Trop d'adaptations sur France Télévisions, pas assez de création, selon la SACD

Nicolas Gary - 01.07.2015

Edition - Société - France Télévisions - SACD - adaptations


La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques met en cause la fonction de maison des créateurs, qui incomberait à France Télévisions. Dans un dossier présenté le 17 avril dernier, la SACD dénonçait « le dangereux recours aux adaptations », en matière d’animation. Une sonnette d’alarme qui a mis du temps à se faire entendre.

 

Mimi Cracra à la télévision

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Selon les données que fournit la SACD, en 2014, « 67 % du minutage des œuvres diffusées toutes chaînes confondues », représentaient des adaptations. Eh bien sur France 5, on arrive à 75,7 %, et sur France 3, on passe la barre des 81 %. Quel mal ? « Une telle politique pénalise la rémunération des auteurs, puisqu’une part du droit d’auteur revient à l’auteur de l’œuvre originale », pointe la Société.

 

Pascal Rogard, l’intransigeant directeur général, le souligne dans sa tribune : « À cet égard, il faut rappeler que France Télévisions est le seul groupe audiovisuel français à avoir signé dès 2011 avec la SACD, les organisations professionnelles de scénaristes, de réalisateurs et de producteurs une charte de développement de la fiction. » 

 

Pierre Siracusa, directeur délégué à l’animation pour France Télévisions, reconnaît qu’il est préférable de proposer au public des héros qu’il identifie facilement, dans le cadre d’un marché concurrentiel. Néanmoins, il souligne également que les choix effectués relèvent d’œuvres avec un certain bagage. Il cite Claude Ponti, que l’on ne présente plus dans la littérature jeunesse, ou encore des titres issus des classiques de la littérature « ou du patrimoine culturel ».

 

Peut-on alors encourager « les producteurs, financeurs, et diffuseurs », à prendre plus de risques, pour encourager « à l’émergence de nouveaux talents et de nouvelles licences » ? C’est évidemment le message que porte la SACD, soucieuse de défendre ses membres. 

 

« Nous développons les outils qui vont favoriser la création originale. D’une part, nous essayons de mieux financer les pilotes. D’autre part, sur des projets qui nous semblent prometteurs, nous commençons par financer une série courte ou un one-shot, avant de s’engager sur une série plus longue », conclut Pierre Siracusa. 

 

Le directeur général, lui, poursuit : « Sans critiquer gratuitement France Télévisions ni écorner son image, il faut parler vrai et ne surtout pas manquer de lucidité sur l’avenir très incertain du groupe public. La télévision publique a cette spécificité de devoir être la télévision de tous les publics. Cette mission de service public va la contraindre à devoir se réinventer, à être conquérante et imaginative pour être ce média républicain et de proximité qui éclaire une société en quête de repères. »

 

Et de réclamer tout simplement que France Télévisions montre l’exemple : « Une parole respectée de l’État ; un financement assuré ; un projet ambitieux pour la création ; un(e) dirigeant(e) qui fait le pari de l’audace et de la restructuration. » Il faut prendre en compte que le message de la SACD était adressé au groupe public avant que le CSA ne désigne la nouvelle présidente de l’institution.   

 

Si le groupe s’est engagé à diffuser 4000 heures de productions françaises d’animation, à travers ses chaînes, et notamment France 4, ce sont 1900 heures de mieux que dans le précédent accord obtenu. Sur France 5 et France 3, ce seront 700 heures. Et notons qu’en 2013, les chaînes avaient diffusé 4430 heures de programmes pour la jeunesse. 

 

On n’avait pas trouvé mieux, comme discours, pour monter les auteurs les uns contre les autres, opposant radieusement ceux qui signent des contrats d’adaptation, et ceux qui voudraient en signer...