La voie de la médiation : éveiller la curiosité pour inciter à lire

Nicolas Gary - 05.05.2017

Edition - International - médiation livre lecture - auteurs suisses formation - Genève rencontres médiateurs


En 2017, la Fondation pour l’Écrit du Salon du livre et de la presse de Genève a mis en place un nouveau projet de soutien à la relève littéraire romande, « De l’écriture à la promotion ». Suite à un appel à candidatures, dix auteurs romands en début de carrière ont été choisis pour prendre part à ce programme de formation et d’information. 


IMG_9809
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Le projet permet à ces derniers de rencontrer différents professionnels du monde du livre et de l’édition suisse et étranger au cours de six rencontres échelonnées sur six mois (mars à septembre 2017). Par ce biais, les auteurs accèdent ainsi à un réseau, et des contacts, éléments indispensables à la suite de leur parcours, ainsi qu’une connaissance du milieu littéraire et de la chaîne du livre essentielle à la vie de tout auteur aujourd’hui. 

 

Ce programme permet de générer une dynamique de groupe entre ces dix plumes, une émulation et un esprit de coopération, qui permet de stimuler leur créativité et de les extraire de la solitude souvent inséparable de leur activité.

 

Parvenir à éveiller la curiosité, enjeu majeur


La médiation était au cœur d’une rencontre qui se déroulait en marge du Salon du livre. Mélanie Chappuis, auteur de plusieurs ouvrages, Fabienne Althaus Humerose, fondatrice du prix le Roman des Romands et Philippe Duvanel, directeur artistique de Delémont’BD, festival dédié aux bulles, étaient présents. 

 

Pour chacun, la médiation telle qu’ils la pratiquent prend des formes distinctes. Dans le monde de la BD, Philippe Duvanel souligne l’importance « de l’interaction entre le public et les auteurs. Pour moi, la dédicace est une tradition franco-belge, mais ce face à face ne va pas assez loin. Avec les auteurs de BD, je cherche plutôt les performances, à créer des instants de rencontres qui sortent des cadres académiques ». 

 

Le prix Roman des Romands travaille à un niveau scolaire, « moins pour valoriser les auteurs que pour inciter les élèves à la lecture d’auteurs contemporains ». Enseignante de lettres, sa fondatrice déplore en effet que la littérature, telle qu’enseignée en classe, s’arrête à Nathalie Sarraute, « dans le meilleur des cas ». La sélection 2017 vient d’être présentée, et une fois encore « la nouvelle génération de lecteurs est sollicitée : quand 600 personnes de 17 ans découvrent et choisissent un livre, cela dit quelque chose de notre époque et de leur état d’esprit ».

 

La médiation, pour Mélanie Chappuis, passait par une exploration de ses propres textes et notamment par la mise en scène. « J’ai cherché à partager ces livres en trouvant des voix pour l’incarner. Ce fut le cas pour Femmes amoureuses, que j’ai lu moi-même, et qui a par la suite été repris par une comédienne. »

 


 

 

L’auteure reconnaît « avoir changé plusieurs fois d’éditeur – et je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée », assure-t-elle avec le sourire. Car pour porter les textes, l’intervention de l’écrivain est essentielle, mais s’opère de concert avec l’éditeur. « Seule, je peux faire de mon mieux – et j’ai tenté de le faire – mais ça prend un temps fou d’occuper les réseaux sociaux, de communiquer, faire savoir... tout en continuant à écrire. »

 

Faire connaître son œuvre, quand on est primo-auteur, c’est la difficulté de faire entendre sa voix. Philippe Duvanel souligne : « Avec le festival, l’ambition est d’amener les gens à lire, nous sommes au service des œuvres pour les révéler. Idéalement, cela passe par des expositions. » Car la plus grande difficulté, quel que soit le poste de médiateur occupé, c’est d’éveiller la curiosité, relève Fabienne Althaus Humerose. 

 

Pas toujours évident, d’ailleurs, quand certains journalistes profitent de livres pour fabriquer des émissions ou des articles, sans véritablement mettre en valeur le texte lui-même, ajoute-t-elle. Et Mélanie Chappuis de conclure : « L'auteur ne doit jamais hésiter à devenir entrepreneur : à créer sa propre identité, son image et trouver ses propres voies. »
 

Promouvoir la création suisse

 

Aurélia Maillard Despont, représentante de la section Littérature et société au sein de la Fondation Pro Helvetia, qui cofinance le projet De l’écriture à la promotion, était présente au cours des ces échanges. En tant que Fondation de droit public opérant au niveau national, Pro Helvetia a pour mission de « promouvoir la création suisse dans le pays et à l’étranger, dans le domaine de la littérature, mais également du théâtre, de la danse, de la musique et des arts visuels », explique-t-elle. 

 

Pour soutenir la création, dans le cas de la littérature, le travail s’opère avant tout à travers des bourses d’écriture, des traductions et extraductions – sur le modèle de ce que propose le Centre national du livre en France – et de mesures d’aide à la promotion. Bien entendu, les langues nationales suisses restent prioritaires. Puis vient l’aide à la relève : « Dans ce cadre, nous intervenons toujours comme partenaires pour des projets initiés par d’autres acteurs. » 

 

Le programme « De l’écriture à la promotion » en est un exemple, la Fondation Pour l’Écrit bénéficiant pour sa réalisation d’un soutien financier. « Nous restons centrés sur les créateurs eux-mêmes. Tout ce qui a trait au soutien apporté aux libraires ou éditeurs incombe aux villes et cantons ou, a gré d'un programme récent, à la Confédération. Pro Helvetia ne peut entrer en matière qu’à compter du moment où il y a un échange linguistique, rayonnement suprarégional ou dépassement des frontières. »

 

Cela implique les déplacements d’auteurs à l’étranger, ou tout ce qui permet de valoriser dans les meilleures conditions le travail créatif. Ce fut par exemple le cas lorsque cinq auteurs suisses romands furent invités à Québec, dans le cadre d’un échange culturel, initié par la FPEC.