La ville de résidence fait-elle l'écrivain ?

Clément Solym - 14.12.2012

Edition - International - Los Angeles - New York - Ecrivains


Fini le temps où il fallait habiter New York, Londres ou Paris pour être un écrivain digne de ce nom ? A vrai dire la réponse à cette question se doit d'être  très nuancée. Si, dans les faits, il est possible d'écrire partout, tandis que les grands centres culturels n'ont plus autant d'importance qu'avant pour les écrivains, subsistent des préjugés bien ancrés dans les représentations.

 

Los Angeles Theatre

Floyd B. Bariscale, CC BY-NC 2.0

 

 

On pourrait bien sûr prendre l'exemple de la France et de Paris. Longtemps, il fallait « monter » à Paris pour avoir une chance de percer dans les Lettres, et habiter de préférence non loin du petit cercle germanopratin. Les choses ont un peu changé depuis mais le tropisme parisien demeure.

 

Aux Etats-Unis, c'est New York qui fait figure de ville littéraire par excellence. Prenez Paul Auster, Philip Roth ou encore Truman Capote. Et dans le célèbre roman de Salinger, L'Attrape-cœurs, le héros Holden Caulfield échoue entre Times Square et Central Park.

 

Cette domination new-yorkaise en agace plus d'un et en premier lieu les écrivains de l'autre côté du pays, ceux qui habitent avec les stars de cinéma et de série B à Los Angeles. Héctor Tobar, écrivain et critique littéraire au LA Times (dont l'excellent Printemps barbare est sorti en France à la rentrée) vient d'exprimer son ras-le-bol vis-à-vis du mépris des intellos de l'est.

 

Il a bien raison, car la cité des Anges n'a rien à envier à New York. Certes, Faulkner n'avait pas gardé un souvenir impérissable de son séjour dans la ville quand il écrivait des scénarios pour Hollywood, allant jusqu'à affirmer que celle-ci vouait un culte à la mort. Charmant.

 

Mais ce serait oublier le rôle joué par la ville dans de nombreuses œuvres, celles de Chandler ou plus récemment de Bret Easton Ellis. La dimension littéraire d'une ville doit-elle se mesurer uniquement à l'aune du nombre d'écrivains au km² ? Il est permis d'en douter. A Paris, cela fait longtemps que la concentration d'intellectuels dans le sixième arrondissement n'a rien produit d'extraordinaire. Habiter boulevard Saint-Germain, c'est pratique pour se donner des rendez-vous entre amis, cela n'incite pas forcément à la création.

 

C'est un peu la même chose aux Etats-Unis. Le milieu littéraire n'est plus ce qu'il était à New York, et les frasques de Bret Easton Ellis et Jay McInerney à la fin des années 1980 apparaissent un peu le chant du cygne. Ce qui nous amène, quel que soit le côté de l'Atlantique que l'on considère, à voir qu'il n'est plus besoin de faire partie d'une communauté littéraire pour écrire de bons livres. Le site Writer's Houses, en anglais, permettra au moins de se faire une idée, sait-on jamais...

 

Bienvenue au XXIe siècle.