La télévision et internet ne concurrencent pas (trop) la lecture de romans

Clément Solym - 09.03.2017

Edition - Société - enquête lecture romans - Marco Caramelli étude - lecteurs livres romans


ActuaLitté évoquait dans un précédent sujet (lien en fin d’article), l’étude menée par Marco Caramelli, enseignant à l'Institut des hautes études économiques et commerciales, autour de la lecture de romans en France. Avec son aimable accord, nous proposons de retrouver l’ensemble de cette enquête, publiée ici dans son intégralité, en revenant sur les conclusions majeures qui en découlent.

 

Bathroom reading

Jay Riness, CC BY 2.0

 

 

L’objectif de cette enquête était d’apporter, à toute personne qui s’intéresse aux romans et à la littérature qu’il soit lecteur, auteur, journaliste, enseignant ou éditeur , des éléments de connaissance complémentaires aux études et enquêtes déjà disponibles. Nous l’avons souligné en introduction, l’échantillon de 1540 répondants qui ont participé à notre enquête n’est pas représentatif de la population française dans son ensemble, mais l’est davantage des personnes qui s’intéressent un minimum aux romans et à la littérature.

 

Les enseignements qui émergent de nos résultats sont nombreux, nous en rappelons ici certains parmi les plus emblématiques ou les moins attendus.

 

Tout d’abord, nos résultats confirment l’hypothèse selon laquelle la consommation de télévision et d’internet ne vient pas forcément concurrencer le temps passé à lire des romans. Autrement dit, les mesures que nous avons effectuées montrent que les gros lecteurs de romans ne regardent pas moins la télévision et ne passent pas moins de temps à surfer sur le net que les petits lecteurs de romans. Il se pourrait, en revanche, mais nous n’avons pas étudié cette hypothèse que les petits lecteurs fassent par exemple davantage de sport ou passent davantage de temps à des activités de socialisation extérieures que les gros lecteurs de romans.

 

Nous avons également tenté d’analyser un résultat a priori étonnant, qui est celui d’une corrélation négative entre le niveau d’études et la pratique de la lecture de romans. Nous avons ainsi montré que les plus gros lecteurs de romans sont en majorité des femmes avec un niveau d’éducation peu élevé, qui ne reconnaissent pas à la littérature des vertus en termes d’intelligence et d’accroissement du bagage culturel, dont la première motivation de lecture est celle de se détendre et de s’évader, et qui n’accordent pas forcément une importance symbolique forte à la dimension culturelle et au prestige littéraire des auteurs lus.

 

Nous avons lié ces observations au succès commercial de romans considérés par les experts comme « grand public » ou « non littéraires » et plus généralement aux affirmations de certains selon lesquels le niveau littéraire de la production de romans tendrait à décroître et la lecture de romans serait de plus en plus perçue comme une activité récréative, comme « une distraction (...) complètement digestible et assimilable aussitôt. » (dixit Alain Robbe-Grillet, 2005, dans Préface à une vie d’écrivain)

 

En termes de critères de segmentation, les différences les plus marquées ont été observées entre hommes et femmes, alors que les revenus ont semblé avoir un pouvoir explicatif faible des comportements de lecture.

 

France : goûts, choix et préférences, portrait du lecteur de romans 

 

Nous avons également montré que le roman de littérature générale était le genre préféré de nos répondants, et qu’ils avaient une préférence nette pour les romans contemporains français ou anglo-saxons de longueur moyenne voire importante. Le type d’éditeur ne semble pas jouer un rôle important dans le choix des romans, et le bouche à oreilles demeure le canal de prescription le plus efficace. Enfin, nos répondants semblent être encore très attachés à la librairie de quartier et au roman papier, et considèrent dans l’ensemble le prix des romans comme étant plutôt juste.