La vente d'ebooks pornographiques agite toute l'Angleterre

Nicolas Gary - 18.10.2013

Edition - International - livres numériques - pornographie - WH Smith


Rien ne va plus, dans le monde de la librairie britannique, même si la situation commence à s'apaiser. Depuis le début de la semaine, la commercialisation d'ebooks autoédités, avec scène de viol, d'inceste, etc., dans l'ebookstore du libraire WH Smith fait couler de l'encre. Le partenariat avec Kobo, qui apportait ces flux de livres, était en cause dans cette affaire, qui a fini par éclabousser tous les vendeurs en ligne.

 

 

 

 

Durant quatre jours, le site de WH Smith avait été maintenu hors ligne, le temps que soit réglé ce léger souci. Mais pour l'heure, il n'est pas possible d'acheter de livres numériques, et l'on recommande aux clients de se rendre sur la boutique de Kobo. C'est au travers de ce partenariat avec le Canadien que WH Smith s'était retrouvé à vendre des livres pornographiques et violents. Kobo dispose d'un accès lui permettant de proposer des oeuvres auotédités, et celles-ci contrevenaient clairement aux lois britanniques.

 

Durant quatre jours, le site a été coupé, avec les conséquences marchandes que l'on imagine aisément. Neil Saunders, analyste pour le marché du détail chez Conlumino explique : « C'est une chose grave que de rendre un site inaccessible. Mais je pense que du point de vue de la marque, les gens penseront qu'ils ont fait le bon choix et ils pourraient gagner en fidélité pour cela. » On s'interroge cependant sur la nécessité de fermer l'intégralité du site, plutôt que de simplement couper l'accès aux ventes numériques...

 

De son côté, Michael Serbinis, PDG de Kobo, a assuré que les différents titres autoédités avaient été passés en revue, et examinés avec soin. De nouveaux outils de filtrage vont être mis en place, pour s'épargner de pareils ennuis à l'avenir. L'analyse des contenus, quasi absente pour l'heure, pourrait déboucher sur un contrôle plus régulier - permettant d'éviter la présence de livres clairement inadaptés pour des jeunes publics. Or, l'un des enjeux de cette situation, est que les mineurs ne doivent pas avoir accès à l'achat de livres pornographiques. 

 

Il assume par ailleurs la responsabilité de son entreprise dans cette situation. Si Kobo est la seule société à avoir décidé de supprimer directement les livres commercialisés, Amazon et Barnes & Noble ont tout de même suivi le mouvement, en supprimant plusieurs ouvrages de leurs catalogues. La question de la liberté d'expression n'a alors pas manqué d'être soulevée, alors que les auteurs autoédités se sentent pris en otage. Une pétition réclamant à Kobo qu'on laisse tranquilles les livres, d'autant plus que pour acheter ces ouvrages, il est nécessaire de disposer d'une carte bleue : pourquoi serait-il normal de vendre des gadgets pour adultes, et non de la fiction, demandent les signataires.

 

Perplexité et réflexions à venir

 

Le ministre de la Justice britannique, Damian Green, s'est par ailleurs exprimé sur la question : « Le gouvernement partage les préoccupations du public quant à la disponibilité de contenus offensants. » Selon la législation britannique, les revendeurs pourraient être mis en accusation pour infraction, s'ils ne trouvent pas de solutions pour protéger les mineurs de ces oeuvres. Amazon estime que sa position est la bonne : « Nous n'acceptons pas la pornographie ni les représentations graphiques d'actes sexuels offensants. Ce que nous estimons offensant est probablement ce que vous estimeriez. » 

 

De son côté, la Booksellers Association a annoncé qu'elle souhaitait mettre de toute urgence des solutions pour éviter que des ebooks explicites autoédités soient à l'avenir disponibles sur des sites de vente en ligne. L'industrie, et la Publishers Association avec elle, doivent dans les meilleurs délais, se pencher sur la question. 

 

« Nos membres reconnaissent qu'ils ont une responsabilité envers les familles et les consommateurs. La surveillance des livres est devenue de plus en plus importante avec la montée du phénomène de l'autoédition », explique Tim Godfray, le directeur de la BA.

 

De son côté, Robert Sharp, responsable de la communication pour l'English PEN, cherche à nuancer ces réflexions : « Nous devons nous rappeler que la grande littérature est très souvent offensante, et que personne ne devrait enclencher une suppression de livres. Si la collaboration entre WH Smith et Kobo avait été mise en place au milieu du XXe siècle, alors L'amant de Lady Chaterley ou Lolita auraient provoqué des comportements similaires. Fifty Shades of Grey était à l'origine un roman autoédité, aussi est-ce une chance rare que l'histoire de EL James n'ait pas été retirée de la vente de la même manière. »