La vente de la collection du marquis de Sade fait un bide

Orianne Vialo - 20.06.2016

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Annoncée en mars dernier, la vente des archives de la famille Sade a été mise sous le marteau ce 15 juin par la Maison des ventes Tessier Sarrou, à l’hôtel Drouot. Cependant, alors que l’on s’attendait à ce que la vente de ces objets rapporte gros — certains avaient un caractère inédit puisqu’ils n’avaient jamais quitté le giron familial —, la vacation n’a pas rencontré le succès escompté. Même si elle a rapporté 296.190 € frais compris, plusieurs lots ont dû être retirés des enchères en raison de la faiblesse des offres.

 

Portrait de Jean Baptiste de Sade, Compte de Sade, père du marquis.

 

 

« Le nom de Sade est devenu commun : sadisme, sadique, sadomasochisme. L’adaptation cinématographique par Pasolini du premier roman écrit par le marquis de Sade entre 1782 et 1785, Les cent vingt journées de Sodome, sous le titre Salo ou Les cent vingt journées de Sodome, ont révélé que Sade n’était pas seulement un aristocrate pervers, un bourreau de femmes que lui rabattait son domestique, un débauché aux pratiques sexuelles cruelles, condamné et enfermé à Vincennes puis à la Bastille, mais aussi un homme de lettres », expliquait la maison Tessier Sarrou dans un communiqué.  

 

Pourtant, personne ne s’attendait à ce que la centaine de pièces provenant des archives familiales de l’écrivain du Siècle des Lumières, rendu célèbre pour ses textes érotiques, n’aient pas toutes été prises d’assaut. Parmi les articles mis en vente, l’on retrouvait, entre autres, le fauteuil d’époque Louis XIII du marquis de Sade, des correspondances entre l’écrivain et son entourage, des documents officiels tel que l’acte de séparation des époux Sade, tout autant de pièces d’art, de lettres et manuscrits restés dans la famille depuis des générations. 

 

Celui qui aujourd’hui encore est considéré comme un véritable météore de la pensée politique, avec des idées qui ont traversé les siècles et qui demeurent très largement d’avant garde, n’a pas cependant suscité l’intérêt espéré par les organisateurs de la vente. Thibault de Sade, un des trois frères de la sixième génération de Sade expliquait « toute leur vie, nos parents se sont battus pour faire connaître Sade, contre les préjugés, contre les mensonges et pour la vérité […] Ils ont donné mission à leurs cinq enfants de continuer ce combat pour la connaissance ». 

 

 

 

Pas d'acquéreur pour certaines pièces inédites de Sade...

 

Rodolphe Tessier, commissaire-priseur de la vente a déclaré : « Nous sommes déçus du manque d’engouement, et notamment de la part des institutions, sur les pièces de théâtre et le fauteuil. En revanche, nous sommes ravis d’avoir pu participer au côté de la famille Sade à faire connaître cet autre visage du marquis de Sade au travers de cette vente. »

 

Le fauteuil d’époque Louis XIII du marquis, initialement estimé entre 40.000 et 50.000 € n’a pas trouvé preneur, tout comme les pièces de théâtre telles que Le Capricieux, Le boudoir ou le mari crédule, L’égarement de l’infortune, toutes estimées entre 30.000 et 40.000 €, ou encore Franchise et trahison, probablement la dernière pièce écrite par Sade en 1807, estimée entre 30.000 et 40.000 €. Le misanthrope (sic) par amour, pièce estimée entre 15.000 et 18.000 € n’a elle non plus pas été vendue. 

 

Pourtant, ces écrits constituaient les rares documents qui avaient pu être sauvés des flammes à la mort de Sade, le 2 décembre 1814. Ils avaient été placés dans un coffre scellé derrière des étagères de la bibliothèque du château familial de Condé-en-Brie (Aisne). La malle n’avait été découverte qu’après la Seconde Guerre mondiale par les descendants du marquis de Sade. 

 

... Mais tout de même quelques bonnes surprises

 

Malgré le manque d'engouement concernant cette vente, certaines pièces ont trouvé de nouveaux acquéreurs, à l'image d'un tableau attribué à Jean-Marc Nattier et représentant le père du marquis. Il a été adjugé à 39.000 €, alors qu'il était estimé entre 30.000 et 40.000 €. Le conte Les coquilles d'œufs, est parti à 5.850 €, contre son estimation de départ, estimée entre 8.000 à 10.000 €. Un bronze du crâne de Sade, a quant à lui été adjugé pour 7.510 €, soit vendu plus cher que les estimations faites par les experts (estimation 4.000 à 5.000 €). 

 

Une liste manuscrite des courses demandées par Sade alors qu'il était enfermé à la prison du donjon de Vincennes a été cédée pour 7.150 €, alors qu'elle était estimée entre 3.000 et 4.000 €. Un carnet relevant les différentes visites protocolaires et familiales réalisées par son couple dans les années 1769 et 1770, ainsi qu'un Mémoire des dépenses faites par le marquis de 1783 à 1788 ont été préemptés par la Bibliothèque nationale de France (BnF), au prix de 4.940 € et 2.010 €. 

 

 

Ci-dessous, la liste de tous les objets mis en vente. 

 

  Dossier de Presse - Vente Sade by ActuaLitté