Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La Turquie s'attaque à Amin Maalouf

Xavier S. Thomann - 15.02.2013

Edition - International - Censure - Amin Maalouf - Sade


À la liste des livres inquiétés par les autorités turques, il faut désormais ajouter le roman Sarmacande de l'Académicien Amin Maalouf. Le ministère de l'Éducation vient de lancer une enquête pour savoir si le livre est approprié ou pas. L'ouvrage serait en effet « vulgaire et insultant envers l'islam. »

 

 

Sokollu Mehmet Pasha Mosque

Marmontel, CC BY-SA 2.0

 

Le Franco-Libanais n'est pas le premier à être attaqué par la censure dans un pays qui entretient un rapport ambigu avec la question de l'interdiction de certains livres. Alors qu'Amin Maalouf se retrouve dans la position de l'accusé, 500 livres interdits viennent d'être autorisés. Parmi les ouvrages en question, on trouve des ouvrages tels que ceux de Karl Marx. Il était temps, on a envie de dire. 

 

Mais le plus effrayant dans cette affaire n'est pas tant la censure en elle-même que la façon dont elle est pratiquée. À en croire un article de France 24, elle s'exerce dans un flou anarchique. Jugez plutôt. 

 

Concernant le roman d'Amin Maalouf, la plainte a été déposée par un parent d'élève de lycée. Un professeur d'histoire aurait recommandé la lecture du livre, ce que le parent en question n'estimait pas convenable. Mais bizarrement, l'enfant du parent d'élève n'est pas inscrit dans l'établissement où enseigne le professeur fautif. Étrange accusation, autrement dit. 

 

L'État ne s'oppose pas à la publication des livres, mais semble encourager ou tolérer (en leur donnant suite) les plaintes plus farfelues et tirées par les cheveux. 

 

Car de telles procédures ne sont pas rares en Turquie, explique Vercihan  Zifliogu du journal Hürriyet. Ces pratiques permettent d'incriminer tour à tour Sade, Burroughs, ou encore John Steinbeck. Pour les deux premiers, on peut voir ce qui choque (sans pour autant qu'une quelconque censure soit justifiée !), autant pour Steinbeck on a plus de mal à comprendre. Une seule phrase suffirait-elle à faire interdire un livre ? Pour un pays qui souhaite intégrer l'Union Européenne, c'est gênant. 

 

Cela semble bien être le cas de Samarcande de Maalouf, qui raconte la vie de Omar Khayyam. Difficile en effet de voir en Maalouf un nouveau Sade, même avec toute la mauvaise foi du monde. Il sera intéressant de connaître l'issue de cette enquête et la décision qui en découlera. Espérons que le bon sens l'emportera.