USA : la majorité des auteurs vit en deçà du seuil de pauvreté

Clément Solym - 14.09.2015

Edition - International - seuil pauvreté - auteurs écrit - livres éditeurs


Les auteurs de l’écrit vivraient en deçà du seuil de pauvreté, évalué au niveau fédéral, indique une étude réalisée par l’Authors Guild. L’organisation américaine de défense des écrivains publiera cette semaine une étude alarmante. S’ils ne disposaient que des revenus liés à leurs droits d’auteur, la majorité d’entre eux seraient donc pauvres. Dramatiquement.

 

178/365 - Don't Be Blinded

Courtney Carmody, CC BY SA 2.0

 

 

Les résultats brossent un tableau sombre de la situation, confirme Mary Rasenberg, directrice de l'Authors Guild. Quand on évoque les revenus des auteurs, les bonnes nouvelles sont souvent rares. Selon elle, plusieurs facteurs interviennent pour expliquer cette situation : et de citer pêle-mêle le piratage en ligne, les fermetures de librairies indés ou encore la puissance grandissante d’Amazon.

 

L’enquête a été menée auprès de 1674 auteurs. En regard des 11.670 $ annuels que l’État fédéral considère comme le seuil de pauvreté, 56 % des répondants perçoivent donc une rémunération inférieure. Mais outre cette donnée, une autre montre que la situation empire.

 

En 2009, date d’une première enquête, les revenus médians des auteurs étaient de 10.500 $, alors qu’en 2014, ils passent à 8000 $. Une baisse de 24 % globale, et qui touchent les auteurs « à temps complet » autant que ceux écrivant « à temps partiel ». Les premiers accusent le coup d’une diminution de 30 % à 17.500 $ quand les seconds encaissent 38 % de baisse, à 4500 $.

 

L’Authors Guild indique par ailleurs qu’en 2009, leur étude indiquait que le livre numérique était en plein boom auprès des lecteurs. « Nous sommes de l’autre côté d’une tempête, et, à bien des égards, cela n’a pas été aussi mauvais que certains le prédisaient. Mais cela ne signifie pas que le temps était au beau fixe », assure Mary Rasenberg. Les revenus apportés aux auteurs furent alors une manne, mais aujourd'hui, l'engouement se réduit.

 

La généralisation des auteurs hybrides

 

Probablement de quoi expliquer que les auteurs choisissent désormais des carrières hybrides, alternant publication traditionnelle et autopublication. Alors que 4 % assurent qu’ils ne passent que par l’autopublication, 33 % revendiquent d’avoir vendu au moins un ouvrage de la sorte.

 

De quoi démontrer les avantages de ce modèle économique, estime Mary Rasenberger. Selon elle, les auteurs membres de la Guild « commencent à voir l’autopublication comme un débouché pour des projets qui ne sont pas soutenus par l’édition traditionnelle ».   

 

On ne s’étonnera alors pas de trouver un long billet, sur le site de l’AG, pour expliquer comment procéder avec l’autopublication : crowdfunding et autres solutions sont exposées, pour donner une certaine assise aux auteurs en recherche. 

 

La montée en puissance d’un fonctionnement hybride « est un développement passionnant », assure-t-elle. Mais qui dévoile également que les auteurs, dans les maisons d’édition, ne sont pas assez rémunérés. Et selon elle, le droit d’auteur et les pratiques doivent « être adaptés pour que les préoccupations des auteurs soient mises en avant ». (via Publishers Weekly)

 

En janvier dernier, deux enquêtes conduites auprès des auteurs situés aux États-Unis et au Royaume-Uni affichaient déjà les mêmes résultats.  Sur les 1879 membres du panel sollicités par Digital Book World et Writer’s Digest, la plupart sont des romanciers, et leur registre de prédilection, la romance. Ils sont 56 % à avoir tout misé sur l’autopublication, 13 % à avoir privilégié l’édition traditionnelle, et 31 % à avoir mis à profit les deux à la fois.

 

L’autre enquête, commandée par Authors Licensing et la Collecting Society, le salaire médian de 2.500 auteurs professionnels britanniques (consacrant majeure partie de leur temps à l’écriture) était de 11.000 £ en 2013. Un chiffre en baisse de 29 % par rapport au relevé de 2005. Si l’on incluait dans le calcul les écrivains à temps partiel, ce revenu médian annuel 2013 retombait à 4000 £.