La ville natale de Harper Lee accusée de contrefaçon de marque

Nicolas Gary - 22.05.2014

Edition - Justice - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee - Alabama


A 88 ans, Harper Lee, célèbre auteure de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, To Kill a mockingbird, poursuit son combat judiciaire contre le musée de Monroeville, dans l'Alabama. Ce dernier vend des souvenirs qui contiennent son nom et le titre de son roman, une utilisation de marques protégées non autorisée, bien entendu. Le procès, entamé l'an passé, continue donc son bonhomme de chemin, dans la ville natale de la romancière.

 

 

To Kill a Mocking-bird by Harper Lee

Pickersgill Reef, CC BY SA 2.0, sur Flickr

 

 

Que ce soit des vêtements, du savon, des aimants, des coussins, on trouve de tout dans la boutique du musée. Et pour la plaignante, on « cherche à tirer profit » de ce commerce illicite, « avec l'intention de tromper le public ». Mais surtout, l'établissement abuserait de ce que la romancière est âgée et que sa santé n'est pas resplendissante. Par le passé, le musée « répondait à contrecoeur, mais docilement aux demandes de cesser et s'abstenir de toute activité portant atteinte » à l'auteure. Aujourd'hui, ce ne serait plus le cas. Il avait d'ailleurs accepté de retirer un livre de cuisine qui reprenait l'un des personnages du roman. 

 

Harper Lee a en effet été victime d'un accident vasculaire cérébral et le musée semble croire qu'elle n'a plus la force de défendre sa propriété intellectuelle. Ce qui est évidemment faux. Et ses avocats réclament réparations. 

 

Le musée tente de se défendre : auprès de l'agence Reuters, il assure que les accusations sont sans fondement : la vente des marchandises n'aurait rapporté que 28.500 $ en 2012, mais selon les avocats de Harper Lee, il aurait perçu plus de 500.000 $ en 2011. Or, tout l'argent accumulé par l'établissement est réinvesti dans la région, pour l'accueil du public, et la préservation du patrimoine. Ainsi, l'avocat du musée Matthew Goforth déplore que tout à coup, les conseils de l'auteure aient à coeur de poursuivre un endroit qui ne fait qu'honorer son oeuvre. « Le musée est absolument dans son droit, pour mener à bien sa mission, comme il l'a toujours fait », assure-t-il.

 

La plainte avait été évacuée en février dernier, mais manifestement, les avocats d'Harper Lee n'ont pas baissé les bras, demandant au juge fédéral de remettre la plainte au goût du jour. Selon eux, le musée aurait refusé de faire avancer les négociations découlant de l'accord trouvé voilà trois mois. « Dans ces circonstances, le demandeur n'a pas d'autre choix que de rétablir la plainte, compte tenu des contraintes de temps qui s'ajoutent », assure Norman Stockman, avocat de l'auteure. 

 

Manifestement, la procédure ne peut pas être relancée, et la plaignante devra ouvrir une nouvelle affaire - quand bien même l'accord passé entre les deux parties n'aurait pas été signé. 

 

Harper Lee compte parmi les figures littéraires les plus importantes des États-Unis. Son ouvrage, racontant l'histoire d'un avocat décidé à défendre un homme noir, accusé à tort dans le Sud ségrégationniste, a été vendu à plus de 30 millions d'exemplaires. Monroeville, cité natale, a largement profité de cette manne touristique. Elle a dernièrement accepté, après des années de refus, que son roman soit commercialisé en version numérique : « Je suis étonnée et reste très humble, de voir que Mockingbird a survécu aussi longtemps. Je suis restée de la vieille école. J'aime les vieux livres et les bibliothèques poussiéreuses. C'est une nouvelle génération pour Mockingbird. » (via AL)