La vie pas toute rose des élus FN : Philippe Vardon débouté en justice

Joséphine Leroy - 25.05.2016

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Le conseiller régional Paca Philippe Vardon avait demandé à la justice que l’on retire un passage le concernant dans le livre Rose Marine — enquête sur le FN et l’homosexualité, de Marie-Pierre Bourgeois (éd. du Moment). Mais la justice n’est ni rose ni tendre avec l’élu puisqu’il a été débouté ce vendredi par le tribunal de grande instance de Nice, selon les avocats des deux parties. 

 

 

 

Le député FN Philippe Vardon, d’abord refusé par le Rassemblement Bleu Marine puis intégré comme lieutenant du parti, a pris ombrage de la publication et demandait ainsi 20.000 € de dommages-intérêts, comme le rapporte Le Parisien. Après que la justice l’a débouté ce vendredi 20 mai, il a été condamné à verser 1000 € à la défense : l’auteur, la maison d’édition et l’éditeur. 

 

Quels sont donc les passages incriminés ? Dans le livre, un paragraphe qui n’a rien à voir avec l’homosexualité, mais plutôt avec ses anciennes accointances. Les archives d’un documentaire Arte, diffusé en 1998, montrent le membre du FN, alors âgé de 17 ans, en train d'entonner un chant antisémite. L’élu FN a nié faire partie du groupe en question, même s’il était présent dans les environs au moment des faits.

 

Le passage vidéo en question a été déniché par Le Point : 

 


 

 

Philippe Vardon n’aime pas revoir ses souvenirs de jeunesse et, vu leur nature, on le comprend. La justice a estimé, dans son ordonnance, que Marie-Pierre Bourgeois « s’est trompée, au final, dans l’imputation à M. Philippe Vardon du salut nazi », elle dispose d’éléments que l’on peut retenir et « justifie avoir mené une enquête sérieuse ».  

 

Le conseil de l’auteur a rebondi sur les arguments de l’accusation lors de l’audience : « C’est vrai, stricto sensu, on ne le voit pas lever la main droite en signe de salut nazi, mais il braille une chanson néonazie au milieu d’une forêt de bras tendu, c’est encore pire, c’est lui qui incitait les autres à faire le salut nazi. » L’avocat de Philippe Vardon pourrait faire appel. Pour lui, le jugement est « contraire à toute la jurisprudence sur la bonne foi dans laquelle les juges, habituellement, sont très sévères sur le sérieux de l’enquête et la prudence de l’expression ». 

 

Sujets houleux et tentatives de censure du FN 

 

Il ne fait pas bon évoquer certains sujets sur le Front national. En 2013, le jeune blogueur politique d’Hénin-Baumont, Octave Nitkowski, avait déjà publié un livre sur les rapports du FN avec l’homosexualité : Le Front national des villes et le Front national des champs (éd. Jacob-Duvernet). Le livre, qui avait mis en lumière la tendance du FN à utiliser le Nord-Pas-de-Calais (désormais ancienne région) comme laboratoire, avait aussi révélé l’homosexualité de deux responsables du parti. Au moment du débat sur le mariage pour tous, une telle anecdote pouvait susciter quelques moqueries. Le FN voulait obtenir l’interdiction de publication, ce qu’il n’a pas obtenu. Steve Briois, un des responsables cités, avait perdu son procès. 

 

Plus récemment, le dessinateur et scénariste BD François Corteggiani avait été poursuivi par l’élu Front national Hervé de Lépineau et jugé coupable par le tribunal de Carpentras. Il a été condamné à verser 3.000 € d’amende, 3.000 € de dommages-intérêts et 1.500 € de frais de justice parce qu’il avait distribué, lors du premier tour des élections municipales de 2014, un journal mettant en scène « Hervé le Lapinot ». Il y qualifiait les membres, militants et sympathisants FN de « salopards », « scélérats » et « imbéciles ». En soutien à l’auteur et à la liberté d’expression l’année même où les attentats de Charlie Hebdo ont frappé, une exposition de Lapinots avait été organisée, filmée par France 3 : 

 


 

 

La preuve que la justice n’est pas si corrompue par les élites, comme le prétend le FN. 

 

Il faut toutefois reconnaître que c'est une période difficile pour le FN. Il y a quelques jours, la présidente du parti, Marine Le Pen, ne trouvait plus aucune maison d'édition partante pour la publier. Triste sort.