Avec Mondadori, l'ombre de Berlusconi plane sur l'édition italienne

Nicolas Gary - 13.03.2015

Edition - Economie - Mondadori RCS Libri - Italie édition industrie - rachat économie


Le rachat de RCS Libri par Mondadori s'est conclu, la semaine passée, par un simple accord : Mondadori dispose d'une période d'exclusivité pour formuler une offre, jusqu'au 29 mai. Si la dette de RCS Mediagroup, de 400 millions €, ne sera pas épongée avec cette vente, estimée à 135 millions €, elle serait grandement allégée. Mais en Italie, on continue de s'inquiéter. 

 

 

Walking under Milano #2: books

Librairie, à Milan

Amboldi, CC BY ND 2.0

 

 

Il est plus que probable que personne ne puisse offrir autant que Mondadori pour cet investissement, parce que cette filiale de la holding Fininvest, que détient Silvio Berlusconi, a quelques atouts financiers. Et dans la politique de développement de Silvio, qui contrôle déjà une grande partie des médias italiens, presse et télévision, disposer du groupe d'édition entrerait dans une certaine logique. 

 

RCS Mediagroup, en accordant des négociations exclusives, place d'ailleurs Mondadori dans la meilleure position pour conclure l'accord. Sauf qu'entre temps, un nouveau conseil d'administration sera mis sur pied, et pourrait trouver que la piste explorée n'est pas la plus attractive. 

 

Or, le calvaire de RCS Libri se poursuit pendant ce temps : en 2014, le groupe a perdu 110 millions €, de nouveau – certes moins qu'en 2013, où les pertes s'évaluaient à 218,5 millions €. L'actionnaire majoritaire tente de trouver des solutions pour limiter l'hémorragie. Scott Jovane, PDG de RCS, assure à la presse : « La vente de RCS Libri permettra de réduire la dette et permettra de nous concentrer sur l'information et le sport. » Encore faudra-t-il que l'offre de Mondadori soit correcte, expliquait-il dans une conférence téléphonique.

 

Cependant, il ajoute « nous n'aurons pas besoin de recapitaliser, même si nous ne vendons pas Libri ». Et ce, grâce à une trésorerie de 75 millions € qui sera générée en 2015. 

 

Mondadori relève financièrement une tête fière

 

Surtout que dans le même temps, Mondadori renoue avec les bénéfices, avec 600.000 € enregistrés, après deux années de pertes, à, respectivement, 166 millions en 2012 et 185 millions en 2013. Le chiffre d'affaires a pour sa part diminué de 7 %, à 1,177 milliard d'euros, tandis que la dette s'est réduite de 291 millions par rapport à 2013. 

 

Une grande partie de la plus-value de la vente du megastore du Corso Vittorio Emanuele, de Milan, où se retrouvait un établissement phare, a servi les intérêts commerciaux. Mais dans le même temps, l'éditeur a procédé à une large réduction des coûts, qui se poursuivront sur l'année 2015. 

 

Ernesto Mauri, PDG du groupe, souligne par ailleurs que la principale préoccupation réside dans la perte de lecteurs, sur le marché italien. « Nous nous inquiétons de la place du livre en Italie, qui perd généralement 4 % de son chiffre d'affaires annuellement, et 6 % sur les premiers mois de cette année. Vous devez être économiquement viable, et dans le même temps, sur un marché fractionné, Amazon fait ce qu'il veut. »

 

L'ombre de Berlusconi plane sur le rachat

 

Une manière à peine voilée de répondre aux vives réserves que le ministre de la Culture, Dario Franceschini, avait exprimées à l'idée que les deux groupes se rapprochent. Il est vrai que ce dernier publie chez Rizzoli, filiale du groupe RCS Libri. « Mondadori a racheté Einaudi voilà vingt ans, alors qu'il était dans une situation économique difficile. Après vingt ans, le nombre d'auteurs a augmenté, ainsi que ses collections. La préoccupation exprimée par les auteurs relève plus d'une réaction viscérale, probablement parce que Mondadori appartient à quelqu'un. » Et tous les regards fusent vers Silvio, évidemment.

 

Bien entendu, si la Feltrinelli s'était proposée pour le rachat, les choses auraient été différentes. 

 

Ernesto Mauri s'énerve également de ce que le livre ne parvienne pas à dégager une meilleure rentabilité –, et ce, alors que le groupe est le roi des remises dans le pays. Le projet est de passer de 13 % à une marge de 16-17 %, pour se rapprocher des résultats de concurrents internationaux. « Nous avons identifié comment faire. Et nous y travaillons. »