La tabelle, condition de la survie des librairies belges, ou des distributeurs ?

Nicolas Gary - 23.02.2018

Edition - Librairies - Librairie Belgique Dilibel - prix unique Belgique - vente livre internet


Le prix unique instauré en Belgique ne va pas sans poser quelques problèmes, tout particulièrement pour deux distributeurs français. En effet, le pays vivait, d’un côté, avec des pratiques de remises sur les livres mettant les libraires indépendants dans une situation délicate. Et, de l’autre, tous les livres importés de France se voyaient appliquer une surtaxe – la tabelle.


Bruxelles - la bande dessinée
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

La tabelle, nous précisait Simon Casterman, directeur de la maison BD du même nom, fait augmenter le prix de vente de 15 à 20 %, en regard du prix français. Pour justifier ce différentiel, on avançait auparavant la question du taux de change – à l’époque où coexistaient le franc français et le franc belge. Mais pour les deux distributeurs, Dilibel (filiale du groupe Hachette) et Interforum Benelux, cette tabelle résultait également de leur présence sur le sol belge.

 

En effet, les coûts de l’implantation des sociétés devaient se répercuter sur le prix de vente – et la tabelle se trouvait ainsi expliquée. « Voici 10 ans, le commerce en ligne n’était pas aussi développé : la différence était moins visible, et le client final pouvait en avoir moins conscience », indiquait Simon Casterman à ActuaLitté

 

Désormais, l’essor d’Amazon rend cette comparaison inévitable : pour le lecteur, comment accepter de passer sous les fourches caudines imposées aux librairies, alors qu’on trouve sur internet le même livre, sans tabelle ? 

 

Patrick Moller, directeur de Dilibel, voit pourtant dans cette régulation qui s’installe, un risque pour les libraires. Selon lui, le problème ne vient pas de ce que l’on instaure un prix unique, mais que la tabelle disparaisse. En vertu du décret, la tabelle ne va pas sauter du jour au lendemain. Jusqu’au 31 décembre 2018, elle sera libre, puis plafonnée à 8 % jusqu’au 31 décembre 2019, 4 %, l’année suivante, et supprimée au 1er janvier 2021.

 

La fin de la tabelle ? La mort de librairies
 

Comment feront les librairies, s’interroge-t-il dans L'Echo ? « Car leur équation économique est intenable à terme. Entre 2007 et 2017, les coûts salariaux de nos entreprises ont augmenté de 22 %, les baux locatifs de 30 % et le coût de l’électricité de 40 %. Dans le même temps, le prix moyen du livre a baissé – il est passé de 10,75 à 10,25 euros – et le marché du livre recule chaque année de 1 à 2 %. Comment dans ce contexte rentabiliser des librairies tout en diminuant le prix du livre de 10 % ? »

 

Et de souligner que l’erreur de la librairie en Belgique est de croire que les clients reviendront, une fois le prix unique appliqué. « Diminuer le prix de vente de 10 % sur 60 % de leur offre, c’est-à-dire le poids que des groupes comme le nôtre représentent sur le marché francophone belge, est intenable à terme », indique Patrick Moller. 

 

Tout bonnement parce que la marge diminuera en fonction. Et les lecteurs, devant des librairies qui ne pourront plus pratiquer de remises, continueront d’aller sur internet. En somme, Amazon est bien le grand danger, et le commerce en ligne par extension. D’ailleurs, Dilibel ne pourra plus poursuivre sa propre activité, si l’entreprise se retrouve privée des revenus de la tabelle.
 

Bruxelles pourra finalement appliquer le prix unique pour les livres


À ce jour, la Walonie-Bruxelles compte encore 70 librairies traditionnelles, et des enseignes comme Fnac ou Club – et prochainement, l’apparition de deux établissements Furet du Nord. Une force, souligne-t-il, alors qu’en Flandres, une vingtaine d’indépendants subsiste, alors que les autres points de vente appartiennent à des chaînes.
 

« Ma réponse est simple : si on veut maintenir un réseau diversifié de librairies, il faut maintenir des centres de distribution comme les nôtres. Je ferai tout pour convaincre mon groupe de le faire, mais il ne le fera pas à n’importe quel prix », conclut le directeur.  

 

Tout le problème de l’approvisionnement est posé, et c’est pourtant bien celui que relevait l’ensemble des partisans d’une fin de la tabelle. Le Syndicat des libraires francophones de Belgique avait déploré qu’on tente de prendre les libraires d’outre-Quiévrain pour des canards à plumer. 

 

Réagissant alors aux arguments d’Interforum Benelux – identiques à ceux de Dilibel –, le SLFB expliquait : « Nous ne contestons pas le choix de son groupe de disposer d’une antenne en Belgique, mais refusons que celle-ci existe grâce une tabelle qui, dans les faits, remonte sans doute directement vers la maison-mère. Il est anormal que les libraires, et surtout les lecteurs belges, soient ainsi pris en otage : nous n’avons pas à payer la note de leur filiale. »

 

Et d’ajouter : « La fin de la tabelle entraînerait mécaniquement une légère baisse de nos marges, mais permettrait aussi aux libraires de communiquer positivement vers les lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à rejoindre la vente en ligne, et qui, voyant les prix s’harmoniser, retrouveraient le chemin de nos librairies. »

 

Le débat est loin d’être bouclé...




Commentaires

Je tuerais pour les conseils avisés d'un bon libraire qui s'y connaisse vraiment, dans les sous genres qui m'intéresse. Le bouche à oreilles dans une librairie est fondamental, et tellement meilleur que n'importe quel site internet. De nombreux lecteurs sont prêts à payer s'ils sont face à un vrai échange. Les libraires peuvent contrer amazon et autres, avec des cafés littéraires et des échanges.

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