La traduction littéraire, “rempart contre l’injustice, l’intolérance et la censure”

Antoine Oury - 17.10.2016

Edition - Société - traduction littéraire - Déclaration de Québec traduction - traducteurs droits


La Déclaration de Québec sur la traduction littéraire, les traductrices et les traducteurs a été conçue et rédigée en avril 2015 par le Comité de la traduction et des droits linguistiques de PEN International, une organisation qui défend les droits des écrivains et la liberté d'expression dans le monde entier. Le texte est désormais disponible dans plus d'une vingtaine de langues, alors que la situation des traducteurs reste préoccupante.

 

Translation prohibited

« Traduction interdite » (Jacob Bøtter, CC BY 2.0)

 

 

Quelques mois après la rédaction de cette Déclaration de Québec, en octobre 2015, l'organisation PEN International adoptait le texte, faisant ainsi entrer les différents engagements dans sa propre charte. Le CEATL, Conseil Européen des Associations de Traducteurs Littéraires, se félicite à présent que le texte soit disponible en plus d'une vingtaine de langues, ce qui est heureux pour une Déclaration portant sur l'importance de la traduction et les droits des traducteurs.

 

1. La traduction littéraire est un art de passion. Porteuse de valeurs d’ouverture, elle permet d’aspirer à l’universel et elle est le vecteur privilégié du dialogue entre les cultures. Elle est un gage de paix et de liberté, ainsi qu’un rempart contre l’injustice, l’intolérance et la censure.

 

2. Les cultures ne sont pas égales devant la traduction. Certaines traduisent par choix, d’autres par obligation. La traduction va de pair avec la défense des langues et des cultures.

 

3. Les traductrices et les traducteurs, respectueux des auteurs et des œuvres originales, ne cherchent toutefois pas qu’à reproduire un texte : à titre de créateurs de plein droit, ils le prolongent, le font avancer. Plus que des messagers, ils portent la voix des autres, sans pour autant perdre la leur. Défenseurs de la diversité linguistique et culturelle, ils s’engagent notamment auprès des auteurs de l’ombre, des styles et des groupes marginalisés.

 

4. Les droits des traductrices et des traducteurs doivent être protégés. Les instances gouvernementales, les maisons d’édition, les médias et les employeurs doivent reconnaître et nommer clairement les traductrices et les traducteurs, respecter leur statut et leurs besoins, leur assurer une juste rémunération et des conditions de travail dignes ; et ce, quel que soit le support utilisé — papier, numérique, audio, vidéo.

 

5. L’intégrité physique et la liberté d’expression des traductrices et des traducteurs doivent en tout temps être assurées.

 

6. En tant qu’auteurs de création dotés d’un savoir-faire qui les distingue, les traductrices et les traducteurs doivent être respectés et consultés pour toute question relative à leur travail. Les traductions appartiennent à celles et à ceux qui en sont les auteurs.

 

En 6 points, la Déclaration rappelle les droits des professionnels, aussi bien sur un plan physique qu'intellectuel. Des rappels qui ne sont pas de trop alors que la situation des traducteurs littéraires reste préoccupante, qu'il s'agisse des conditions de rémunération et de la reconnaissance professionnelle, notamment en France, ou des conditions d'exercice même du métier.

 

Ainsi, la traductrice turque Necmiye Alpay, également critique et linguiste membre de l'association des traducteurs turcs, a subi les foudres du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan à la suite du coup d'État manqué du 15 juillet dernier. Comme des milliers d'autres citoyens turcs, elle a été accusée de complicité et « d'appartenance à une organisation terroriste armée » pour les liens qu'elle entretient avec la communauté kurde, dans le viseur du gouvernement d'Erdogan depuis plusieurs années. À ce jour, après un semblant de procès, elle est toujours incarcérée.