous a clivé », explique-t-elle.

 

« #OnVautMieuxQueCa, c'est quelque chose qui appartient à tout le monde », poursuit-elle, « C'est plus grand que nous, que les personnes, c'est vraiment et avant tout un message. Quand on s'est quittés avec les autres, on a dit que l’on continuerait à se revendiquer comme des gens qui ont initié le mouvement de départ. Et nous cherchons encore à le propager, ce mouvement, de la manière la plus large. »

 

Raison pour laquelle le support du livre a été choisi : il permettrait à des personnes plus éloignées de YouTube et d'Internet en général de prendre connaissance du mouvement de résistance initié face à la Loi Travail. « Nous n'enlevons rien au travail qu'ils font de leur côté, nous nous complétons même, d'une certaine façon », souligne Tatiana. 

 

Sur l'utilisation des contenus, Tatiana nous précise à nouveau que les témoignages du livre sont ceux des auteurs, et qu'aucun contenu n'a été utilisé frauduleusement. De la même manière, « Vincent, le créateur du logo, ne l'a pas mis sous Creative Commons, mais tient à ce qu'il soit utilisable librement par tout le monde, et il est toujours content que le collectif l'utilise ».

 

Par souci de transparence, Tatiana nous explique que les 9 auteurs se partagent 4,5 % de droits d'auteurs sur les 20.000 premiers exemplaires vendus, puis 9 % au-delà. « Si nous avions voulu faire de l'argent, nous aurions fait des chroniques sponsorisées de jeux vidéo », souligne-t-elle. Le projet d'édition a été proposé par les auteurs eux-mêmes, qui ont démarché plusieurs maisons au Salon du Livre de Paris. « Si nous avons choisi Flammarion, c'est parce que les maisons plus petites ne pouvaient pas assurer une édition et une diffusion à l'échelle et dans le laps de temps voulus. » Toujours sur le choix de la maison, Tatiana déplore des critiques sur Flammarion, alors que les YouTubers eux-mêmes travaillent avec Google, entité capitalistique s'il en est.

 

L'absence de diffusion web — gratuite, dans l'idéal — a également été reprochée aux 9 auteurs, mais « cette décision ne relève pas de notre volonté », explique Tatiana. 

 

Dans ce petit livre, les 9 auteurs ont voulu « mettre des mots sur le monde actuel, en partant du quotidien : pour le dire crûment et rapidement, c'est la merde, mais si ce monde-là tient c'est parce qu'au quotidien nous faisons tous des actions positives, malgré ce sentiment de dépossession. Le propos, c'est de dire non pas qu'un autre monde est possible, mais qu'un autre monde est déjà là, qui se créé tous les jours, au quotidien. »

 


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : essais de sociologie
Total pages : 48
Traducteur :
ISBN : 9782081392793

On vaut mieux que ca

de Collectif (Auteur)

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