La Turquie rend sa citoyenneté à Nazim Hikmet, auteur exilé

Clément Solym - 06.01.2009

Edition - Société - Turquie - Nazim - Hikmet


Nazim Hikmet avait été déchu de sa citoyenneté turque en 1950, accusé de convictions marxistes assez mal vu par le pays, et il dut fuir la Turquie après un séjour douloureux et prolongé en prison. Mort en exil à Moscou en 1963, il a pourtant opéré une véritable révolution dans la poésie turque au cours des années 30 et son travail a été traduit en plus de 50 langues.

Citoyen renégat aux yeux du gouvernement turc, plus de 25 ans après sa mort, voilà que Cemil Cicek, député a décidé le gouvernement de son pays à changer la situation. « Les crimes qui ont forcé le gouvernement à lui ôter sa nationalité à cette époque ne sont plus d'actualité aujourd'hui », a-t-il expliqué.

Ainsi, voilà qu'à titre posthume le poète se trouve réhabilité par un décret gouvernemental, signé hier par le conseil des ministres. Pour certains, ce geste est un pas significatif vers l'acceptation des différences d'opinion, de langue et d'appartenance ethnique, indispensable pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

Reste toutefois la question des restes du poète qui fut inhumé à Moscou, mais sur ce point le gouvernement tient une position claire : c'est à la famille de décider si elle souhaite que cela soit fait. Considéré comme un moderne par les universitaires aujourd'hui, om n'était jamais revenu en Turquie et avait rédigé bon nombre de ses poèmes dans les geôles du pays.

Il reçut durant sa vie le soutien d'auteurs comme Jean-Paul Sartre ou d'artistes comme Picasso. Sa poésie était restée interdite en Turquie jusqu'en 1965, et même après la levée de l'interdiction, les copies des livres étaient dissimulées de crainte que l'on ne soit assimilé à un sympathisant communiste. En 2000, un demi-million de Turcs avait demandé au gouvernement que soit réhabilitée la mémoire du poète.