La vente en ligne face au coronavirus : manuel de survie

Victor De Sepausy - 01.04.2020

Edition - Economie - vente livres internet - ecommerce coronavirus - économie internet sociétés


Le coronavirus fait les beaux jours de la vente en ligne, pressent-on par instinct. Vrai, certainement, mais avec des nuances fortes suivant les secteurs. Les premières données communiquées indiquent d’ailleurs qu’une entreprise sur trois ne résistera pas au-delà de trois mois, note la Fevad. 


StockSnap CC 0


La Fédération e-commerce et vente à distance s’est penchée sur la question, en examinant du 23 au 25 mars les sites de vente en ligne. 94 % d’entre eux sont toujours ouverts, mais un tiers a réduit son activité significativement. Pour autant, les enseignes sont deux fois plus nombreuses (8 %) que les pures players (4 %) à avoir interrompu leur activité e-commerce.
 

Un e-commerce fragile


Dans ces circonstances, internet mange-t-il le marché ? 76 % des sites affichent un recul des ventes, et pour la moitié, c’est une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 50 %. Seuls 18 % voient leur CA augmenter — les secteurs les plus porteurs sont l’alimentaire, la téléphonie-informatique ainsi que le culturel et l’éducatif.

De même, les délais de livraison sont allongés pour 85 % et 29 % des vendeurs accusent le coup d’annulations de commandes. Et dans ce contexte, la pérennité des entreprises reste délicate : près de 40 % estiment qu’elles ne survivront pas au-delà de trois mois, et 20 % préfèrent ne pas répondre. 

Du côté du cabinet Nielsen, on estime que les ventes en ligne ont atteint un niveau historique, « près de 250 millions d’euros cette semaine en e-commerce », pointe un communiqué du 31 mars. Mais la donnée concerne avant tout la vente de produits que l’on retrouve dans les supermarchés…

« Quant au non alimentaire, la chute des hypers est spectaculaire, avec un repli de 13 % du chiffre d’affaires depuis le début de l’année, et même de 25 % depuis le premier jour du confinement. Des difficultés qui font écho au boom sans précédent du e-commerce », précise Nielsen. 
 

Et côté livre ? 


Les ventes en ligne vont bon train. « Les commandes ont été multipliées par 10 », indique LaLibrairie.com, qui a cependant plafonné les ventes. « Passées plus de 600 commandes quodiennes, nous ne sommes plus en mesure de fournir. »

Le panier moyen, passé de 23 € à 38 € fait aussi apparaître des changements importants : des ouvrages de fonds sont réclamés par les clients, partout en France. « Il est trop tôt pour les bilans, mais le développement de la vente en ligne nous montre que le secteur n’avait probablement pas assez investi ce canal de commercialisation. »

Au Québec, même son de cloche outre-Atlantique : le site LesLibraires.ca a enregistré une hausse de 1000 % sur les transactions en ligne, indique Jean-Benoit Dumais, son directeur général. Cette plateforme réunit une centaine de librairies à travers le Québec, l’Ontario et les Maritimes. 

« Les livres deviennent, dans la situation actuelle, du divertissement et des moments de réflexion et d’introspection. Il y a un gros boom actuellement en ce qui concerne les livres jeunesse », assure-t-il au Journal du Québec
 

Joël Dicker, super star


Le groupe Furet du Nord / Decitre affiche également de belles couleurs : le premier enregistre un + 3000 % de commandes, avec une forte dynamique pour les livres numériques. Des résultats largement tirés par les livres numériques gratuits. Côté Decitre, les commandes montent de 150 % pour le papier et 400 % pour les livres numériques, nous assure-t-on.

Et dans les titres qui ressortent, chez l’un comme l’autre, c’est Joël Dicker avec L’énigme de la chambre 622 qui est la meilleure vente papier, pour les deux enseignes. Côté livre numérique, Furet explose avec La couleur du mensonge Tome 1, d’Erin Beaty (trad. Jean-Baptiste Bernet) quand Decitre propulse le livre du professeur Didier Raoult, Épidémies — Vrais dangers et fausses alertes.

Avec des conséquences, chez les consommateurs, qui sont attendues. « Le risque serait que des gens qui n’achetaient pas en ligne auparavant aient mentalement opéré la bascule et prennent leurs habitudes durant le confinement », estime un libraire du sud. « Aujourd’hui, une dizaine de librairies se sont plus activement lancées sur la vente par correspondance, en ne référençant que les titres disponibles dans leur boutique. »

La même approche que celle de Filigranes, à Bruxelles, dont le site de vente a été ouvert voilà moins de 10 jours. Marc Filipson, le propriétaire, assurait d’ailleurs : « La démarche n’est absolument pas une démarche business. On ne gagne pas d’argent dans cette démarche : au contraire, cela coûte une fortune. Il s’agit d’un acte solidaire, partant du principe que le livre est un médicament. »
 

Retrouver des clients...


« S’il est certain qu’une grande partie des consommateurs retournera dans son magasin habituel une fois la crise passée, il est probable que d’autres aient pris goût au e-commerce, en particulier à la livraison à domicile qui ne touchait alors qu’une faible part des foyers en comparaison au drive », analysait d’ailleurs Nielsen.

« La croissance de la livraison à domicile réalisée par les distributeurs généralistes atteint 45 % sur le premier trimestre 2020, contre 24 % en 2019. »

Il faudra faire confiance à Vincent Chabault, sociologue de l’université Paris Descartes, en ce cas. Dans Le Monde, ce dernier indiquait : « La reconstruction du commerce après la période de confinement constitue une opportunité pour privilégier dorénavant des circuits de distribution vertueux pour l’environnement et favorisant un modèle social positif pour les salariés. »

Et dans la période, assez logiquement, les jeux de société ont le vent en poupe : Sud Ouest évoque des chiffres du cabinet NPD, éloquents. Ainsi, « pour la première fois, la liste des 10 jouets les plus vendus comporte 10 jeux de société et puzzles avec le Monopoly, La Bonne Paye et le Scrabble en tête ». 

Les puzzles explosent de 122 % et les jeux de société de 83 %. 


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