'La technologie sans contenu n'a pas de valeur' Jurgen Boos

Clément Solym - 07.06.2011

Edition - Société - technologie - numerique - livre


Dans le cadre du Deuxième Forum mondial de l'UNESCO sur la culture et les industries culturelles, qui se déroule à Milan du 6 au 8 juin, ActuaLitté, inaugure une série d'interviews des différents participants et acteurs de cette manifestation.

Aujourd'hui, Juergen Boos, directeur de la Foire du livre de Francfort.

ActuaLitté : Comment a évolué la présence des nouvelles technologies à la Foire du livre de Francfort ?


Jurgen Boos :
La technologie a toujours été le moteur de l'industrie de l'édition - et le premier fut l'invention de l'imprimerie. Les halls 4.0 et 4.2 sont traditionnellement consacrés aux acteurs de l'industrie, depuis la composition en passant par les logiciels de gestion de base de données. Avec la numérisation, l'influence des nouvelles technologies a été grandissante.


© Jurgen Boos, Frankfurter Buchmesse/Schweigert


Notre réponse, à Francfort, a été SPARKS, une initiative numérique que nous avons lancée en 2010, parce que nous croyons que la technologie sans contenu n'a pas de valeur. Les histoires, les idées, les informations et les images sont la matière première qui pousse non seulement l'industrie de l'édition, mais également celle des TIC.

ActuaLitté : Comment imaginez-vous l'édition 2012 de l'événement ?


Jurgen Boos :
Cette année, des signaux similaires viennent de partout, que ce soit l'Allemagne, la Grande-Bretagne ou les États-Unis : 2011 sera l'année décisive pour le livre numérique. Selon une nouvelle étude réalisée par l'Association allemande des métiers du livre, l'ebook dans l'industrie allemande devrait atteindre cette année une part de 6,6 % total des ventes de livres. Aux États-Unis, on envisage que ce soit 8 %, et la tendance est à la croissance.

Donc je pense que l'année prochaine, plus d'acheteurs des pays voisins, venus des industries du cinéma et du jeu vidéo se rendront à la Foire de Francfort, intéressés par ces nouvelles histoires. Avec le numérique, la frontière entre ces industries devient plus perméable - pour la première fois, le contenu est distinct de son format. On proposera des espaces pour l'acquisition de nouveaux droits, mais aussi donner plus de place à la créativité. 2012 se traduira dans la Foire avec plus d'opportunités pour des activités très ciblées. Parce que depuis le passage au numérique, l'arrivée du Kindle, etc., qui détient une place importante dans l'industrie du livre, une chose est claire : il faut accroître énormément les échanges.

ActuaLitté : Quels ont été les points clefs de ces cinq dernières années ?


Jurgen Boos : Le développement majeur de ces cinq dernières années a sans doute été l'invention et l'apparition des scanners de numérisation massive, mais également les tablettes PC et les smartphones. [Ce qui change de la tendance des années 90, avec le CD-Rom, qui fut un échec, et rend le secteur particulièrement frileux, en France, en tout cas, NdR]. La littérature peut être lue sur un écran, bien que cela dépende du goût de chacun, mais au moins est-ce théoriquement possible. Et le développement aux États-Unis et au Royaume-Uni montre que les lecteurs sont de plus en plus nombreux à choisir ce moyen.

L'industrie, et donc la Foire du livre, se retrouve dans l'un des moments les plus excitants de l'histoire du livre, parce que les nouvelles technologies élargissent le pouvoir du savoir et du divertissement. Et elles augmentent aussi la soif d'histoires nouvelles, d'idées, d'informations, de photos. Le caractère de l'industrie du livre a changé en conséquence : elle se voit de plus en plus en tant que créatrice de contenus, indépendamment du format et du média.

ActuaLitté : Que lisez-vous actuellement ?


JUrgen Boos : Mister Pip
de Lloyd Jones, un auteur de Nouvelle-Zélande. Je reviens d'un séjour à Auckland, voilà une semaine, où nous avons décidé que le pays serait l'invité d'honneur de la Foire, dans son édition 2012. (notre actualitté)