La visibilité, “cet argument bidon” pour ne pas rémunérer les auteurs

Clément Solym - 10.10.2019

Edition - International - auteurs travail gratuit - rémunération écrivains - UNEQ declaration


Elles et ils sont plus de 160 à avoir apposé leur nom à une analyse cinglante : des autrices et des auteurs, qui protestent contre le « travail gratuit » qu’on leur propose. Relayée par l’UNEQ, cette Déclaration découle « d’un ras-le-bol, d’une grande fatigue, sentiment d’exaspération ». 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo d'illustration)

 
Amplement partagé, ce constat décortique méticuleusement de « l’insulte à l’injure », tout ce que la profession subit quotidiennement. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’attaquer les autres professionnels, mais plutôt de raconter dans quelles conditions les autrices et auteurs exercent leur profession. Et ce qui ne peut pas continuer. 
 
Car certaines réalités restent bonnes à rappeler : « Un manuscrit peut prendre des années avant d’être prêt à être envoyé à une maison d’édition. Ce temps et ce travail sont peu reconnus dans la majorité des cas et nous souhaitons que cela change. » Ne serait-ce que pour enfoncer des portes ouvertes…

Elle détaille « pourquoi nous pensons que le métier que nous pratiquons mérite d’être considéré à sa juste valeur, pourquoi nous choisissons, peut-être, d’enfin vous dire non quand vous nous proposerez de travailler avec vous sans salaire, cachet ou quelque forme de rémunération que ce soit ». Ni une révolte ni une révolution : plutôt une exaspération.
 
Bien des points sont passés en revue, depuis les conditions de travail et de rémunération, jusqu’à la fameuse visibilité, « qui ne nous sert à rien pour payer le loyer ». Mais c’est aussi dans un contexte plus global de revendication de la part d’autres secteurs culturels, que s’inscrit ce message. Une pierre noire, dans l’agenda de chacun, pour que cessent les mauvaises pratiques.

Et de pointer : « Nous sommes fatigué·e·s. Nous ne voulons plus agir en bénévoles de la culture. Vous nous dites parfois que tout cela est de notre faute comme nous avons choisi de “vivre de notre passion”, que nous n’avons pas “de vraie job”… » 

Si le travail des autrices et auteur est essentiel, autant que chaque autre maillon de la chaîne du livre le revendique, ces derniers assurent qu’ils ne pourront « pas survivre bien longtemps ». Et d’appeler toute personne sensible à cet avenir peu reluisant de l’écrit à signer le document, mis en ligne à cette adresse.

« Dans un monde idéal, un revenu minimum garanti permettrait à ces personnes de survivre avec davantage de dignité. Toutefois, dans l’attente, les solliciter pour du travail gratuit s’apparente dangereusement à une violence de classe que nous ne pouvons que dénoncer. »


Dossier : Salon du livre de Montréal 2019 : Se raconter



Commentaires
Je souhaite signer la pétition en tant qu'auteur Adulte Handicapée
Qu'est-ce que c'est que cette "fameuse visibilité" dont les promoteurs semblent s'aveugler ? Je pose la question car je n'ai rien compris à ce passage.
La "fameuse visibilité" est, selon l'éditeur, ces moments où l'auteur est mis en avant parce que son livre est en rayon (pas forcément acheté... coincé entre mille autres...), parce qu'on envoie l'auteur sur un salon littéraire (non rémunéré), parce qu'on a parlé de l'auteur dans le journal de Tintouin-les-Olivettes lu par ses 1000 habitants, parce que le livre de l'auteur est dans la même collection que celui de l'autre auteur qui, lui, a vendu 150 000 exemplaires. Bref, la visibilité, c'est du flan éditorial pour convaincre l'auteur de travailler gratuitement, encore une fois.
et c'est exactement pareil pour : graphiste, développeur, community manager, musicien, ingé son, technicien spectacle, photographe, modèle, bref, tout un tas de métiers qui sont considérés comme des passions, donc si le publique (des fois pas plus de dix personnes) vois ton travail, alors tu dois prendre ça comme une rémunération, c'est super facile à expliquer à ton bailleur que tu vas le payer avec de la visibilité et de la reconnaissance
La fameuse visibilité qui est aussi une condition sine qua none pour entrer dans le sérail :

Quand j'entends des bibliothécaires dire "On ne prend pas votre livre parce qu'il n'est pas connu" ou des libraires affirmer "La presse n'en parle pas trop donc pas sûr que ça va se vendre", on se dit qu'on est mal barrés...

Même une bête fiche sur Wikipédia est tributaire de cette visibilité : il faut des articles de presse, de l'affichage, pour pouvoir être considéré comme légitime.



Et que dire des lecteurs qui, sur des salons, passent et se contentent juste de dire : "Ah, jamais entendu parler..." avant d'aller se diriger vers le titre ultra médiatisé...



Il y a tout un système à revoir et faire comprendre au grand public comme à d'autres professionnels que la "visibilité" n'est pas une fin en soi.
C'est dommage que ce document ne traite que des écrivain·e·s, car oui, cela touche aussi tous les secteurs artistiques. Je vais signer en tant qu'artiste indépendant, cela dit
Exactement ! Visibilité ? Mon oeil ! Et c'est pareil pour la peinture. "VOus avez une visiblité extraordianire ! Et pour seulement 550 euros H.T"Un exemple ? Le salon Art Shopping. Je reçois des offres de dernière minute, Hyper discount. Espaces qui restent et dont personne ne veut. Prix : 1700 euros H.T... 9 m² . Et on ajoute 20 % TVA. Non récupérée. Salon 3F pareil... Ce n'est tout simplement pas possible. Modifier ou supprimer J’aime · Répondre · 4 min JJ Vitiello JJ Vitiello Vivement les salons communs littérature et peinture... PAr exemple... Je crois que ça ne s'est jamais fait Modifier ou supprimer
Pour que les artistes ne soient pas taxés, mad et soient rémunérés à leur juste valeur
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